Un radar de détection de drones de la société française
Thales est présenté lors d'une conférence de presse portant sur des systèmes de sécurité destinés à lutter contre d'éventuels drones hostiles pendant les Jeux olympiques de
Paris 2024, sur une base militaire à Vélizy-Villacoublay, au sud-ouest de
Paris, le 14 mars 2024. - AFPFace aux interférences des parcs éoliens sur les systèmes de défense, le Royaume-Uni choisit d’investir dans de nouveaux radars. À l’inverse, la
France privilégie une approche réglementaire stricte en permettant à l'armée d'interdire des implantations.Les parcs éoliens offshore sont aujourd’hui au cœur d’un arbitrage stratégique entre transition énergétique et sécurité nationale. Au Royaume-Uni, ce débat a récemment pris une tournure concrète avec des annonces majeures concernant la modernisation des capacités de détection militaire.Selon le journal britannique The Telegraph, l’armée britannique se prépare à dépenser 95 millions de livres (environ 111 millions d'euros) pour moderniser son réseau de radars de défense aérienne afin de stopper les interférences provenant des parcs éoliens offshore. Le ministère de la Défense et le Département de la sécurité énergétique et de la neutralité carbone ont confirmé que de nouvelles technologies radar seraient mises en place d’ici 2029, ouvrant la voie à la construction de parcs éoliens offshore d’une capacité allant jusqu’à 10 GW le long du littoral.Car les éoliennes perturbent les radars. Les pales en rotation créent un effet Doppler (le changement de fréquence d'ondes quand un objet se rapproche comme le son du moteur d'une voiture par exemple), ce qui peut tromper les systèmes en simulant des cibles comme des avions ou des drones.Par ailleurs, les structures métalliques réfléchissent les ondes électromagnétiques, ce qui génère un "bruit" qui masque les objets situés derrière les parcs. Enfin, les éoliennes peuvent bloquer la ligne de visée des radars, créant des zones d’ombre dans lesquelles certaines menaces deviennent plus difficiles à détecter, selon des analyses techniques relayées par des autorités de défense et des études spécialisées.Ces difficultés ont alimenté des tensions pendant plusieurs années. Au Royaume-Uni, les responsables militaires ont tenté de bloquer une série de projets, craignant que les turbines ne brouillent les défenses radar britanniques et ne rendent plus difficile pour la
Royal Air Force l’identification des menaces potentielles. Mais le gouvernement a tout de même validé des projets de parcs éoliens contre l'avis des militaires.En
France, l'armée a le dernier motLe conflit ne se limite pas aux installations offshore. Selon The Telegraph, le ministère de la Défense s’est également opposé "systématiquement" aux demandes d’autorisation de parcs éoliens terrestres susceptibles de perturber le réseau sismique d’Eskdalemuir en Écosse, une station de surveillance créée en 1962 pour détecter les essais nucléaires clandestins. Une consultation prévoit de bloquer la construction dans un rayon de 15 km autour du site, tandis que des restrictions existent déjà plus largement, créant une "zone d’exclusion de facto".L'armée a donc décidé de se doter de nouveaux radars militaires qui évitent d’être perturbés par les éoliennes offshore grâce à des technologies d'algorithmes de traitement du signal Doppler et des radars à balayage électronique qui permettent de distinguer les pales en mouvement des véritables cibles.Pour le ministre de l’Énergie, Michael Shanks, ces nouvelles technologies permettront de "lever un obstacle majeur au développement des parcs éoliens offshore , afin de fournir l’énergie propre et locale nécessaire pour protéger les familles des marchés volatils des combustibles fossiles, tout en renforçant notre sécurité nationale."En
France, le problème se pose aussi mais c'est l'armée qui a le dernier mot. Le ministère peut s’opposer à toute installation susceptible de perturber les systèmes militaires. La réglementation impose de consulter l’armée pour tout parc éolien situé jusqu’à environ 70 km d’un radar militaire (avec des interdictions possibles à moins de 5 km) et son avis a déjà conduit à modifier ou bloquer plusieurs projets jugés gênants pour la surveillance et les activités aériennes. Depuis août dernier, un décret formalise ce pouvoir de l'armée sur les implantations d'éoliennes.D'autres pays sont sur la même ligne que la
France. La Suède a ainsi annulé 13 projets de parcs éoliens le long de ses côtes en mer Baltique fin 2024 à cause de leur impact sur ses capacités de défense.