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WED · 2026-03-25 · 04:38 GMTBRIEF NSR-2026-0325-33968
News/Hommage national à Lionel Jospin aux Inv/"Il s'agissait avant tout d'une réforme de société" : quel e…
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"Il s'agissait avant tout d'une réforme de société" : quel est l'héritage des 35 heures hebdomadaires instaurées par Lionel Jospin ?

L'article examine l'héritage des 35 heures hebdomadaires en France, une réforme phare de Lionel Jospin mise en place progressivement à partir de 2000. Les lois Aubry, du nom de la ministre de l'Emploi de l'époque, ont instauré cette durée légale du travail, en remplacement des 39 heures, sans perte de salaire.

Eloïse BartoliFrance InfoFiled 2026-03-25 · 04:38 GMTLean · CenterRead · 7 min
"Il s'agissait avant tout d'une réforme de société" : quel est l'héritage des 35 heures hebdomadaires instaurées par Lionel Jospin ?
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L'article examine l'héritage des 35 heures hebdomadaires en France, une réforme phare de Lionel Jospin mise en place progressivement à partir de 2000. Les lois Aubry, du nom de la ministre de l'Emploi de l'époque, ont instauré cette durée légale du travail, en remplacement des 39 heures, sans perte de salaire. La réforme comprenait également une baisse des cotisations sociales pour les entreprises et l'introduction du "forfait jours". Bien que souvent critiquées et modifiées, les 35 heures n'ont jamais été abandonnées et représentent une exception en Europe. Selon des enquêtes, les salariés se montrent satisfaits de cette réduction du temps de travail.

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The Aubry laws also included a reduction in social security contributions for companies.

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The Aubry laws established 35 hours as the legal weekly working time in France, compared to 39 hours before the reform.

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Germany implemented the 35-hour work week only sectorally, for example, in metallurgy.

factualJean-Yves Boulin, sociologue
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The 35-hour work week is one of the most significant reforms of Lionel Jospin's political legacy.

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Surveys show a high degree of satisfaction among employees regarding the 35-hour work week.

factualJean-Yves Boulin
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Alors qu'un hommage national est rendu jeudi à l'ancien Premier ministre socialiste, franceinfo a interrogé trois experts sur ce qui subsiste de la réforme de la durée légale du temps de travail en France qu'il avait ardemment défendue dès 1997. Martine Aubry, alors ministre de l'Emploi, et le Premier ministre de l'époque, Lionel Jospin, à l'Assemblée Nationale, lors des questions des députés sur le financement des 35 heures, le 26 octobre 1999. (THOMAS COEX / AFP) Il en parlait comme "d'un grand progrès social et une avancée économique". Le passage aux 35 heures hebdomadaires est l'une des réformes les plus marquantes de l'héritage politique de Lionel Jospin, mort dimanche 22 mars. L'ancien Premier ministre socialiste avait exprimé sa volonté de réduire le temps de travail dès son arrivée à Matignon en 1997. Souvent critiquées et remodelées à coups de réformes, les 35 heures n'ont pourtant jamais été abandonnées depuis leur mise en place progressive en 2000, il y a plus d'un quart de siècle.Les lois Aubry – du nom de la ministre de l'Emploi de l'époque, Martine Aubry – instaurent les 35 heures comme durée légale du travail hebdomadaire en France, contre 39 heures avant la réforme, "sans perte de salaire". Une organisation du travail qui fait, encore aujourd'hui, figure d'exception en Europe : l'Allemagne a bien mis en place les 35 heures, mais "uniquement sur le plan sectoriel, dans la métallurgie par exemple", détaille Jean-Yves Boulin, sociologue du temps de travail, chercheur associé à l’Université Paris-Dauphine.Dans le détail, les 35 heures résultent de deux lois et d'une importante discussion entre partenaires sociaux : Aubry 1, votée en 1998, qui fixe le calendrier de la réforme, et Aubry 2, votée en décembre 1999, qui rend la réduction du temps de travail obligatoire dès début 2000 pour les entreprises de plus de 20 salariés, puis à partir de 2002 pour les plus petites.Mais ces lois Aubry représentent un ensemble bien plus large qu'une simple réduction du temps de travail : elles prévoient également la baisse des cotisations sociales pour les entreprises, la réorganisation de la production ou encore l'invention du "forfait jours", qui consiste à rémunérer un salarié sur la base du nombre de jours travaillés dans l'année, et non du nombre d'heures sur une semaine.De ces réformes portées par la "gauche plurielle", "les enquêtes montrent un degré de satisfaction élevé" du côté des salariés, explique Jean-Yves Boulin. En effet, "soit les gens sont payés davantage, soit ils bénéficient de jours de RTT", introduits pour compenser un temps de travail supérieur à la durée légale sans recourir à des heures supplémentaires. Cela a notamment pu permettre d'obtenir davantage de temps de loisirs."Des effets positifs ont aussi été constatés en termes d'égalité de genre", poursuit le chercheur. Par rapport aux personnes travaillant 39 heures hebdomadaires, les hommes aux 35 heures consacrent 12 minutes de plus par jour aux tâches domestiques, d'après un article publié en 2019 dans la European Sociological Review. Mais ce temps reste consacré à des tâches discrétionnaires comme le bricolage ou le jardinage, alors que les femmes sont toujours cantonnées aux tâches répétitives, d'après la même source.De même, des distinctions sont perceptibles dans la réception enthousiaste des 35 heures selon les catégories socioprofessionnelles : les cadres, plus "autonomes dans leur organisation" que d'autres catégories de la population, ont pu cumuler leurs jours de RTT et "les poser plus librement", leur donnant un sentiment de temps libre retrouvé supérieur à d'autres groupes.Dans une France qui compte alors près de trois millions de chômeurs en 1997, et un taux de chômage supérieur à 10%, selon l'Insee, l'un des objectifs fixés par la réforme était également de lutter contre ce fléau. Mais, 25 ans plus tard, le bilan des emplois créés par les 35 heures est toujours sujet à controverses entre économistes. Les 35 heures ont bien entraîné la création de 350 000 emplois entre 1998 et 2002, selon une étude publiée en 2003 par la direction des statistiques du ministère du Travail (Dares), mais certains économistes l'attribuent aux allègements de cotisations pour les entreprises permis par les lois Aubry.Les 35 heures hebdomadaires ont a minima eu pour effet d'"intensifier le temps de travail", souligne Jean-Yves Boulin. Sans obligation réglementaire de compenser la diminution du temps de travail par de nouvelles embauches, les entreprises ont décidé de se réorganiser et souvent de réduire le temps de pause. "Finalement, les 35 heures ont conduit à 'charger la barque'. Sans s'avancer, on peut imaginer que ça a eu une responsabilité dans l'augmentation des burn-out", analysait ainsi en 2018, dans les colonnes du Figaro, Nicolas Bouzou, directeur du cabinet de conseil Asterès, de tendance libérale.Un quart de siècle plus tard, le règne de l'oisiveté craint par les plus farouches opposants à la réforme n'est pas advenu : la durée effective du travail hebdomadaire des salariés à temps complet était de 38,9 heures en 2023, selon l'Insee. Les 35 heures correspondent à la durée légale du travail par semaine, et non pas à la durée effective : à partir de 35 heures, les salariés font des heures supplémentaires."Dès le début, les lois Aubry avaient une approche très souple, avec plusieurs dispositifs de flexibilisation du temps du travail prévus", rappelle Pauline Grimaud, sociologue du travail, maîtresse de conférences à l'université de Tours, qui cite notamment l'usage des RTT et l'annualisation. Avec ce dernier principe, le nombre total d’heures travaillées doit être inférieur ou égal à 1 600 (chiffre passé à 1 607 en 2005), mais leur répartition peut varier grandement d'un mois à l'autre. Ces dispositifs "sont considérés comme des régimes d'exception, qui se sont pourtant banalisés".Depuis 2002 (année de changement de gouvernement, avec un passage à droite), différentes réformes ont encore renforcé cette flexibilisation."L'héritage des 35 heures est fortement atténué après 2002 par les différents changements de gouvernement."Jean-Yves Boulin, chercheur associé à l’Université Paris-Dauphineà franceinfo"Il y a eu plusieurs lois qui ont essayé de contourner" les 35 heures, détaille Pauline Grimaud. On peut citer pêle-mêle la loi sur le temps de travail de 2008, la loi El Khomri de 2016 et, plus globalement, les différents projets de défiscalisation et de déplafonnement des heures supplémentaires comme d'autres manières "d'assouplir ou d'accentuer cette flexibilisation". Dès 2011, le président de la République de l'époque, Nicolas Sarkozy, l'affirmait ainsi sans trembler : "Les 35 heures uniformes et obligatoires n'existent plus."Le principe des 35 heures n'a toutefois jamais été abandonné par les responsables politiques qui se sont succédé. Le sujet revient pourtant régulièrement dans le débat, souvent mis en avant par des figures de la droite, comme le souligne Stéphane Carcillo, économiste spécialiste du marché du travail à l’OCDE (libéral) et professeur affilié à Sciences Po. Gérald Darmanin, alors député Ensemble pour la République (EPR), a avancé en 2024, comme piste d'économies, l'idée de mettre fin définitivement aux 35 heures pour "faire travailler plus les Français". A l'été 2025, le Premier ministre de l'époque, François Bayrou, avait déclaré avoir envisagé de faire passer à 36 heures la durée légale du temps de travail hebdomadaire pour redresser les finances publiques, avant de proposer plutôt la suppression de deux jours fériés. Plus récemment, début janvier, le président des Républicains, Bruno Retailleau, a affirmé vouloir "sortir des 35 heures" en passant à 1 623 heures annuelles. "L'idée de revenir sur les 35 heures, c'est un sujet qui est très polarisé et qui mobilise beaucoup à droite."Stéphane Carcillo, économiste spécialiste du marché du travail à l’OCDEà franceinfoFace à des critiques venues de l'UMP (ancêtre de LR) en 2014, l'ancien Premier ministre Lionel Jospin avait ainsi affirmé que "la polémique [était] surtout idéologique". Les 35 heures sont devenues un marqueur politique fort à droite comme à gauche, la première défendant une meilleure compétitivité de l'économie française pour justifier sa volonté de s'en séparer, la seconde, le droit de ne pas être chevillé à son poste de travail, pour les conserver.La droite a certes été à plusieurs reprises au pouvoir depuis 2002, mais la complexité du processus de révision du temps de travail légal est l'une des embûches majeures au retour à l'état du droit du travail pré-1998, analyse Stéphane Carcillo. De même, ce retour en arrière n'est pas particulièrement demandé par les chefs d'entreprise, poursuit-il. "Sur le long terme, les entreprises se sont beaucoup adaptées et ont trouvé un certain équilibre." Et pour cause : "Elles ont utilisé toutes les formes d'assouplissement disponibles : annualisation, changement du quota d'heures supplémentaires maximum sur l'année..." Et l'économiste de conclure : "Avec tous ces dispositifs, les 35 heures n'ont pas beaucoup fait baisser le temps de travail effectif. Il s'agissait avant tout d'une réforme de société." 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