"Une figure morale", "une personnalité exceptionnelle" : les hommages se multiplient à gauche, après l'annonce du décès de l'ancien Premier ministre
Lionel Jospin, à l'âge de 88 ans. Publié le 23/03/2026 10:36 Mis à jour le 23/03/2026 14:01
Lionel Jospin, lors d'une séance photo en mai 2018. (JOEL SAGET / AFP) "C'est une très belle et haute figure de la gauche française qui s'en va", réagit lundi 23 mars sur
France Inter
Laurent Fabius, après l'annonce du décès de
Lionel Jospin, dont il a été ministre de l'Économie. Il décrit une "figure morale". "C'était un dirigeant politique de très grande valeur" et "un Premier ministre efficace", ajoute l'ancien ministre. "Nous nous connaissions depuis très longtemps, nous avons travaillé ensemble. Parfois, nous avons eu certaines divergences, mais il était devenu un proche et très bon ami", confie
Laurent Fabius, qui se dit favorable à un hommage national : "ce serait une bonne chose", estime-t-il.Une demande soutenue par le
Parti socialiste dans un communiqué, qui "salue un homme d’État, un militant, une conscience".
Lionel Jospin, figure du PS, "aura incarné, tout au long de sa vie, une certaine idée de la gauche : celle qui transforme le pays sans jamais renoncer à ses principes", ajoute le parti dans son communiqué. "Engagé dès sa jeunesse, Premier secrétaire du
Parti socialiste, ministre de l’Éducation nationale, puis Premier ministre,
Lionel Jospin était un homme de gauche et un homme d’État. Il en portait une exigence rare : la vérité, la probité et le respect de la parole donnée".Le
Parti socialiste rappelle aussi les "conquêtes sociales majeures" auxquelles il a contribué : les 35 heures, les emplois-jeunes ou encore la couverture maladie universelle. "Pour
Lionel Jospin, la politique n’était ni un spectacle ni une posture, mais une responsabilité. Gouverner, c’était choisir, tenir et rendre des comptes. La gauche, pour lui, devait rester fidèle à celles et ceux pour qui elle existe d’abord : les travailleuses et les travailleurs, les plus modestes, celles et ceux que la République doit protéger et émanciper", rappelle le PS."Alors que l’extrême droite devient plus menaçante en
France et en
Europe, son parcours nous rappelle une exigence simple : tenir bon sur l’essentiel - l’amélioration concrète de la vie des Françaises et des Français et la défense de la République. Il nous laisse aussi un cap, tout aussi essentiel : celui du rassemblement", souligne encore le
Parti socialiste. L’ancien Premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault a salué sur franceinfo la mémoire d’"un grand monsieur qui incarnait une certaine idée du socialisme et de la gauche". Selon lui, "il avait aussi une pratique de la politique inspirée par l’éthique et l’intégrité qui le caractérisait", des qualités qui "ont marqué toute une génération". "L’homme politique, dans une période trouble comme celle que nous connaissons, inspire beaucoup de gens et provoque un sentiment de nostalgie d’une époque révolue", a poursuivi Jean-Marc Ayrault, ajoutant que
Lionel Jospin "redonnait confiance à l’engagement politique".De son côté, le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale Boris Vallaud parle d'un "homme d'une grande bienveillance, d'une attention permanente". "Aujourd'hui, je veux garder le souvenir d'un homme qui a fait avancer la cause du progrès, la cause de la justice", affirme le député PS des Landes sur franceinfo. Pour lui,
Lionel Jospin est "un modèle” : "Ça fait partie des grandes figures qui nous font dire que nous ne sommes pas socialistes par hasard. C'est l'homme de la gauche plurielle, c'est une rigueur morale. Il demeure pour beaucoup d'entre nous un exemple et un motif d'engagement."Après l'annonce de sa disparition, Bertrand Delanoë, ancien maire socialiste de Paris, a ressenti sur franceinfo "une infinie tristesse mais aussi une immense gratitude pour l'homme d'Etat qui a fait honneur à la République, à la démocratie et aussi pour un ami parmi les plus précieux".
