Le 3 avril 2026 à 17h35 Avant l’éclatement du conflit, près d’un quart des Français télétravaillait régulièrement.
François Bouchon / AdobeStock L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que passer de zéro à trois jours de télétravail par semaine permettrait de réduire la consommation de carburant d’un salarié de 20%. Mais cela ne correspond pas toujours aux attentes des actifs comme des dirigeants. Passer la publicité Passer la publicité À l’instar de la pandémie de Covid-19, une nouvelle crise pourrait-elle offrir au télétravail un retour en grâce ? Il s’agit en tout cas d’une des solutions proposées face à la flambée des prix à la pompe. Le tarif moyen du litre de gazole, le carburant le plus consommé en
France, dépasse désormais les 2,25 euros. Un montant en hausse de 8 centimes sur une semaine, et de près de 50 centimes depuis les prémices de la guerre au Moyen-Orient. Le vendredi 20 mars, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a listé une série de mesures visant à alléger la pression sur les stocks d’hydrocarbures. Privilégier le distanciel si possible y figurait en bonne place : l’AIE estime ainsi que passer de zéro à trois jours de télétravail par semaine permettrait de réduire la consommation de carburant de 20% pour un salarié. Un discours repris mardi 31 mars par
Dan Jørgensen, le commissaire européen chargé de l’Énergie, qui a déclaré que le Vieux continent était confronté à une «situation très grave», incitant à l’économie, en particulier sur le diesel et le kérosène. Passer la publicité Avant l’éclatement du conflit, près d’un quart des Français télétravaillait régulièrement, mais cette proportion n’était pas répartie de manière homogène, avec deux tiers des cadres contre un employé sur dix, rapporte l’
Insee. À l’heure où trois quarts des actifs utilisent la voiture pour se rendre au bureau, d’après l’
Ifop, le distanciel pourrait devenir une piste privilégiée. Un retournement de situation, alors que la tendance ces derniers temps consistait au rétropédalage des entreprises, déçues des conséquences de la pratique. Déjà, en 2022, quand la guerre en
Ukraine avait alourdi la facture d’essence, 43% des salariés tricolores avaient affirmé vouloir œuvrer davantage depuis leur domicile, selon une étude de
Citrix. Perte de compétitivité Cependant, contrairement aux apparences, faire davantage de télétravail ne serait pas une solution miracle.
Jean-François Nardot-Peyrille, président de
Réseau Entreprendre, pointe que cette mesure n’est pas applicable dans de nombreuses situations. «La population rurale, qui effectue quotidiennement d’importants déplacements, est la plus impactée mais elle est souvent la moins concernée par le télétravail, car de nombreuses entreprises sur place font de la production, ce qui donne des tâches irréalisables à distance», explique-t-il. D’autant que les sociétés pourraient avoir d’autres problèmes à gérer. «La hausse du coût de l’énergie pèse déjà sur les structures et si on la cumule avec du télétravail subi, cela expose à un danger de perte de compétitivité », glisse
Jean-François Nardot-Peyrille. Et Jean-François Foucard, secrétaire confédéral CFE-CGC, le syndicat des cadres, en charge de l’emploi et de la formation, d’abonder : «Il est difficile de penser que l’entreprise doit tout régler lorsque nous avons choisi d’habiter loin. D’autant que, dans ce cas précis, il faudra attendre de long mois avant de constater un retour à la normale» du prix des carburants. Contraindre les sociétés à répondre à cet enjeu pourrait d’ailleurs engendrer de fâcheux effets de bords. «Elles pourraient par exemple limiter les embauches de ceux qui vivent trop éloignés», remarque Jean-François Foucard. Aucune option pérenne Même constat du côté de la CGT, mais pour des motifs distincts. «Le télétravail ne doit pas servir de variable d’ajustement», martèle Emmanuelle Lavignac, secrétaire nationale de l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens CGT. Elle tient en effet à ce que les employeurs n’en profitent pas pour éviter d’indemniser ceux qui utilisent leur lieu de vie pour travailler à distance ou qui empruntent leur véhicule au quotidien. «Nous pensons que les sociétés