Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, lors d'un meeting de campagne à Ocsa, le 31 mars 2026. (FABIEN JANNIC-CHERBONNEL / FRANCEINFO) A la traîne dans les sondages, le Premier ministre sortant attaque sans cesse l'
Ukraine de Volodymyr Zelensky, mais aussi l'Union européenne, dans ses prises de parole. Une stratégie qui crée un climat anxiogène, à l'approche d'un scrutin crucial. En Hongrie, impossible de lui échapper. Le visage de Volodymyr Zelensky est placardé partout dans le pays, des rues les plus passantes aux routes les plus reculées. On pourrait presque croire que le président ukrainien, dont le pays est en guerre avec la Russie depuis plus de quatre ans, est candidat aux élections législatives prévues dimanche 12 avril. Sur certaines affiches, son portrait est accolé à celui de l'eurodéputé
Péter Magyar, leader du parti d'opposition conservateur Tisza, qui affronte le Premier ministre populiste sortant Viktor Orban. Sur les panneaux, le montage est accompagné du message "Ils sont dangereux" et d'un appel à voter pour
Fidesz, le parti d'extrême droite au pouvoir. Une affiche du parti de Viktor Orban pour les législatives, le long d'une route à l'est de
Budapest (Hongrie), le 1er avril 2026, montrant le président ukrainien Volodymyr Zelensky aux côtés du leader de l'opposition
Péter Magyar. (FABIEN JANNIC-CHERBONNEL / FRANCEINFO) La manœuvre peut paraître grossière, mais elle symbolise la stratégie adoptée par le chef du gouvernement, à la traîne dans les sondages. Alors que
Péter Magyar recueille près de 50% des intentions de vote, Viktor Orban plafonne à 39%, selon l'agrégateur de sondages de Politico. Le dirigeant eurosceptique, qui s'est rapproché de Moscou ces dernières années, n'a de cesse d'attaquer le gouvernement ukrainien. La tension entre les deux voisins s'est accentuée depuis l'arrêt des livraisons de pétrole russe via l'oléoduc Droujba, qui transite par l'
Ukraine. Kiev affirme que l'ouvrage a été endommagé fin janvier par des frappes russes.
Budapest l'accuse de retarder délibérément les réparations. En représailles, Viktor Orban est allé jusqu'à bloquer, en mars, un prêt de 90 milliards d'euros, capital pour Kiev, au grand dam des autres Etats membres de l'Union européenne.En meeting, Viktor Orban ne perd pas une occasion d'attaquer Kiev et d'agiter le spectre de la guerre aux portes du pays. C'est encore le cas à Ocsa, petite ville au sud de
Budapest, en ce mardi 31 mars. "
Fidesz, c'est le choix sûr", lance le dirigeant, reprenant le slogan de son parti. "C'est la seule garantie pour que notre argent n'aille pas à Kiev ou aux multinationales et que nos fils ne partent pas à la guerre", ajoute-t-il, la voix éraillée par des semaines de campagne intense. "Nous n'enverrons pas d'hommes, pas d'armes et pas d'argent."Celui qui gouverne le pays d'Europe centrale de 9,5 millions d'habitants depuis seize ans est à l'aise. "Désolé les jeunes, mais c'est l'âge qui donne de l'expérience. Ce n'est pas le moment de prendre des risques, de changer, de se lancer dans des aventures", s'époumone le Premier ministre sortant. "Il ne faut pas que l'on donne des canons aux Ukrainiens. J'ai dit 'non' pendant quatre ans au niveau européen", déroule Viktor Orban, sourire aux lèvres. "L'argent hongrois est mieux utilisé à Ocsa qu'à Donetsk", ajoute-t-il, alors que
Budapest ne contribue pourtant pas au prêt européen. Viktor Orban fait de sa confrontation avec Bruxelles un argument de campagne. Peu importe que les dizaines de milliards d'euros bloqués par la Commission européenne pour cause d'atteintes à l'Etat de droit en Hongrie plombent l'économie."La Hongrie ne peut résister qu'avec un gouvernement national, qui peut et sait dire non. C'est la bataille que l'on doit mener à Bruxelles."Viktor Orban, Premier ministre hongroislors d'un meeting à OcsaLes quelques centaines de soutiens, réunis devant une scène installée pour l'occasion en face de la mairie, approuvent. La petite bruine n'empêche pas la foule d'agiter de nombreux drapeaux hongrois. "Je veux que la Hongrie évite la guerre et que mes enfants n'aillent pas au front", souffle Tomazs, 29 ans, accompagné de ses deux filles.A quelques mètres de lui, Janosz, 58 ans, tient entre ses mains une pancarte "Stop à la guerre" sur laquelle sont imprimés là encore les visages du président ukrainien et de
Péter Magyar. "J'ai été militaire pendant la guerre de Yougoslavie, je me souviens de ce que c'est", dit-il, emmitouflé dans sa capuche grise. "Volodymyr Zelensky est un dictateur, il est exactement comme Hitler", ajoute-t-il d'un air dégoûté, en écho à la propagande du Kremlin faisant de la guerre en
Ukraine un combat contre le nazisme. Janosz tient entre ses mains une pancarte "Stop à la guerre" lors d'un meeting de Viktor Orban à Ocsa (Hongrie), le 31 mars 2026. (FABIEN JANNIC-CHERBONNEL / FRANCEINFO) "L'
Ukraine, ça n'est pas notre guerre", tranche Réka, 44 ans, manteau bleu ciel et large sourire. La dramaturge souhaite que "Viktor Orban reste au pouvoir". Elle estime que la prochaine élection est plus importante "que le traité de Trianon de 1920", accord de paix qui a redécoupé l'Europe et notamment la Hongrie après la Première Guerre mondiale. Réka, dramaturge, est venue assister au meeting de Viktor Orban à Ocsa (Hongrie), le 31 mars 2026. (FABIEN JANNIC-CHERBONNEL / FRANCEINFO) Sur scène, le charismatique Viktor Orban poursuit son discours. "Il ne faut pas oublier que nous avons aidé les réfugiés ukrainiens, en bons chrétiens, en leur donnant un abri et en faisant en sorte qu'ils puissent apprendre dans leur langue, alors qu'ils ferment des écoles hongroises chez eux", accuse le dirigeant populiste. Une référence à la minorité hongroise qui vit en
Ukraine, source de tension entre les deux pays. Des huées se font entendre. "Elle n'est pas bien traitée là-bas", croit savoir Réka. En février, de fausses images se sont répandues sur les réseaux sociaux, montrant un mémorial en
Ukraine profané par des slogans anti-hongrois. La campagne des législatives est en effet polluée par un grand nombre de fausses informations, dopées à l'intelligence artificielle et relayées, selon les experts, par des comptes russes.Menacé de ne pas être réélu à cause notamment d'une économie atone, Viktor Orban sait qu'un profond sentiment anti-ukrainien règne dans le pays. Un sondage réalisé en décembre 2025 par le cercle de réflexion Policy Solutions montrait ainsi que la moitié des Hongrois considèrent l'
Ukraine comme un danger, tandis que 64% sont contre une adhésion du pays à l'UE et 74% s'opposent à une aide financière à Kiev.La mainmise de
Fidesz sur les institutions hongroises, la justice et les médias, aboutissement d'années de remise en cause de la démocratie et de l'Etat de droit, permet au gouvernement sortant de marteler son message. Il a aussi été entendu à Alsónémedi, petite ville typiquement hongroise avec ses bâtiments pastel posés autour de la route principale, située au sud de
Budapest. Fichu sur la tête, mains posées sur son vélo rouge, Véronika, 75 ans, rentre des courses. "Je veux la paix", dit-elle. "Viktor Orban ne va pas assez loin", que ce soit en matière d'immigration ou vis-à-vis de l'
Ukraine, estime-t-elle. Veronika, une habitante d'Alsónémedi (Hongrie), compte voter pour le parti du Premier ministre Viktor Orban lors des législatives. (FABIEN JANNIC-CHERBONNEL / FRANCEINFO) Un peu plus loin une femme, qui préfère rester anonyme, explique "avoir surtout peur de la guerre", ajoutant : "Il y a déjà beaucoup de pauvreté ici, on n'en veut pas plus." Elle est "presque certaine" de voter pour Viktor Orban. Marianna, 38 ans, qui compte glisser un bulletin
Péter Magyar, estime que "bien sûr, il faut aider l'
Ukraine". Mais seulement "avec de l'aide humanitaire, sans envoyer des armes". Devant un kiosque, un jeune homme livre son analyse : "La propagande tourne à plein régime", regrette-t-il. "Il faut toujours un bouc émissaire à Orban. Avant, c'étaient les migrants. Puis Bruxelles. Maintenant, c'est l'
Ukraine."
Péter Magyar, qui surfe lui aussi sur le nationalisme, se montre d'ailleurs très prudent vis-à-vis de Kiev. Face aux tentatives du camp sortant de mettre un signe égal entre l'eurodéputé et Volodymyr Zelensky, le rival de Viktor Orban s'est opposé à une entrée de l'
Ukraine dans l'Union européenne. Son parti, Tisza, a voté contre le prêt de 90 milliards d'euros au Parlement européen, en février, ce qui lui a valu d'être sanctionné par son groupe politique, le Parti populaire européen. En Hongrie, "personne ne veut d'un gouvernement pro-ukrainien", a-t-il même affirmé fin mars, rapporte Politico. Tout juste promet-il des relations apaisées avec Kiev et les institutions européennes. De quoi laisser dubitative le reste de l'UE, qui espère un ton plus constructif de la part du gouvernement sorti des élections.Le concurrent du Premier ministre sortant ne fait pas de l'
Ukraine un sujet majeur de sa campagne. "Viktor Orban passe plus de temps à parler de l'
Ukraine ou de l'Amérique et en oublie les vrais problèmes", a-t-il cinglé dans un meeting à Tùrkeve le 1er avril.
Péter Magyar, lui, préfère cibler les liens entre le dirigeant populiste et la Russie et vise régulièrement le ministre des Affaires étrangères Péter Szijjártó. The Washington Post avait révélé qu'il échangeait continuellement au téléphone avec son homologue russe Sergueï Lavrov, l'informant des déroulements des réunions européennes. Le Premier ministre sortant veut aussi continuer d'acheter des hydrocarbures à la Russie, à rebours du reste de l'UE. Une position partagée par ses soutiens. A gauche, une affiche de Viktor Orban à
Budapest (Hongrie) clamant "Unissons-nous contre la guerre" ; à droite, un tag "Contre Poutine, contre Orban, contre la dictature". (FABIEN JANNIC-CHERBONNEL / FRANCEINFO) De quoi inquiéter la discrète communauté ukrainienne du pays, mais aussi les 60 000 réfugiés présents sur le territoire. "Quand je vois [les affiches contre l'
Ukraine] cela me fait du mal de voir que ma deuxième patrie est contre la patrie que j'ai dû quitter", a expliqué la blogueuse ukrainienne Vlada Hollosi, réfugiée à
Budapest, sur Arte. "Nous traversons une période difficile, mais nous nous concentrons néanmoins sur les bonnes nouvelles concernant notre communauté (...) et espérons le meilleur pour l'
Ukraine, la Hongrie et l'Europe", répond à franceinfo Liliána Grexa, représentante de la minorité ukrainienne au Parlement hongrois. Le climat de cette fin de campagne est anxiogène. "Je n'en peux plus de cette grande violence, confie une femme croisée à Alsónémedi. Je ne suis pas la seule à espérer que ça en finisse."Ce reportage a été réalisé avec l'aide de Joël Le Pavous, pour la préparation et la traduction. Vols, violences : 11 policiers municipaux en garde à vue Hongrie : Peter Magyar, l'opposant qui veut faire tomber Viktor Orban Au Liban, une ONG tente de sauver les animaux touchés par les frappes israéliennes ROYAUME-UNI Des rassemblements d’adolescents tournent au chaos Plus de 300 morts à Beyrouth : des civils sous les bombes israéliennes Prix des carburants : les premières baisses à la pompe Tadej Pogacar en reconnaissance sur les mythiques pavés de Paris-Roubaix Quelles seront les têtes d'affiche du Festival de Cannes 2026 ? Spectaculaire incendie dans le vélodrome olympique de Rio Mariam court contre les violences sexistes et sexuelles L'avocat de Rima Hassan réagit au classement sans suite de l'enquête sur un "prétendu" produit stupéfiant Classement sans suite autour d'un "prétendu" produit stupéfiant pour Rima Hassan Tout comprendre à la déclaration d’impôts sur le revenu 2026 "La France souhaite rester prévisible", dit Roland Lescure à propos de l'imprévisibilité de Donald Trump Détroit d'Ormuz : une réouverture au compte-gouttes