Lionel Jospin "inspirait un immense respect, beaucoup d'estime pour la manière dont il faisait de la politique, avec certes beaucoup d'intelligence, mais une honnêteté intellectuelle absolument irréprochable", ajoute Bertrand Delanoë. Selon lui, "c'est aussi l'honneur de la gauche d'avoir eu un dirigeant qui, à ce point, a inspiré confiance". "Homme d’État et de conviction,
Lionel Jospin incarnait une idée exigeante de la politique tournée vers l’intérêt général et que nous devons continuer à suivre, sa disparition marque la perte d’une figure majeure de la gauche française, dont la rigueur morale aura profondément marqué le pays", réagit de son côté Anne Hidalgo, qui lui a succédé à la tête de Paris de 2014 à 2026, dans un communiqué transmis à
France Inter.L'ex-maire de Paris salue les "actions déterminantes" que le chef de gouvernement d'une gauche plurielle, entre 1997 et 2002, a réussi à mettre en place : "Je pense, bien sûr, aux 35 heures, au Pacs, à la parité ou encore à la loi contre les exclusions. Autant de réformes majeures qui ont changé la vie des Français", salue Anne Hidalgo, se disant "très fière" d'avoir "participé en tant que conseillère de Martine Aubry (ministre de l'Emploi et de la Solidarité entre 1997 et 2000) aux grandes avancées sociales qui avaient été conduites sous son gouvernement"."La
France perd un homme d'État", a aussi déploré dans l'émission Ma
France sur ICI Nicolas Mayer Rossignol, le maire socialiste de Rouen. "La démocratie française perd un esprit de raison, de nuance, de dialogue. Des qualités qui résonnent et qui manquent cruellement dans le débat actuel. Il a toujours été droit et peut être que l’on peut en tirer des leçons : pour qu’un homme de gauche soit vraiment de gauche, il faut qu’il soit droit, et c’est important de s’en rappeler aujourd’hui". Un hommage partagé par ceux qui ont travaillé à ses côtés, comme l'ancien ministre de l'Economie Pierre Moscovici sur
France Inter : "Il était mon maître, mon mentor, mon ami et c'était une personnalité assez exceptionnelle, pas toujours expansive, mais il était extrêmement affectueux, fidèle, un homme de principe"."J'ai été son conseiller, son ministre (Affaires européennes 1997-2002)", rappelle Pierre Moscovici, saluant un homme qui a "amené la gauche au gouvernement en 1997, la gauche plurielle, a su la rassembler autour d'idées, mener des grandes réformes, dont les 35 heures, les emplois-jeunes, créer 1 million d'emplois, faire reculer le chômage, réduire les déficits pour qualifier la
France à l'euro", ou encore "mettre en place la CMU (couverture maladie universelle) et l'allocation pour personnes âgées (allocation personnalisée d'autonomie)".
Lionel Jospin, en tant que Premier ministre, "avait su tenir un peu les deux bouts de la chaîne", résume son ancien ministre. "Il était authentiquement de gauche, attaché aux conquêtes sociales, l'égalité à la justice, mais il était aussi profondément réaliste", note Pierre Moscovici. "Il savait que la gauche et la
France ne pouvaient fonctionner que dans le cadre d'une
Europe qui avance, et il avait consacré aussi beaucoup d'énergie à la cause européenne", déclare l'ex-commissaire européen et actuel membre de la Cour des comptes européenne.En 2002,
Lionel Jospin n'était pas parvenu à se qualifier pour le second tour de la présidentielle, laissant Jean-Marie Le Pen en duel avec Jacques Chirac, et annonçant par la suite son retrait de la vie politique. "Je crois qu'il aurait été un remarquable président de la République" et que son retrait "a été une perte non seulement pour la gauche, mais aussi pour la
France", juge Pierre Moscovici. La course à la présidentielle était "un jeu dans lequel"
Lionel Jospin "ne se sentait pas forcément à l'aise", rappelle celui qui a été son directeur adjoint de campagne. "Il était aussi personnellement un peu différent, en quelque sorte à côté, pendant cette campagne de 2002", se souvient Pierre Moscovici, "il ne la sentait pas". Jean Glavany, ancien ministre de l’Agriculture, avait lui été son directeur de campagne en 2002 : il a voulu saluer sur franceinfo "un ami chaleureux, fidèle, très attentionné et très délicat". "Je pleure un ami qui m'était très cher, avec qui j'avais gardé des contacts très étroits ces dernières années, ces derniers mois, même ces dernières semaines, c'est ça qui va me manquer maintenant", a-t-il ajouté.L’ancien ministre a rappelé le rôle majeur de
Lionel Jospin dans l’histoire de la gauche française : "Il était un ardent militant de l’union de la gauche. Il a été un des piliers de la conquête du pouvoir de 1981 par François Mitterrand et des socialistes." Jean Glavany a également souligné que l’ancien Premier ministre, malgré son retrait de la vie publique, restait "très attentif à la vie politique contemporaine et à l’avenir du PS et de la gauche en général".Car
Lionel Jospin a aussi inspiré ses successeurs, comme Manuel Valls, qui était chargé de la communication et de la presse dans son cabinet à Matignon entre 1997 et 2002. "J'ai tellement appris à ses côtés, c'est la meilleure des écoles, je ne pourrai jamais l'oublier", affirme l'ancien Premier ministre de François Hollande. "Pour ceux qui se sont engagés pour Michel Rocard et ensuite pour
Lionel Jospin, comme cela a été mon cas, c'est des pages de la vie et de l'histoire qui se tournent", poursuit-il en affirmant ressentir "de la tristesse, de la peine".Pour lui,
Lionel Jospin "a incarné, dans le sillage de François Mitterrand, la gauche de gouvernement, c'est-à-dire celle qui a à la fois des convictions, des valeurs et qui sait qu'il faut gouverner et que gouverner, c'est difficile".
Lionel Jospin a été "jusqu'au bout l'homme de la gauche de gouvernement", assure Manuel Valls, qui explique avoir discuté avec lui il y a un an de la situation en Nouvelle-Calédonie "parce qu'il était aussi l'homme des accords" de 1998 qui avaient instauré une autonomie progressive."Il était de ceux qui pensaient que les socialistes ne devaient pas censurer le gouvernement de Lecornu, mais trouver les voies d'un accord, peut-être à travers le 49.3", affirme Manuel Valls. Donc on peut avoir des convictions, de la force, la gauche, la social-démocratie, la gauche réformiste, avec comme objectif "de gouverner pour précisément répondre aux aspirations des gens." La chaleur accumulée par la Terre atteint un record "En 2027, il n'y a pas d’alliance, il n'y a pas de négociation de liste", lance Manuel Bompard (LFI) au lendemain des municipales Collision mortelle à l'aéroport New York LaGuardia "Gauche plurielle", 21 avril 2002...
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