doivent mettre la main à la poche pour que les salariés viennent travailler», insiste-t-elle, en rappelant que cela existe dans les grandes villes, où les groupes remboursent - au moins partiellement - les cartes de transport. Et de conclure : «Le télétravail doit rester un mode d’organisation sérieux, et non un gadget qu’on sort en dernier recours, sans véritable prise en charge.» Devant l’impossibilité d’envisager davantage de télétravail sur le long terme, d’aucuns optent pour des alternatives. «Nous voyons que les dirigeants ont entendu la problématique et instaurent parfois un changement d’horaires ou des opportunités de covoiturage, mais la petite taille des structures peut ralentir le processus. L’envie est présente mais la réalisation périlleuse», résume
Jean-François Nardot-Peyrille de
Réseau Entreprendre. Ce que confirme Jean-François Foucard : «Aucune option pérenne ne se démarque.» Celui-ci remarque finalement que la hausse des prix à la pompe pourrait générer des tensions accrues sur les négociations annuelles obligatoires. «L’envie est présente mais la réalisation périlleuse» : face à la hausse du prix du carburant, le télétravail pourrait-il être la solution ? S'ABONNER Ces spécialistes qui aident les employeurs à restreindre légalement le télétravail En première ligne pour conseiller les entreprises voulant faire revenir les salariés au bureau, ils explorent toutes les modalités de renégociation. Pionnier du télétravail, Stellantis engage une marche arrière radicale DÉCRYPTAGE - Le groupe cherche à faire revenir ses salariés à temps plein au bureau. Faute de locaux disponibles et confrontée au mécontentement général, la direction temporise en Europe. « Une sorte de réalignement » : inquiètes pour leur productivité, les entreprises mettent de l’ordre dans le télétravail DÉCRYPTAGE - Près de 10 % des employeurs ont réduit l’accès de leurs salariés au travail à distance en 2025. Une tendance qui révèle une volonté de rééquilibrage plutôt qu’un rétropédalage sur cet acquis de l’ère Covid. «J’ai des salariés dont le métier ne permet pas le télétravail : ceux qui pourraient en faire sont solidaires, c’est une affaire de principe» UNE HEURE DANS LE BUREAU - Chaque week-end, un dirigeant ouvre sa porte au Figaro. C’est au tour de Thierry Gardinier, président du groupe qui porte son nom. « Je vois plus de monde que lorsque j’habitais Paris » : les secrets de ceux qui ont gardé leur réseau alors qu’ils ont quitté la capitale Il n’est pas simple de garder contact avec ses collègues ou ses clients quand on a déménagé loin des centres d’affaires. Six témoins désormais «navetteurs» partagent leurs recettes. J’irai télétravailler chez vous : «Je me suis construit un bureau-nid au seul endroit où les enfants ne vont pas» Le Figaro s’invite en télétravail chez des personnalités. Matthieu Stefani, auteur du podcast à succès Génération Do It Yourself, nous reçoit. Peut-on vivre loin de son travail et être heureux ? Les astuces de ceux qui y parviennent Être «navetteur» peut être un choix intéressant pour gagner en qualité de vie, mais les trajets peuvent vite se révéler épuisants. Nous avons interrogé ceux qui ont trouvé l’équilibre grâce à une organisation bien rodée. «Le moindre grain de sable prenait des proportions importantes» : ces managers ont réussi à éradiquer une mauvaise ambiance dans leur équipe Trop de dossiers à gérer, trop d’incertitudes, trop de télétravail… Les tensions au sein d’un service peuvent rapidement prendre une tournure désagréable. Voici quelques conseils pour passer d’une atmosphère pénible à un collectif performant. Mentir sur son lieu de travail, c’est fini avec la nouvelle fonctionnalité de Microsoft Teams VU D’AILLEURS - Le célèbre logiciel de communication permet dorénavant de tracer ses utilisateurs. Terminé donc de dire que vous êtes au bureau alors que c’est faux. «Quand on est en position de force, ce serait bête de ne pas en profiter» : dans la tech, les salariés expérimentés dictent leurs règles Télétravail, flexibilité, type de contrat... Face à un marché en reprise, ces talents négocient salaires, free-lancing et «hybridation», creusant les écarts avec les juniors ou avec le reste de l’entreprise.