Le livre de
Gisèle Pelicot, "Et la joie de vivre", dans une librairie à
Paris, le 19 février 2026. (Olivier Arandel / MAXPPP) Depuis sa sortie le 17 février, "Et la joie de vivre" se classe au sommet des ventes. Après la déflagration du procès des viols de
Mazan,
franceinfo a donné la parole à six lecteurs pour mesurer comment cet ouvrage a résonné en eux. "J'ai souvent éloigné le livre de moi car cela m'était insupportable."
Brigitte a acheté Et la joie de vivre dès sa sortie, le 17 février. En "deux jours", cette Lyonnaise de 67 ans a lu les 320 pages où
Gisèle Pelicot raconte les viols organisés par son ex-mari avec une cinquantaine d'hommes, et le procès historique qui l'ont transformée en figure internationale de la lutte contre les violences sexuelles. Alors que le livre, coécrit avec la journaliste et romancière
Judith Perrignon et traduit dans 22 langues, s'est hissé au sommet des ventes en
France,
franceinfo a interrogé des lectrices et lecteurs qui, comme
Brigitte, ont été touchés par la "grande honnêteté" de la septuagénaire qui "ose mettre des mots sur l'horreur" qu'elle a subie.Pour
Brigitte, qui avait suivi de loin le procès des viols de
Mazan, le récit de
Gisèle Pelicot va "au-delà de ce qu'[elle avait] imaginé". "Pourtant, j'ai lu plusieurs témoignages de victimes de violences sexuelles : ceux de
Vanessa Springora, de
Camille Kouchner, de
Neige Sinno, énumère-t-elle. Mais c'est la première affaire dans laquelle j'ai entendu parler de la soumission chimique." Cette lectrice retient certaines "scènes de violence insupportables", où la narratrice revient sur les viols dont elle a été victime alors qu'elle était droguée et inconsciente."La réalité de ce qu'elle a vécu m'a explosé à la figure."
Brigitteà franceinfoLa sexagénaire s'est procuré l'ouvrage après en avoir discuté avec son fils,
Lucas, "qui avait très envie de le lire". "On échange souvent ensemble sur nos lectures, donc j'ai trouvé ça important de le lire avant de lui offrir", poursuit-elle. "J'ai grandi avec deux femmes, ma mère et ma sœur, alors pour moi c'est important de discuter de ces sujets avec elles", témoigne
Lucas. Cet entrepreneur de 32 ans s'est plongé dans le livre de Gisèle Pélicot pour "essayer de comprendre ce qui s'est passé", "avoir des éléments sur que cette affaire dit de notre société" et "des rapports entre les hommes et les femmes".La lecture l'a laissé avec une multitude de questions en suspens : "Pourquoi ces hommes ont eu besoin de faire mal ? En avaient-ils seulement conscience ? Comment ont-ils pu en tirer du plaisir ? Comment certains ont-ils pu se justifier en disant avoir eu l'accord du mari comme si on était dans les années 1920 ?"
Lucas espère que le livre créera de la discussion au sein des cercles familiaux et amicaux sur ces sujets. "Je pense que cette lecture est bénéfique pour tout le monde, c'est un récit important pour notre société.""Pour moi c'est d'abord un livre sur le rapport de l'homme à la femme."
