Les Slovènes votent ce dimanche 22 mars pour les élections législatives. La bataille est serrée entre la coalition de centre gauche du premier ministre
Robert Golob et les conservateurs de l'ex-Premier ministre
Janez Jansa. Quelques jours avant le scrutin, un scandale éclabousse la campagne. Un groupe d'espions israéliens aurait mené une opération pour influencer les électeurs. Publié le : 22/03/2026 - 00:09 3 min Temps de lecture
Robert Golob (à gauche) et son principal rival pour les élections législatives, l'ancien Premier ministre
Janez Jansa, lors du dernier débat télévisé organisé dans le cadre des élections législatives, le 20 mars 2026. © Jure Makovec / AFP « Une attaque contre la démocratie », voilà comment le gouvernement slovène qualifie les faits. En cause : des vidéos publiées anonymement au début du mois, enregistrées clandestinement, révélant des faits présumés de corruption. Il s'agit d'une série de conversations évoquant des moyens d'influencer le gouvernement du Premier ministre
Robert Golob, pour accélérer des procédures ou obtenir des contrats. Certaines personnes impliquées ont déclaré avoir été enregistrées à leur insu et manipulées. [Ces enregistrements] impliquent des proches du gouvernement et du Premier ministre, notamment le maire de
Ljubljana, surnommé dans l'un de ses fichiers Monsieur 10 %. C'est une allusion claire à une supposée commission de 10 % sur des projets municipaux... 00:57 Mimi Podkriznik, journaliste pour Le Courrier des BalkansLila Olkinuora La société israélienne
Black Cube, spécialisée dans le renseignement, est accusée d'être à l'origine de ces vidéos. Une organisation de défense des droits de l'homme, un journaliste d'investigation et deux chercheurs l'ont mise en cause lors d'une conférence de presse lundi 16 mars.
Nika Kovac, directrice de l'association de défense des droits de l'homme Institute 8 March, a en outre déclaré que les vidéos étaient « très similaires à celles diffusées avant des élections dans d'autres pays en Europe et le monde, et principalement attribuées à la société de renseignements
Black Cube ». L'anthropologue et activiste
Nika Kovac lors de la conférence de presse donnée le 16 mars 2026 à
Ljubljana. © Jure Makovec / AFP Ils ont également établi un lien entre
Black Cube et le
Parti démocratique slovène, parti de l'ancien Premier ministre conservateur
Janez Jansa, en lice pour les élections de dimanche. Dans un communiqué, le parti assure n'avoir jamais entendu parler de
Black Cube.
Janez Jansa dément et dénonce, lui, « une corruption sans précédent de l'élite de gauche. » À écouter aussiL'Europe face aux menaces informationnelles (épisode 3) : élections en Slovénie « La campagne cette année est extrêmement sale » Si sur les réseaux sociaux et dans les médias locaux, le ton de la campagne n'a pas été serein, sur la place Prešeren, dans la capitale slovène, le vent fait voler les tracts des stands des partis alignés les uns à côté des autres dans une ambiance détendue, rapporte notre envoyée spéciale à
Ljubljana, Juliette Gheerbrandt. Mais quand on lui demande si elle ira voter, Ines, 56 ans, fait une grimace dégoûtée et lève les yeux au ciel. « La campagne cette année est extrêmement sale ! Les partis politiques s’invectivent, répandent des mensonges, des fausses informations. Je n'aime pas ce cynisme », dit la quinquagénaire. Isidore, étudiant de 21 ans, est également inquiet. « Les élections sont cruciales. La société est très polarisée, divisée. C’est un gros enjeu », soutient Isidore. La campagne a volé bas, confirme Marko Miloslavjevic, spécialiste des médias à l’université de
Ljubljana. Il met en exergue le durcissement de la droite nationaliste. « Sous l'impulsion de Donald Trump, c’est encore plus vulgaire et agressif qu’avant. Il y a quelques années, deux journalistes ont porté plainte contre
Janez Jansa. Il les avait traitées dans un tweet de “prostituées usées qui se vendent pour 20 ou 30 dollars” », explique-t-il. À écouter aussiSlovénie : le pays peut-il basculer dans l’orbite illibérale ? Des enjeux nationaux et européens Difficile de dire quel impact ce climat aura sur les résultats qui s’annoncent très serrés et dont les enjeux sont considérables au niveau européen.
Janez Jansa, chef de la droite conservatrice à tendance nationaliste, proche de Viktor Orban, est une figure centrale en Slovénie. Déjà nommé chef du gouvernement à trois reprises, il a été accusé d'atteintes à l'indépendance des médias et de dérive illibérale. Face à lui, le sortant
Robert Golob, au centre gauche. Sous son mandat, la Slovénie a autorisé le mariage et l'adoption pour les couples de même sexe. Il a employé le terme de génocide pour parler de la situation à Gaza. Mais son bilan est terni par des accusations d'abus de pouvoir qui pourraient lui coûter sa place. Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail