Débarrassée de ses apparats de pop star, la blonde et belge soul woman
Selah Sue la joue désormais collectif. Et s’offre la douce complicité d’un trio jazz-trip hop-rap, avec le père et le fils Galland, Stéphane et Elvin pour l’album Movin’. De quoi se réinventer, jouer avec la lumière et célébrer le mouvement. Publié le : 30/03/2026 - 10:27 5 min Temps de lecture
Selah Sue et
The Gallands, en 2026. © Ramy Moharam Fouad Une tendre et lumineuse complicité les relie. Pour répondre aux questions, chacun se passe le relais, dans le respect et l’écoute mutuelle. Présents tous les deux lors de l’interview,
Selah Sue et le pianiste/compositeur/producteur bruxellois
Elvin Galland, 34 ans, ont remisé leur ego au placard. Ici, la blonde soul woman n’apparaît pas dans ses apparats de pop star, mais plutôt comme l’une des membres d’un équipage rassurant. Depuis quelques mois, l’icône belge a rejoint le duo jazz
The Gallands, composé du père, Stéphane, à la batterie (classé parmi les dix meilleurs batteurs au monde par
Batterie Magazine), et du fils Elvin, remarqué aux côtés de
Damso ou
Helena. Un trio, donc, bâti sur la spontanéité et le naturel, dont le jeune pianiste raconte la genèse : « Dans le cadre d’une carte blanche offerte au festival
Middelheim d’
Anvers, mon père rêvait d’une collaboration avec
Selah Sue. Tous les deux fans de sa voix, de son timbre, de son groove, nous avions pourtant peu d’espoir : cette célébrité aurait-elle le temps et l’envie de se joindre à nous ? » De son côté, la chanteuse de raggamuffin termine tout juste la tournée de son troisième disque. Elle n’est plus plongée dans les tourbillons de cette dépression violente, dont elle parlait à cœur ouvert en 2022. Mais elle se retrouve à rôder chez elle, comme une âme en peine. Dans cette brume de « dark mood », un message WhatsApp, une bouteille à la mer signée
Stéphane Galland, l’extrait de sa torpeur. « Je reçois énormément de demandes de featurings, que je décline très souvent par manque de temps, confie-t-elle. Mais mon mari,
Joachim Saerens, dix ans de plus que moi, grand fan de jazz en général et de Stéphane en particulier, m’a poussée à accepter. » Coup de foudre Lorsqu’elle franchit le seuil du studio bruxellois des Gallands, il lui faut à peine une demi-seconde pour se déclarer convaincue : coup de foudre. « Moi qui ne suis d’habitude pas sensible à la batterie, là, j’ai été complètement bluffée par le son de Stéphane et son groove », s’enthousiasme-t-elle. Naturellement, entre le père et le fils, Selah glisse son univers : « deux personnes très chaleureuses, avec le cœur à la bonne place, mais avec deux manières très différentes de travailler, décrit-elle. Stéphane reste très libre, alors qu’Elvin a davantage besoin de contrôle… ». Entre les deux, elle trouve sa place, créant ce précieux équilibre. « Mon père apporte ce côté rythmique, ses constructions originales et complexes ; Selah débarque avec toute l’émotion de sa voix, ses mélodies, sa poésie ; et moi, j’amène mon savoir-faire harmonique et ma patte de producteur, au niveau de la couleur, des sons, des textures… » développe Elvin. Le jeune homme, très influencé par la scène jazz londonienne avec des figures comme Yussef Dayes ou Olivia Dean, a aussi été le garant d’une certaine direction artistique, comme il l’explique : « Mon père avait envie d’insérer de l’électro, alors que ce n’est pas notre identité. Il possède un son très organique, très subtil, qu’il aurait été dommage d’altérer. Quant à moi, j’adore le son authentique du piano, celui du Rhodes… Je voulais de la sincérité, une matière brute, tout en conservant une production moderne » D’ailleurs, dans cette direction, Selah se laisse volontiers guider : « Lorsque je travaille seule, comme je suis capable de chanter plusieurs styles, je pars dans beaucoup trop de directions, et il m’est compliqué de garder un cap. Alors qu’Elvin, lui, possède une vision très claire », explique-t-elle. Et finalement, au lieu des trois morceaux initialement prévus, les voici tous trois embarqués dans la grande aventure d’un album complet. Les morceaux ont été composés par les Gallands, avec beaucoup d’espace laissé pour la voix. En studio, Selah improvise sur les créations des deux musiciens : « en yaourt », précise-t-elle dans son mix d’anglais et de français. Parfois, des bribes de phrases apparaissent. Avec, toujours, le son qui précède le sens… Aube et ayahuasca Et puis, elle emporte le tout dans son propre studio. Tous les matins, dès l’aube, à 5h00, à l’heure où sa voix se révèle la plus grave, la plus éraillée, la plus chaude, elle chante, enregistre, peaufine ses mélodies. En parallèle, elle écrit ses paroles : des histoires d’amour plus ou moins heureuses, des quêtes d’identité, une émancipation intérieure, des hymnes guérisseurs, une thérapie par la danse, un nouveau réveil après la douleur… « Il y a quelques années, j’ai vécu un trip psychédélique avec l’ayahuasca. Et j’ai ressenti une présence si puissante que je ne pouvais pas l’ignorer : une sorte de Dieu, une mère englobante, un pouvoir qui surpasse tout, qui me connectait avec tous les êtres humains, décrit-elle. Je n’avais au final plus rien à craindre, plus rien à perdre, dans cette dissolution de l’ego. Je crois que cette sensation traverse toutes ces nouvelles chansons. Il y a, certes, du désespoir ou du chagrin, mais aussi cette lumière, cette lueur, cette foi, qui permet de les surmonter… » Pour le mix final, Elvin a fait appel au génie Russell Elevado (Al Green, D’Angelo, The Roots…). Et dans tout cet écrin de dentelle, tour à tour soul, hip-hop, trip hop façon Massive Attack, la voix de Selah surfe, rugit, parle, rappe et rappelle étrangement le flow de celle qui l’a toujours inspirée, la bassiste Meshell Ndegeocello. Réalisé en une fulgurance, en quelques mois à peine, le disque s’intitule Moving. Car sur chacune de ses pistes, il est question de mouvements, d’élan, de liberté, de danse, mais aussi d’émotions. Ici, rien ne semble figé. Tout, y compris la douleur, semble éphémère, dans une fluidité permanente, qui ondule à la lumière.
Selah Sue &
The Gallands Movin' (Because) 2026 Facebook / Instagram / YouTube Pour afficher ce contenu Deezer, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité. Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail