Les alliances conclues dans l'entre-deux-tours entre les différents partis de gauche, et notamment avec le parti de
Jean-Luc Mélenchon, n'ont pas porté leurs fruits dans plusieurs grosses villes. Des résultats qui seront scrutés de près à un an de la présidentielle. Publié le 23/03/2026 05:40 Mis à jour le 23/03/2026 08:15
Olivier Faure et
Jean-Luc Mélenchon, le 19 mai 2022 à Paris. (THOMAS SAMSON / AFP) La Ville rose n'est finalement pas tombée dans l'escarcelle de La France insoumise (LFI). Le député
François Piquemal, tête de liste du parti de
Jean-Luc Mélenchon, a échoué à arracher
Toulouse (Haute-Garonne) au maire sortant de centre droit
Jean-Luc Moudenc. Arrivé deuxième lors du premier tour des élections municipales avec 27,56%, l'insoumis avait pourtant conclu une alliance avec le socialiste François Briançon, arrivé troisième avec 24,99%. Cela n'a pas suffi. Il échoue avec 46,13% des suffrages, au soir du second tour dimanche 22 mars, contre 53,87% pour
Jean-Luc Moudenc. Même scénario à Limoges. Le député Damien Maudet, soutenu dès le premier tour par Les Ecologistes et Générations (24,9%), et qui avait fait alliance avec le candidat soutenu par le PS et le PCF Thierry Miguel (16,9%), récolte 40,82% des suffrages exprimés, plus de 10 points derrière le candidat LR Guillaume Guérin (51,25%). Au siège du PS, un proche d'
Olivier Faure, le premier secrétaire du parti, en tire une conclusion : "Quand LFI est tête de liste et que nous sommes dans une union, on perd. LFI a un effet repoussoir. Par contre, quand le PS est tête de liste, dans le cas d'une union avec LFI, la situation est plus contrastée." "Le PS nous a entraînés dans sa chute. Mais nous n'avons pas de regrets", a rétorqué
Jean-Luc Mélenchon, dans une note de blog publiée dimanche soir.A
Nantes, la maire sortante
Johanna Rolland, qui s'était alliée dans l'entre-deux-tours avec LFI, a été réélue avec 52,18%, devançant Foulques Chombart de Lauwe, candidat LR allié aux centristes (47,82%). A contrario, à
Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), ville historiquement acquise au PS, le maire sortant Olivier Bianchi, allié à LFI, cède son siège au député LR Julien Bony (45,45% contre 50,91%). A
Brest (Finistère) aussi, la ville bascule à droite : Stéphane Roudaut l'emporte avec 57,4% tandis que le maire sortant, François Cuillandre, qui avait scellé une union avec LFI, s'incline avec 38,3%."Les résultats sont à géométrie variable. Ces alliances fonctionnent relativement bien pour réunir l'électorat de gauche mais elles mobilisent surtout contre elles tout l'électorat qui va du centre à l'extrême droite, juge le directeur de recherche chez Ipsos, Mathieu Gallard. Cela ne fonctionne que dans les villes très à gauche comme à
Nantes." Le politologue Benjamin Morel ajoute : "Quand le PS et LFI s'allient, l'électorat modéré fuit les insoumis." Pour le chercheur au Cevipof Bruno Cautrès, ces défaites démontrent les limites des alliances conclues en quelques jours. "Les électeurs ont été déroutés par ces alliances contraintes de l'entre-deux-tours", estime-t-il. "On ne gomme pas en quelques heures des désaccords étalés sur la place publique pendant des mois." Bruno Cautrès, politologueà franceinfo"Il va y avoir une grande explication de texte sur le fait qu'
Olivier Faure a laissé faire des alliances, même s'il avait dit qu'il n'y avait pas d'accord national avec LFI, pour un résultat décevant", poursuit le politologue. Le patron du PS a tenté tant bien que mal dimanche soir de tenir sa ligne. "La provocation outrancière" et "les dérapages antisémites" sont "une voie sans issue", a-t-il jugé en référence aux déclarations de
