Tommy Olsen, le militant norvégien et fondateur de l’ONG de défense des migrants
Aegean Boat Report a été arrêté en début de semaine, suite à un mandat d’arrêt européen déposé par la Grèce qui l'accuse de trafic de migrants. La justice norvégienne a approuvé son extradition vers la Grèce où il risque d’être emprisonné. Une arrestation symbole de « l’intensification de la criminalisation des humanitaires en Grèce », dénoncent plusieurs ONG. Publié le : 22/03/2026 - 07:59 5 min Temps de lecture Des migrants secourus arrivent au port d'Agia Galini, en Grèce le 6 juillet 2025. © rfi Depuis 2017, c’est depuis le cercle polaire, dans la ville de Tromsø, à l’extrême-nord de la , que
Tommy Olsen gère l’ONG
Aegean Boat Report. Ce qui n’était qu’une page Facebook sur laquelle il partageait des informations sur les nouvelles arrivées de migrants en et sur des cas de personnes en détresse est rapidement devenue une ONG en 2018. Depuis, ce militant norvégien dénonce les opérations de refoulement vers la menées par les gardes-côtes grecs. Une pratique - aujourd’hui documentée par des enquêtes de journalistes, des ONG, et des instances comme le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés – qui a toujours été démentie par Athènes. Sur son site, il décrit depuis des années les différentes opérations menées en mer Égée. Dernière en date sur son site : la collision entre un navire des gardes-côtes grecs et une embarcation de migrants ayant fait 15 morts. Quelques mois plus tôt, il relayait le témoignage de migrants disant avoir été victimes de violences de la part des gardes-côtes helléniques. Extradition Mais lundi 16 mars, des policiers norvégiens sont venus interpeller
Tommy Olsen à son domicile suite au dépôt, le 11 février, d’un mandat d’arrêt européen déposé par la Grèce. La police grecque l'accuse de « complicité de trafic d’êtres humains », d’« espionnage », d’« activités criminelles » et demande son extradition. Cette dernière a été validée par la justice norvégienne mercredi 18 mars. Selon la justice, rien ne s’oppose à ce qu’il soit livré aux autorités grecques. « Nous ne voyons aucune raison de rejeter la demande », a constaté le procureur général
Bent Strand. L’accusé a fait appel. Une enquête est en cours sur le militant norvégien et
Panayote Dimitras, de l’ONG
Greek Helsinki Monitor depuis 2022. Elle a débuté suite à un signalement effectué par l’ONG. Contactée par deux groupes de réfugiés débarqués sur les îles grecques de
Lesbos et de
Kos,
Aegean Boat Report a notifié aux autorités ces nouveaux arrivants, ainsi que leur localisation, afin qu’ils puissent être transférés et déposer une demande d’asile en Grèce. Une démarche qualifiée de « facilitation à l’entrée illégale » par la police. « Je n’ai absolument rien fait de mal. Il s’agit d’un ciblage délibéré d’un défenseur des droits humains dans le but de l’intimider et de le réduire au silence », s’est défendu dans un communiqué
Tommy Olsen. « Le gouvernement inscrit la criminalisation de notre travail dans la loi » L’affaire a fait peu de bruit en Norvège, mais a suscité l’indignation des défenseurs des droits de l’homme. « Je crains que les accusations portées contre lui ne soient une représaille directe pour son travail de défense des droits des migrants, des réfugiés et des demandeurs d'asile. Ces poursuites semblent s'inscrire dans le cadre de la répression, ancienne et bien documentée, dont sont victimes les personnes menant ce type d'action en Grèce et aux frontières de l'UE », a réagi Mary Laxlor, rapporteur spécial des Nations unies pour les défenseurs des droits de l'Homme. De leur côté, les ONG Amnesty International et Human Rights Watch ont toutes deux demandé la suspension de l’extradition du militant. « C’est en raison de son travail sur la documentation des pushbacks illégaux de la Grèce qu’il est dans cette situation », dénonce à RFI Eva Cossé, chercheuse principale sur l’Europe et l’Asie centrale à Human Rights Watch. Selon elle, l’arrestation de
Tommy Olsen est « un pas de plus dans la criminalisation de l'aide aux migrants » qui s'intensifie ces dernières années. Les premiers mois de 2026 ont en effet été marqués par plusieurs actualités, notamment la fin des poursuites visant 24 humanitaires. Ils étaient accusés, alors qu’ils menaient des opérations de sauvetage d’embarcations de migrants au large des côtes grecques, d’être membres d’un réseau criminel de trafic d’êtres humains. L’affaire avait été qualifiée de « plus grande criminalisation de la solidarité en Europe » par le Parlement européen. Appartenir à une ONG devient une circonstance aggravante Eva Cossé, elle, évoque des « procédures bâillons ». « Lors du procès, les humanitaires ont été acquittés très rapidement. Mais ils ont tout de même subi sept ans de procédures judiciaires. Donc pendant sept ans, ces personnes devaient pointer à la police, n’avaient plus le droit de quitter le pays ou pour ceux qui étaient bénévoles étrangers, faire des aller-retours coûteux entre leur pays et la Grèce. Certains ont même passé plusieurs mois en détention préventive ». Et d'ajouter : « Ces procédures qui ont un coût financier et moral conséquent pour les humanitaires n'ont qu'un seul but : pousser les personnes à arrêter leur travail humanitaire ». Quelques semaines plus tard, le gouvernement grec a fait adopter une nouvelle loi immigration visant les ONG. Dans ce texte voté mi-février 2026, le fait d’appartenir à une organisation non gouvernementale devient une circonstance aggravante dans les affaires traitant d’infractions liées à l’immigration. « On en arrive à un point où le gouvernement inscrit la criminalisation de notre travail dans la loi », regrette Lefteris Papagiannakis, directeur du Conseil grec pour les réfugiés. Interrogé par RFI, il s’inquiète de voir le travail des ONG, dont la sienne, directement visé. « Il y avait déjà un narratif contre nous, mais là, le gouvernement montre qu’il ne va pas s’arrêter. Après le discours, voici les actes », évoque-t-il à propos de cette loi. Au sein des humanitaires, en tout cas, « la peur est là », conclut-il. En défendant son projet de loi, le ministre des Migrations, Thanos Plevris, a balayé d'un revers de main ces accusations : « Nous ne cherchons pas à compliquer l'adhésion à une ONG. Nous cherchons à compliquer la tâche des trafiquants ». Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail