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NSR-2026-0321-27645News Report·FR·Economic Impact

Comment la guerre au Moyen-Orient a fait exploser les prix des engrais et sème le chaos dans les champs

Le conflit au Moyen-Orient, débuté le 28 février, perturbe la production et l'exportation d'engrais, essentiels à l'agriculture mondiale. La fabrication d'engrais azotés de synthèse nécessite de grandes quantités de gaz, un marché dominé par les pays du Golfe, l'Iran et la Russie.

Marie-Adélaïde ScigaczFrance InfoFiled 2026-03-21 · 06:05 GMTLean · CenterRead · 7 min
Comment la guerre au Moyen-Orient a fait exploser les prix des engrais et sème le chaos dans les champs
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Le conflit au Moyen-Orient, débuté le 28 février, perturbe la production et l'exportation d'engrais, essentiels à l'agriculture mondiale. La fabrication d'engrais azotés de synthèse nécessite de grandes quantités de gaz, un marché dominé par les pays du Golfe, l'Iran et la Russie. Jusqu'à 30% des engrais transitent habituellement par le détroit d'Ormuz, désormais fermé, ce qui fait grimper les prix. Cette hausse menace la sécurité alimentaire mondiale, car les engrais sont indispensables pour obtenir des rendements agricoles élevés. L'ONU alerte sur le risque de voir 45 millions de personnes supplémentaires basculer dans l'insécurité alimentaire aiguë si le conflit persiste. La dépendance de l'agriculture française aux engrais azotés de synthèse est également remise en question.

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To produce synthetic fertilizers, ammonia is needed, which requires a lot of gas.

factualAlain Carpentier, chercheur à l'Inrae
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France produced about a third of its fertilizer needs in 2022.

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The war in the Middle East since February 28 is disrupting the production and export of fertilizers.

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Up to 30% of traded fertilizers usually pass through the Strait of Hormuz.

statisticOrganisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)
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If the conflict in the Middle East continues until June, 45 million more people could face acute food insecurity.

predictionCarl Skau, Programme alimentaire mondial des Nations unies
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Un agriculteur procède à l'épandage d'engrais dans un champs de colza, à Neuensien, en Allemagne, le 18 mai 2017. (JENS BUTTNER / AFP) Du détroit d'Ormuz aux plaines céréalières de l'Hexagone, les impacts du conflit sur le prix du gaz – et donc des engrais – interrogent sur la dépendance de l'agriculture française aux engrais azotés de synthèse. "Si le conflit au Moyen-Orient se poursuit jusqu'en juin, 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l'insécurité alimentaire aiguë." Le directeur exécutif adjoint du Programme alimentaire mondial des Nations unies, Carl Skau, a sonné l'alerte mardi 17 mars. En raison de la hausse des prix de l'énergie, mais aussi des engrais produits en grande partie dans les pétromonarchies du Golfe, la faim dans le monde menace. Qu'ils soient organiques (issus du fumier ou du lisier des élevages) ou synthétiques, les engrais azotés visent, en quelque sorte, à "nourrir notre nourriture". Les plantes cultivées à destination de l'alimentation humaine ou animale en ont toutes besoin pour se développer, fabriquer des protéines, etc. A l'exception des légumineuses, toutes puisent une partie de l'azote dont elles ont besoin dans les sols. "Mais en général, cette offre du sol ne suffit pas pour obtenir des rendements élevés", explique Sylvain Pellerin, directeur de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). "C'est pour ça que l'on complète cette offre du sol par des apports d'engrais." Or, la guerre qui enflamme le Moyen-Orient depuis le 28 février sème le chaos dans la production et l'exportation de cette précieuse ressource. Pour produire des engrais de synthèse, il faut pouvoir fabriquer de l'ammoniac. Et pour pouvoir fabriquer de l'ammoniac ? Il faut du gaz. Beaucoup de gaz. "Pour fixer l'azote de l'air et le transformer en ammonium, le processus chimique est extrêmement énergivore", explique Alain Carpentier, chercheur à l'Inrae. Puisqu'il n'existe pas à ce jour de technologie mature pour produire des engrais de manière décarbonée, les pays qui disposent de grande quantité de gaz, comme les pétromonarchies du Golfe, l'Iran ou encore la Russie, dominent ce marché. Jusqu'à 30% des engrais commercialisés transitent habituellement par le détroit d'Ormuz, estime l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Mais avec la fermeture de ce passage stratégique depuis près de trois semaines et les frappes répétées (américaines, israéliennes ou iraniennes) contre les infrastructures pétrogazières du Moyen-Orient, il devient de plus en plus compliqué de se fournir, alerte l'agence onusienne. Si certains pays sont capables d'assurer une partie de la production sur leur territoire – y compris la France, qui produisait en 2022 environ un tiers de ses besoins – encore faut-il pouvoir importer du gaz pour faire tourner ces usines qui produisent ces engrais. En trois semaines de conflit, le prix du gaz naturel liquéfié a bondi de 35%. "On estime que les prix mondiaux des engrais pourraient augmenter en moyenne de 15 à 20% au cours du premier semestre 2026 si la crise persiste." L'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO)dans une note datée du 15 mars Selon une note publiée par le cabinet Global Sovereign Advisory, "les pays qui produisent des engrais à partir de gaz importé du Golfe sont déjà contraints de réduire leur production (Pakistan, Inde, Bangladesh) ou de limiter leurs exportations afin de protéger leur marché intérieur (Chine)". Alors que s'ouvre la période des semis de printemps dans tout l'hémisphère nord, le gouvernement américain a pour sa part annoncé qu'il autorisait désormais l'importation d'engrais en provenance du Venezuela. Tensions sur les marchés, hausse des prix... Si la crise venait à durer, tous les agriculteurs dont les cultures dépendent de ces intrants seront touchés, y compris ceux qui ne se fournissent pas au Moyen-Orient. Pour un céréalier ou un producteur de pommes de terre ou de betteraves, "les engrais représentent 30% des charges opérationnelles", a rappelé Yannick Fialip, président de la commission économique de la FNSEA, sur franceinfo. Selon lui, une multiplication par deux du prix des engrais azotés représenterait "une hausse qui peut avoisiner 15 à 20 000 euros [annuels] de plus par exploitation". Heureusement, "plus de 80% des besoins en fertilisants pour la campagne agricole actuelle 2025-2026 ont déjà été couverts", rassure France Fertilisants, l'union des industries de la fertilisation, dans un communiqué. Pour ceux qui, comme Fabrice Berge, n'avaient pas encore fait le plein d'engrais, la facture est d'ores et déjà douloureuse. Pour sa parcelle de tournesols, ce céréalier de la Vienne rencontré par France 2 déplore un surcoût de 2 300 euros. La veille, en Côte-d'Or, Driss Jacquet faisait le calcul : +12 000 euros pour son exploitation qui utilise chaque année environ 300 tonnes d'engrais. "Quand on a vu les prix partir à la hausse, on a décidé de sécuriser notre prix d'achat à 450 euros la tonne auprès de notre fournisseur, mais on avait déjà pris 40 euros par rapport à ce qu'on avait budgétisé", raconte le céréalier à France 3. Les craintes concernent surtout l'année prochaine, assure Alain Carpentier. "En cas de forte hausse des prix, deux possibilités s'offrent aux agriculteurs : réduire la surface des cultures gourmandes en azote ou réduire les rendements", résume-t-il. Bref, produire moins. "Un agriculteur qui vise un rendement de 9,5 tonnes de blé à l'hectare utilise à peu près 200-230 kg d'engrais à l'hectare. Si le prix est trop élevé par rapport à celui auquel il vendra son blé, ce sera trop cher d'aller chercher cette dernière tonne. Il préfèrera viser un rendement à 8,5 tonnes." Alain Carpentier, chercheur à l'Inraeà franceinfo Là encore, le marché dictera la marche à suivre. Celui du gaz, mais aussi celui du maïs, du blé, de l'orge, etc. "Tout va dépendre du ratio entre le prix auquel ils peuvent acheter les engrais et celui auquel ils peuvent vendre leurs récoltes", note le chercheur. Agriculteur dans le Puy-de-Dôme, Vincent Marand ne se préoccupe plus du prix des engrais azotés de synthèse. "J'ai fait le choix de passer en bio, pas pour cette raison, mais j'arrive à faire pousser mes céréales sans engrais chimiques", confie-il à France 3. "Je place des légumineuses dans mes cultures, comme la féverole, le pois chiche, la lentille et la luzerne. Ces plantes rejettent naturellement de l'azote dans le sol par leurs racines." Vincent Marand, agriculteur bioà France 3 S'il vise des rendements moindres que ses confrères qui travaillent de manière conventionnelle, il assure s'y retrouver avec cet autre modèle économique. Surtout en ces temps troublés. En 2022 déjà, la hausse du prix du gaz à cause de la guerre en Ukraine avait fait exploser le prix des engrais azotés de synthèse. "Contrairement au pétrole, le secteur des engrais ne dispose pas de réserves stratégiques coordonnées à l'échelle internationale", rappelle ainsi la FAO. Pour faire face à ces chocs, la "Ferme France" doit "réfléchir à ce qu'elle peut faire pour réduire sa demande en engrais", estime Alain Carpentier. A commencer par "développer la production de légumineuses". Ces cultures (comme le soja, les lentilles, le pois...) ne nécessitent pas d'engrais et contribuent à fixer l'azote dans le sol. Mais dans un pays qui a fait le choix de l'élevage et des céréales, elles restent "peu valorisées sur les marchés" et "manquent encore de débouchés", constate Lucile Rogissart, spécialiste de la transition agricole à l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE). Une autre solution serait d'optimiser l'utilisation des engrais organiques, en rapprochant les animaux des cultures alors que "les élevages sont de plus en plus concentrés territorialement". Les spécialistes évoquent encore d'autres possibilités pour l'avenir, plus ou moins simples à mettre en place, coûteuses, ambitieuses ou abouties. Parmi celles-ci : manger des lentilles plus souvent (et surtout moins de protéines animales), construire des "pipelines à lisiers" pour transporter les engrais organiques entre les territoires, favoriser la production d'engrais au sein de l'UE à travers le mécanisme de marché carbone ou valoriser l'urine humaine comme fertilisant. Carburant : les mesures "ciblées" du gouvernement pour le transport, l'agriculture et la pêche Des animaux découpés vivants dans un abattoir en Martinique Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry brillent et battent leur record sur la danse rythmique aux Mondiaux Allemagne : une baleine, échouée depuis plusieurs jours, enfin libérée Traversée des Alpes : le projet fou d'un champion hors normes Vols de carburant : les gendarmes lancent l'alerte "C’est la cour des miracles" : le sénateur Claude Malhuret charge de nouveau Donald Trump Guerre au Moyen-Orient : négociations sous les bombes Xavier Dupont de Ligonnès, caché dans le désert du Texas ? 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