Le 26 mars 2026 à 12h42 L’
Europe a «de très nombreux atouts» pour dissuader Moscou d’engager un conflit armé avec le continent, a estimé le général
Pierre Schill en marge du
Forum de Paris pour la défense et la stratégie. Passer la publicité Passer la publicité L’attention s’est focalisée ces dernières semaines sur le conflit au Moyen-Orient, mais une guerre fait toujours rage sur le continent européen. La Russie continue de gagner du terrain en
Ukraine, et les États frontaliers ne cessent d’alerter sur la menace que représente son armée pour l’
Europe, à court ou moyen terme. S’il confirme que cette menace russe est «structurante», et même «la principale», le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général
Pierre Schill, assure qu’une guerre entre la Russie et les pays européens n’est pas «inéluctable». «Je suis d’accord avec le fait que la Russie est une menace, que la Russie a une politique impériale, qu’elle a une armée extrêmement puissante et qu’elle a déjà démontré, notamment par l’invasion à grande échelle de l’
Ukraine, qu’elle était prête à employer cette armée pour parvenir à ses fins. Maintenant, face à cette Russie, nous avons de très nombreux atouts», a expliqué le général
Pierre Schill au micro de
France 24, ce mercredi, en marge du
Forum de Paris pour la défense et la stratégie. En tant qu’«alliés» des pays de l’est de l’
Europe, nous «avons dit que si jamais ils étaient agressés, [...] nous allions contribuer à leur défense». «C’est une réalité, cette menace, mais elle n’est pas inéluctable, elle ne va pas se déclarer de manière inéluctable», a-t-il ajouté. Passer la publicité Être «forts, déterminés et crédibles» face à Moscou Un discours moins alarmiste que celui du chef d’état-major des Armées, le général
Fabien Mandon, qui avait estimé lors du Congrès des maires de
France en novembre que la
France devait «accepter de perdre ses enfants» à la guerre, et restaurer sa «force d’âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l’on est». De quoi susciter une vive polémique dans la classe politique, au point que la porte-parole du gouvernement avait dû éteindre le feu en promettant deux jours plus tard que «nos enfants» n’iront pas «combattre et mourir en
Ukraine». En réalité, c’est le chef des armées en personne, en l’occurrence
Emmanuel Macron, qui n’a eu de cesse ces derniers mois de rappeler la «menace existentielle» que représente Moscou. Et le président de la République ne se livre pas à un simple exercice rhétorique. Il reprend en réalité la doctrine définie dans la Revue nationale stratégique 2025, document officiel qui présente une vue d’ensemble de l’environnement de sécurité du pays et oriente les politiques de défense. Il y est écrit noir sur blanc que la Russie «menace le plus directement aujourd’hui et pour les années à venir les intérêts de la
France, ceux de ses partenaires et alliés». Une «guerre ouverte contre le cœur de l’
Europe» est même perçue comme la «principale menace» pour la
France et les Européens «d’ici 2030». À lire aussi Comment les différents partis politiques français perçoivent la «menace» russe Le général
Pierre Schill ne nie pas cette menace mais estime que tout «l’enjeu» est de déterminer comment les pays européens peuvent être «forts, déterminés, crédibles collectivement», et comment la
France peut-être un «ferment» dans ce «collectif». L’idée étant que «si on revenait au 24 février 2022 (date de début de l’invasion russe en
Ukraine, NDLR) le président Poutine se dise “Ah non, ce n’est peut-être pas une bonne idée d’y aller”.» «Loin d’être la seule menace» Le chef d’état-major de l’armée de Terre souligne par ailleurs que Moscou est «loin d’être la seule menace et le seul domaine dans lequel la
France et les pays européens vont intervenir. Nous devons continuer à pouvoir nous intéresser aux affaires du monde, à pouvoir aider, prévenir les crises au-delà du seul continent européen.» Reste à savoir si les Européens et leurs armées en ont la capacité, alors que les crises se déclenchent et se règlent de plus en plus sans eux, et que «les technologies, la stratégie, la culture et les formes de la guerre sont en évolution», reconnaît le général
Pierre Schill. À lire aussi Sur terre, en mer, dans les airs... Que pèserait une armée européenne face à la Russie ? Lors du
Forum de Paris pour la défense et la stratégie qui s’est tenu mercredi, plusieurs hauts gradés ont ainsi pointé du doigt le retard occidental, l’amiral Pierre Vandier soulignant notamment que «notre industrie a construit des systèmes qui ne peuvent pas être produits en masse», ou encore que pour défendre leur ciel, les Européens auraient besoin de «dix fois plus de batteries Patriot». Les drones ? «Il y a quatre ans, il n’y en avait pas. Depuis, il y en a des centaines de milliers, voire des millions», analyse le général
Pierre Schill. Mais «l’Armée de Terre se prépare à faire face à toutes les menaces», promet-il. La rédaction vous conseille Guerre en
Ukraine, au Moyen-Orient... Face à l’enchaînement des crises, les militaires s’inquiètent de l’impréparation européenne « Nous faisons face à un adversaire plus avancé technologiquement » : face à la Russie, la Suède renforce son engagement dans l’OTAN La Russie est une menace «structurante» mais la guerre n’est pas «inéluctable», affirme le chef d’état-major de l’armée de Terre S'ABONNER Maître du pétrole russe et éminence grise de Vladimir Poutine : comment Igor Setchine profite de la guerre en Iran DÉCRYPTAGE - À la tête du géant pétrolier Rosneft, ce proche de Poutine a la main sur le principal levier central de puissance et d’influence russe, tandis que le conflit en Iran permet à Moscou de refinancer son effort de guerre en
Ukraine. Le mystère du Lancet tombé sur Kiev : Moscou franchit une nouvelle étape dans l’utilisation des drones Abattu là où il n’aurait jamais dû pouvoir arriver, ce petit appareil témoigne d’une évolution inquiétante. Et préfigure de nouvelles menaces à gérer de plus en plus loin du front. Kishore Mahbubani : « On ne peut arrêter la Chine, il faut vivre avec elle » GRAND ENTRETIEN - L’ancien ambassadeur singapourien, auteur de L’Asie a-t-elle gagné et l’une des voix asiatiques les plus renommées, explique sa vision d’une Asie qui construit patiemment sa montée en puissance à long terme, tandis que l’Occident perd son sens géopolitique. «Salaires, primes de combat et indemnités pour blessures» : ces soldats russes de retour d’
Ukraine qui réclament de l’argent à leur ex-femme Depuis le début de la guerre en
Ukraine, les conflits entre époux russes au sujet des fonds « militaires » se développent progressivement. Les soldats de retour du front, séparés de leurs ex-compagnes, réclament l’argent qu’ils leur avaient confié pendant leur absence. Messageries, applications bancaires, navigateurs... Le Kremlin prive les grandes villes russes d’accès à internet REPORTAGE - Les réseaux sociaux sont largement bloqués dans la capitale et d’autres grandes villes russes, officiellement pour la protéger des drones ukrainiens… Un prétexte qui permet aux autorités de serrer davantage la vis sur le contrôle des communications. Droits de douane, enlèvement de Maduro, guerre en Iran… Comment Trump cimente le club hétéroclite des Brics Les Occidentaux pointent souvent les divergences qui séparent le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et six autres pays émergents réunis au sein des Brics. Le livre « Les Brics et la Réforme du monde » analyse les forces et les faiblesses de ce « club ». Le retour au pays des soldats russes mutilés pendant la guerre contre l’
Ukraine : « Qui va m’aimer ? Comment vais-je vivre ? » VU D’AILLEURS - « La vie se divise en un avant et un après », confie l’un des milliers de soldats russes revenus du front sans jambes ou sans bras, et qui a fondé un centre de rééducation. « La Russie gagne 150 millions de dollars chaque jour » : à Moscou, Vladimir Poutine engrange les bénéfices de la guerre en Iran DÉCRYPTAGE - L’explosion des prix du pétrole fait les affaires du Kremlin, qui espère aussi profiter de la guerre au Moyen-Orient pour pousser son avantage en
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