Lucasà franceinfoBaptiste reconnaît, lui aussi, que l'affaire "questionne sur la nature humaine masculine". Cet agent des monuments nationaux, marié, a acheté le livre pour "mieux connaître le parcours et les pensées de
Gisèle Pelicot", qui l'a "tant ému et touché" lors du procès en première instance qui s'est tenu à Avignon. "La lecture m'a bouleversé, j'ai même pleuré à plusieurs reprises", confie ce quinquagénaire."Je connaissais déjà l'ampleur des violences sexuelles, l'horreur, la difficulté de porter plainte et que justice soit rendue", poursuit Baptiste. "J'ai en revanche découvert avec cette histoire le viol par soumission chimique et les errances médicales, le doute, l'incompréhension qu'il produit", admet-il.Anne estime, elle, que ce livre intéresse "surtout les femmes" dans son entourage, tandis que "les hommes ont plutôt une réaction de défense et se sentent attaqués". "J'en ai discuté avec mon meilleur copain et il m'a dit le truc habituel : 'Dominique Pelicot est un taré, moi je ne suis pas comme ça'", souffle cette Parisienne de 58 ans. Pour elle, l'histoire de
Gisèle Pelicot ne peut être considérée comme un cas isolé. Elle cite une récente enquête journalistique qui révèle qu'une centaine d'hommes ont répondu à une annonce en ligne, similaire à celle que Dominique Pelicot avait postée, et se sont montrés prêts à violer une femme endormie."
Gisèle Pelicot marque un tournant dans la lutte contre les violences sexuelles, c'est une voix inspirante", poursuit Anne, qui espère que son exemple poussera encore davantage de victimes à prendre la parole. Même si elle reconnaît qu'il "reste encore beaucoup de travail", elle se réjouit que la génération de ses enfants, âgés de 18 et 21 ans, "n'ait pas connu la période où les abus sexuels étaient systématiquement dissimulés, par peur de ne pas être crue, par peur de faire scandale". Ilona, 26 ans, a lu le récit de
Gisèle Pelicot car, au-delà de son aspect "vertigineux", l'affaire traduit aussi, selon elle, "beaucoup d'aspects de notre société et des problématiques liées au patriarcat". "J'avais 18 ans au moment de l'émergence du mouvement MeToo, j'ai grandi avec ça, et ce livre a renforcé mon avis sur la culture du viol", raconte-t-elle."C'est une lecture importante pour éduquer sur le sujet, pour éviter que ça se reproduise, pour changer les avis et les comportements."Ilonaà franceinfoIlona a aussi été marquée par la volonté de
Gisèle Pelicot de garder en mémoire les "jours heureux" avec son ex-mari. "Elle adopte un point de vue assez tendre sur son histoire avec lui, alors qu'on pourrait s'attendre à ce que son ton soit purement accusateur", souligne la jeune lectrice. Quand "elle explique qu'elle ne peut pas effacer 50 ans de sa vie, qu'elle garde ces souvenirs pour se sauver elle-même", "ça montre que tout n'est pas tout noir ou tout blanc", analyse Ilona."Je reconnais la génération de ma mère à travers elle, celle où il fallait serrer les dents, alors que moi, je retrouve plus dans la colère de sa fille, Caroline", raconte pour sa part Clémence. "Au fur et à mesure du récit, on comprend et on admire
Gisèle Pelicot, qui a eu l'intelligence et l'énorme courage de faire changer la honte de camp", notamment en refusant le huis clos au procès, poursuit cette quadragénaire et mère de deux enfants.Au fil des pages, "on se dit qu'elle va finir par s'effondrer, mais elle tient sa barque", s'étonne Clémence. Cette "lueur d'espoir" dans Et la joie de vivre a aussi frappé Baptiste. Il s'émeut des passages qui retracent l'élan de soutien dont a bénéficié
Gisèle Pelicot, "des femmes qui sont venues au procès pour l'accueillir, la remercier, l'applaudir", mais aussi de "sa rencontre avec son nouveau compagnon"."On se demande comment c'est possible d'aimer à nouveau, de faire confiance à nouveau. Et puis, dans les interstices du drame, ça arrive quand même."Baptisteà
franceinfo"Avec ce livre et ce titre, Et la joie de vivre,
Gisèle Pelicot propose un nouveau positionnement", abonde Anne. "Les récits de violences sexuelles sont souvent, et on le comprend, dans le registre du drame et de la tristesse, juge-t-elle. En tirant son récit vers la joie de vivre et la manière dont on peut se reconstruire, elle nous donne de l'espoir." Violences sexuelles dans le périscolaire à
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