Jean-Luc Mélenchon, tout en appelant la gauche à se rassembler, estimant que "les gauches irréconciliables" constituaient également "une impasse". Sur les plateaux télévisés, les tensions étaient pourtant déjà très vives à gauche. "
Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise sont un boulet pour la gauche", a taclé sur BFMTV le député PS Jérôme Guedj, très hostile à toute alliance avec les insoumis. "La France insoumise ne gagne pas, et elle fait perdre la gauche", a embrayé sur France 2 Pierre Jouvet, secrétaire général du PS. Réplique immédiate du coordinateur de LFI, Manuel Bompard sur X : "Les discours de division du Parti socialiste empêchent de faire basculer ces villes à gauche."Plusieurs candidats socialistes avaient justement eux refusé une alliance avec LFI. A Paris, le député socialiste Emmanuel Grégoire l'emporte nettement face à Rachida Dati (LR), malgré le maintien de Sophia Chikirou (LFI). A Saint-Etienne (Loire), l'ancien député PS Régis Juanico reprend la ville à la droite, sans union avec LFI. A Amiens (Somme), le socialiste Frédéric Fauvet arrache la municipalité au maire du centre droit. A Strasbourg, l'ancienne maire PS Catherine Trautmann effectue un come-back tonitruant en arrachant la mairie à l'écologiste Jeanne Barseghian, alliée avec LFI. A Rouen (Seine-Maritime), au Mans (Sarthe), et à Montpellier, les maires PS sortants Nicolas Mayer-Rossignol, Stéphane Le Foll et Michaël Delafosse conservent eux leur mairie sans alliance avec LFI.Cette ligne est partagée par plusieurs personnalités socialistes. "La gauche républicaine doit sans hésitation rompre toute relation avec LFI", a écrit sur X Jérôme Guedj. François Hollande a lui dénoncé, dans un communiqué, "l'impasse" dans laquelle la "direction du PS" a, selon lui, mené le parti, en défendant "l'union pour l'union" au second tour des municipales, sans pour autant définir "une ligne"."[
Olivier Faure] n'a pas su fixer de règles claires pour les accords, ni exercer l'autorité nécessaire pour dire ce qui était acceptable et ce qui ne l'était pas."François Hollandedans un communiquéRaphaël Glucksmann, leader de Place publique, a de son côté estimé que, pour la gauche, "il est possible de gagner dans la clarté". Il a fustigé des "accords de circonstance, des ambiguïtés, des unions qui explosent au premier virage". "Je ne vois pas du tout en quoi ces résultats valident leur ligne. Ils n'ont d'ailleurs pas aidé nos candidats en livrant leurs états d'âme sur des plateaux de télévision. Quant à [François] Hollande, vous avez vu la gueule de l'union à Tulle ? Il s'est fait ramasser !", critique vertement un cadre socialiste. Le fief corrézien de l'ancien chef de l'Etat a basculé à droite. Le prochain bureau national du parti à la rose, prévu mardi soir, s'annonce houleux.Du côté des écologistes aussi, le bilan de ces alliances est amer. Elles n'ont pas permis d'endiguer le reflux de la vague verte de 2020. Trois grandes villes écologistes sont perdues, en dépit d'accords conclus avec les insoumis. A Strasbourg, la maire sortante Jeanne Barseghian n'est donc pas réélue. Même scénario à Besançon (Doubs), où la maire écologiste Anne Vignot comptait sur l'accord avec LFI pour conserver son écharpe, en vain. A Poitiers (Vienne), la mairie écologiste Léonore Moncond'huy est elle aussi battue, malgré l'accord avec LFI, par un centriste.En revanche, à Lyon, Grégory Doucet l'emporte après avoir opéré une fusion technique entre sa liste écologiste et socialiste et celle des insoumis. A Tours (Indre-et-Loire), le maire écologiste Emmanuel Denis, qui avait fusionné sa liste avec LFI, a été réélu. Et à Grenoble, Laurence Ruffin, sœur de François Ruffin, qui menait une liste d'alliance de gauche, l'a aussi emporté après une alliance technique avec LFI.Mais ces trois satisfactions n'ont pas empêché la direction des Ecologistes de déplorer les divisions à gauche dans l'entre-deux-tours. "La gauche a été toxique pour elle-même dans cette campagne, a regretté la patronne des Ecologistes, Marine Tondelier, sur TF1. Cette semaine, j'ai vu des personnalités de gauche savonner la planche des maires de gauche qui voulaient sauver les habitants de la droite extrémisée." Sans trancher sur la ligne, la secrétaire nationale des Ecologistes a autant dénoncé "des propos inacceptables" de
Jean-Luc Mélenchon que les "partisans à la droite d'
Olivier Faure (…) qui voulaient raconter qu'on ne pourrait plus jamais travailler ensemble."Les enseignements ne semblent pas évidents, tant les situations locales étaient variées. "Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'intérêt de ces alliances n'est pas démontré", analyse Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos. Au soir du second tour des municipales, les sondeurs tirent bien un enseignement de ces scrutins locaux, à un an de la présidentielle."En vue de [l'élection présidentielle de 2027], les municipales ont montré que LFI et
Jean-Luc Mélenchon étaient incontournables au premier tour à gauche, tandis qu'ils sont des repoussoirs au second tour."Mathieu Gallard, directeur de recherche Ipsosà franceinfoOr les partis de gauche vont devoir très rapidement arbitrer leurs différentes stratégies en prévision de l'élection présidentielle. Primaire ou pas ? Quelle place pour
Jean-Luc Mélenchon, qui refuse pour le moment d'y prendre part ? "A nos yeux, le résultat des deux tours de ces municipales ouvre directement le cycle de l'élection présidentielle de 2027", conclut
Jean-Luc Mélenchon dans sa note de blog. Municipales 2026 : Christian Estrosi fait ses adieux à la vie politique niçoise François Bayrou battu à Pau : "C'est une soirée difficile" Découvrez les scores des candidats du second tour des élections municipales 2026 pour 16 communes de France “Vous êtes un marchepied pour l’extrême droite”, lance Clémence Guetté (LFI) à Laurent Wauquiez (LR) A Lyon, Jean-Michel Aulas dénonce "des irrégularités" et "dépose un recours" Municipales 2026 : le député socialiste Jérôme Guedj fustige les "accords locaux" avec LFI Benoît Payan, élu à Marseille : "C'est le rassemblement qui l'a emporté" Manuel Bompard : "La nouvelle France peut balayer la macronie et peut battre l'extrême droite" Emmanuel Grégoire rejoint l'Hôtel de Ville de Paris à Vélib' Montpellier, Angers, Quimper... Voici de nouveaux résultats du second tour des élections municipales Rachida Dati : "J'ai des attaques indignes, en dessous de la ceinture" Edouard Philippe, réélu au Havre : "Il y a des raisons d'espérer" Sarah Knafo (Reconquête) déplore un "drame pour Paris” après la victoire d’Emmanuel Grégoire Rennes, Biarritz, Nîmes... La suite des résultats du second tour des élections #Municipales2026 Les surprises du second tour des élections municipales "Le milieu agricole est extrêmement difficile" Ana Girardot Israël frappe un pont au Liban, le président dit craindre une “invasion terrestre“ Le "bouton de fièvre" est très répandu : environ 64 % des adultes seraient porteurs de l’herpès labial, affirme Julien Ménielle Comment se déploie le parapluie de défense d'Israël ? Plus de 100.000 fans réunis à Séoul pour le retour sur scène de BTS Réparation automobile : l'essor alarmant des garages clandestins Missiles iraniens sur Israël : Benyamin Nétanyahou reconnaît "une soirée très difficile" Esports Nation Cup : la coupe du monde des jeux vidéo Flambée des prix : les carburants attisent la convoitise des voleurs Un télescope révolutionnaire et des millions de découvertes à venir Arnaque sur internet : quand la promesse est trop belle