L'exposition "Matisse, 1941-1954" relate les dernières années de création de l'artiste, diminué par une grave opération. Dessins, peintures, vitraux, projets monumentaux témoignent de ce prolifique moment de grâce, marqué par l'invention des célèbres gouaches découpées.
Henri Matisse, La Tristesse du roi, 1952 Papiers gouachés découpés marouflés sur toile, 292 x 386 cm,
Centre Pompidou,
Paris. (
Centre Pompidou, MNAM-CCI/PHILIPPE MIGEAT) Au début de l'année 1941,
Henri Matisse a la conviction d'être un miraculé. Il vient d'obtenir un "rabiot de vie" après être passé "à un poil de chat Angora" de la mort. Une grave opération d'un cancer de l'abdomen l'a laissé physiquement diminué, mais vivant. Une épreuve, mais aussi une métamorphose. "Mon opération a été une chose extraordinaire pour moi, au point de vue mental. Elle m'a équilibré l'esprit, clarifié les idées", écrit-il à son fils Pierre, "j'ai plus d'idées que jamais". C'est cet incroyable élan créatif que raconte l'exposition "Matisse, 1941-1954", au
Grand Palais du 24 mars au 26 juillet.
Henri Matisse va faire de sa seconde vie une apothéose, l'aboutissement de sa réflexion sur les couleurs, les formes et l'espace. Visite en quelques œuvres clés.Découper la couleur
Henri Matisse, Le Cauchemar de l’éléphant blanc, 1943, Planche originale de l’album Jazz,
Paris,
Tériade, 1947. Papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile 43,9 × 66,7 cm,
Paris,
Centre Pompidou. (IMAGE
Centre Pompidou, MNAM-CC / PHILIPPE MIGEAT, CHRISTIAN BAHIER.) Le Cauchemar de l’éléphant blanc est l’une des plus célèbres des vingt planches de Jazz, livre intégralement illustré par
Henri Matisse. Il y travaille dès 1943, en utilisant une technique dont il fut l’inventeur : gouacher d'une couleur des feuilles de papier, découper avec des ciseaux des formes dans ces feuilles, les assembler et les fixer. Ces « gouaches découpées » seront la signature de la fin de vie de Matisse. Elles permettent de déplacer, d'échanger, d'épingler, plutôt que de dessiner ou esquisser. Une méthode de travail moins fatigante pour le peintre convalescent, le plus souvent alité.Mais ce qui n'est encore qu'un simple outil va prendre son autonomie. Dès la sortie du livre en 1947, Le Cauchemar de l'éléphant blanc, Le Clown, Icare, suscitent l’enthousiasme du public et des critiques. Pas de l'artiste. "C'est absolument un raté," écrit Matisse, déçu de la transposition de ces gouaches au pochoir sur le livre, malgré le travail soigné de l'éditeur. "Ces choses doivent rester comme elles sont, des originaux, des gouaches tout simplement." Un processus créatif en soi, et non plus simplement une étape dans la réalisation d’une œuvre."Matisse découpe sans dessin préconçu, le dessin procède du mouvement, presque comme un dessin à l'aveugle" explique Claudine Grammont, cheffe de service du cabinet d’art graphique au
Centre Pompidou et commissaire de l'exposition. Matisse continuera à "dessiner directement dans la couleur" comme il le disait, jusqu'à sa mort. Entre sculpture et peinture, La tristesse du roi en 1952 ou L'Escargot en 1953, ouvriront la voie à l'art abstrait. Mais tout était déjà dans Jazz et ses éclatantes gouaches découpées !La peinture malgré tout
Henri Matisse, Intérieur rouge, nature morte sur table bleue, 1947. Huile sur toile, 116 x 89 cm, Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf (BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / Walter Klein) L'extraordinaire élan créatif de Matisse à la fin de sa vie ne se limite pas aux gouaches découpées et à leur succès. L'ensemble des Intérieurs de Vence, exposé au
Grand Palais, est là pour le rappeler. Même diminué, le chef de file du fauvisme n'a pas encore tout à fait abandonné les pinceaux. Dans sa villa "Le Rêve" à Vence, "il faut s'imaginer un atelier mouvant", raconte Claudine Grammont,"où flottent des gouaches découpées punaisées au mur par ses assistantes, à côté d'une huile sur chevalet ou d'un dessin. Et il travaille sur tout ça en même temps, passant de l'un à l'autre". Matisse peindra 75 toiles pendant cette période.Matisse y pousse au paroxysme l'aplat des couleurs et de la perspective propre au fauvisme. Dans ces Intérieurs à dominante rouge, l'espace semble en expansion. "Outre les couleurs, c'est la présence que du tableau sur le mur qui définit le fauvisme", commente la commissaire de l'exposition. "Là Matisse pousse ça très loin, avec des compositions qui partent souvent du centre vers le bord". En 1949, ces tableaux seront exposés sans cadre, comme s’ils devaient pouvoir déborder sur le mur. Ce sont peut-être ces bords, ces limites, qui lassent Matisse. Il peindra sa dernière toile deux ans plus tard.Matisse monumental
Henri Matisse, Jérusalem céleste, 1948. Papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile, 265,5 x 130 cm,
Centre Pompidou,
Paris. (
Centre Pompidou, MNAM-CCI/GEORGES MEGUERDITCHIAN) 2 mètres, 3 mètres, ou plus encore ! Avec ses gouaches découpées, Matisse peut oser tous les formats. Dans les années 30, il en avait utilisé une forme encore balbutiante sur les murs de la Fondation Barnes, déplaçant inlassablement les brouillons des personnages La Danse, jusqu'à trouver leur position parfaite sur le mur. Et il a toujours rêvé d'œuvre totale. Ce sera la Chapelle du Rosaire à Vence. L'artiste s'y consacre exclusivement de 1948 à 1951. Toit, murs, mobilier liturgique, il en refait intégralement l'aménagement. Les fresques, comme Saint Dominique, sont réalisées très rapidement, mais après de longues heures d'entraînement, de gestes répétés...Mais au
Grand Palais, c'est surtout le travail sur les vitraux qui accroche l'œil. Il faudra trois maquettes successives. Dans le modèle définitif, réalisé en quelques mois sur le thème de l'arbre de vie, les couleurs seront finalement réduites à trois, jaune, bleu, vert. Matisse a jugé trop austère le premier essai autour du thème de la Jérusalem céleste, bel exemple pourtant de gouache découpée monumentale. D'autres commandes de vitraux suivront. Mais aussi de céramiques, de tapisseries, et pourquoi pas ? Dans la créativité débridée de ses dernières années, Matisse ose aussi tous les supports.De la forme au signe
Henri Matisse, Nu bleu II, 1952. Papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile, 103,8 x 86 cm,
Centre Pompidou,
Paris. (
Centre Pompidou/SERVICE DE LA DOCUMENTATION PHOTOGRAPHIQUE DU MNAM/DIST.) Les Nus bleus closent l'exposition, évidemment. Les icônes de l'artiste, reproduites dans tant de chambres ou de salles à manger, mais pas si souvent réunis. Selon Lydia Delectorskaya, assistante et amie proche du maître, le numéro IV a été commencé bien avant, mais fini après les trois autres, réalisés en quelques minutes, de quelques coups de ciseaux. Des totems de l'art moderne, qui ont presque propulsé Matisse au rang de son frère ennemi Picasso.Avec ces nus, il a réussi une si incroyable décantation de la forme, qu'il en est arrivé au signe", constate Claudine Grammont. Et le signe, c'est quelque chose d'universel. Mais pour en arriver là, à ces quelques gestes, il y a un gigantesque travail". Le travail d'un artiste qui, jusqu'à la fin de sa "deuxième vie", s'est senti libre, détaché. Il cherchait surtout, disait-il, à susciter "l'allègement d'esprit". C'est bien ce qu'on ressent à la fin de cette exposition. Matisse dans son atelier de Nice en 1953. (ARCHIVES
Henri Matisse) "Matisse, 1941-1954", du 24 mars au 26 juillet 2026,
Grand Palais, 17 Avenue du Général Eisenhower à
Paris. 19 rue de Vaugirard à
Paris. Du mardi au dimanche de 10h à 19h30, Nocturne le vendredi jusqu’à 22h. Esports Nation Cup : la coupe du monde des jeux vidéo "Mes parents se demandaient ce que j'allais faire de ma vie" François Damiens Nicholas Brendon, star de "Buffy contre les vampires", est mort à l'âge de 54 ans Isabelle Mergault : "Je voudrais mourir en faisant rire" L'acteur américain Chuck Norris est mort à l'âge de 86 ans L'actrice et réalisatrice Isabelle Mergault est morte à l'âge de 67 ans On a tous travaillé gratuitement en jouant à Pokémon Go Patrick Bruel visé par au moins deux plaintes pour des violences sexuelles Jean Dujardin : "Avec Bruno Salomone, on s'est aimés immédiatement" Impôts : les cartes Pokémon dans le viseur du fisc "Projet dernière chance" : "le film le plus difficile" de Ryan Gosling "Bruno Salomone a fait sa demande en mariage sur son lit d'hôpital" "Une bataille après l'autre" triomphe, Michael B. Jordan sacré... Les moments forts des Oscars 2026 Oscars 2026 : la cérémonie est-elle sous la menace de l'Iran ? À 10 ans, il présente sa collection à la fashion week En plein direct, Fabrice Luchini rejoue une scène de son film Timothée Chalamet critique le ballet et l'opéra : peut-il perdre l'Oscar ? Sting & Shaggy : "L'IA ne peut pas faire de la musique qui donne la chair de poule" Heated rivalry, la série de hockey au succès surprise Guerre au Moyen-Orient : les rappeurs Big Flo et Oli bloqués à Dubaï