Publié le 23/03/2026 15:33 Mis à jour le 23/03/2026 17:26 Le nouveau maire de
Paris Emmanuel Grégoire fête sa victoire aux côtés du premier secrétaire du PS,
Olivier Faure, au soir du second tour des élections municipales, le 22 mars 2026. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP) Au lendemain du second tour des élections municipales, chaque camp politique tente d'analyser les résultats du scrutin, notamment au regard de la stratégie à mettre en place pour la présidentielle de 2027. Des succès pour la droite et plusieurs victoires pour
La France Insoumise, un maintien de la gauche réussi à
Paris, Lyon ou Marseille, un ancrage local renforcé pour l'extrême droite... Le second tour des élections municipales, dimanche 22 mars, a mis en lumière des résultats contrastés pour les partis politiques français. Chacun d'entre eux a revendiqué une certaine victoire dès dimanche soir, à l'approche d'un autre scrutin décisif : l'élection présidentielle de 2027. Au lendemain du second tour, l'heure est désormais aux leçons en vue de la prochaine élection majeure, prévue dans un peu plus d'un an. Franceinfo fait le point sur les faits notables observés à l'issue des municipales, qui pourraient peser sur la prochaine campagne électorale.Les alliances à gauche ont connu des destins diversLes résultats du second tour ont mis en lumière un certain pari manqué pour des fusions et alliances à gauche, qui n'ont pas su convaincre une partie des électeurs. Les divisions à l'œuvre à gauche ont repris du terrain, jetant le doute sur une très fragile hypothèse d'union à l'approche de la présidentielle. "
La France Insoumise fait perdre", a ainsi taclé le secrétaire général du
Parti socialiste,
Pierre Jouvet, voyant la déroute de certaines alliances locales pour le second tour."Monsieur Mélenchon est un boulet pour la gauche. (...) Les électeurs socialistes n'ont pas compris cette demande d'alliance."
François Kalfon, secrétaire national du Parti socialistesur franceinfoA
Toulouse, l'alliance entre LFI, le PS et les Ecologistes portée par le député insoumis
François Piquemal n'a pas réussi à conquérir la mairie. L'élu a recueilli 46,13% des suffrages exprimés, derrière le maire sortant divers droite
Jean-Luc Moudenc, réélu avec 53,87% des voix. Au second tour,
François Piquemal a obtenu moins de votes que l'addition des voix des listes de gauche une semaine plus tôt, malgré une participation en hausse. Déception à
Limoges également, où la liste d'union LFI-PS menée par le député insoumis
Damien Maudet est arrivée deuxième (40,82%), derrière celle du candidat Les Républicains Guillaume Guérin, élu avec 51,25% des voix. La gauche a perdu plusieurs de ses places fortes, comme Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Tulle (Corrèze) mais aussi Brest (Finistère), où le maire PS sortant, François Cuillandre, avait réalisé une "fusion technique" avec la liste LFI de Cécile Beaudouin. L'élu socialiste (38,3% des suffrages) est finalement arrivé loin derrière son rival de droite Stéphane Roudaut (57,38% des voix). Le pari est au contraire réussi à Nantes, où la maire sortante Johanna Rolland avait fusionné sa liste avec celle de l'insoumis William Aucant. Pour les écologistes, les fusions ont été un succès à Tours, à Lyon et Grenoble, contrairement à Besançon, Strasbourg ou Poitiers."Chaque cas est particulier, il faut vraiment prendre en compte le contexte local", tempère Olivier Rouquan, chercheur associé au Centre d'études et de recherches de sciences administratives et politiques (Cersa), interrogé par franceinfo. "Les résultats sont à géométrie variable, complète Mathieu Gallard, directeur d'études au sein d'Ipsos-BVA. Ces alliances fonctionnent relativement bien pour réunir l'électorat de gauche, mais elles mobilisent surtout contre elles tout l'électorat qui va du centre à l'extrême droite.""En vue de 2027, les municipales ont montré que LFI et Jean-Luc Mélenchon étaient incontournables au premier tour à gauche, tandis qu'ils sont des repoussoirs au second tour."Mathieu Gallard, directeur d'études chez Ipsos-BVAà franceinfoAux yeux de LFI, cette déroute des stratégies d'alliance est plutôt liée aux maires sortants. Ces élus "ont subi un désaveu populaire tel [au premier tour] que les insoumis n'ont pas réussi à compenser" au second tour, a défendu Manuel Bompard, coordinateur national de
La France Insoumise, sur franceinfo. "Les discours de division du
Parti socialiste empêchent de faire basculer ces villes à gauche", a-t-il également répliqué sur X. Le premier secrétaire du PS,
Olivier Faure, a donné le ton pour 2027, lundi matin, sur BFMTV : "Il n'y aura pas de programme commun pour la présidentielle avec Jean-Luc Mélenchon. Ce n'est pas possible."L'extrême droite se renforce mais perd dans les grandes villesMarine Le Pen a vu dans les résultats du second tour des municipales "une immense victoire et la confirmation de la stratégie d’implantation locale du Rassemblement national". Le parti d'extrême droite, qui a conquis (ou reconquis) 24 communes le soir du premier tour, a réussi à s'imposer dans plusieurs autres villes dimanche 22 mars. Le Rassemblement national a ainsi décroché les mairies d'Agde (Hérault), de Liévin (Pas-de-Calais), de Saint-Avold (Moselle), de Six-Fours-les-Plages (Var) ou encore de Menton (Alpes-Maritimes). Un pari en outre réussi à Tarascon (Bouches-du-Rhône), à Castres (Tarn) et à Carcassonne (Aude). La formation d'extrême droite réalise également une percée dans certains territoires ruraux, à l'instar de Montargis (Loiret) ou La Flèche (Sarthe). Le Rassemblement national est désormais à la tête de 57 communes de plus de 3 500 habitants. Soit 48 de plus qu'en 2020, où il avait obtenu neuf mairies."C'est un enracinement. Il consolide pleinement son extension dans ses zones de force, l'arc méditerranéen et les bassins miniers."Olivier Rouquan, politologueà franceinfoFaut-il y voir le signe d'une avancée du RN lors de la prochaine élection présidentielle, au printemps 2027 ? "C'est une extension limitée pour le RN, a nuancé le sondeur Brice Teinturier sur France 2. Il bute toujours sur les grandes métropoles." L'extrême droite n'a en effet pas réussi à ravir les mairies de Marseille, de Nîmes ou de Toulon. Dans la deuxième ville de France, Franck Allisio (40,3%) a été devancé par le maire sortant Benoît Payan (54,34%). A Toulon, douzième ville de France, la soirée a été amère pour la porte-parole du RN, Laure Lavalette, arrivée en tête du premier tour avec 42% des voix. La maire sortante Josée Massi (divers droite) a finalement été réélue avec 52,35% des voix. L'extrême droite conquiert néanmoins la mairie de Nice grâce à Eric Ciotti, député des Alpes-Maritimes allié du RN.Sans surprise plus faible dans les métropoles, l'extrême droite "réussit à se maintenir et à progresser dans la 'rurbanité', entre zones rurales et villes petites et moyennes", poursuit Olivier Rouquan. Néanmoins, "le principal handicap du RN demeure en bonne partie la peur qu'il génère dans l'entre-deux-tours, constate Mathieu Gallard. Le RN fait encore face à un barrage républicain, même dans des zones où il est très fort. Ce barrage finit par réapparaître, même s'il est de moins en moins fort."Les Républicains s'en sortent bien localementDimanche soir, malgré des défaites cuisantes à
Paris et Lyon, la droite a réussi à s'imposer à Toulon, à Clermont-Ferrand ou encore à Cherbourg. La ville portuaire de la Manche, à gauche depuis cinquante ans, a élu la candidate de droite Camille Margueritte à la mairie (53,11% des suffrages exprimés), devant le maire sortant socialiste Benoît Arrivé (46,89%). Les Républicains ont également conquis Brest et Besançon, bastions de gauche depuis 1989 et 1953. Dans la ville du Doubs, Ludovic Fagaut a recueilli 53,29% des voix, contre 46,71% pour la maire sortante Anne Vignot.LR garde en parallèle les villes de
Limoges et Metz à l'issue de ce second tour. Une majorité divers droite, LR ou UDI est désormais à la tête de 464 communes en France, contre 455 en 2020. "Nous sommes toujours la première force politique locale en France", s'est félicité le président des Républicains, Bruno Retailleau, assurant que "la bataille a été gagnée". L'ancien ministre de l'Intérieur, déjà en lice pour l'élection présidentielle, veut ainsi croire à la possibilité d'une "autre voie", entre les "idéologues" de LFI et les "démagogues" du RN. "Le résultat est plutôt positif pour LR et ses alliés, ce qui donne une assise à Bruno Retailleau, observe Olivier Rouquan. Cela consolide sa place à la tête de LR.""La question de l'émergence d'un leadership à droite et au centre [à l'approche de la présidentielle] est tout sauf réglée. Bruno Retailleau peut sortir renforcé, Edouard Philippe aussi et Laurent Wauquiez continue de distiller sa musique. Rien ne bouge."Olivier Rouquan, politologueà franceinfoLe scrutin municipal rappelle aussi les divisions, au sein des Républicains, sur l'épineuse proposition d'une primaire allant de "Gérald Darmanin à Sarah Knafo", qui inclurait l'extrême droite zemmouriste. Une idée défendue par Laurent Wauquiez mais "totalement rejetée" par la vice-présidente des Républicains, Florence Portelli, lundi matin sur franceinfo. Un rapprochement entre droite et extrême droite se ressent-il aussi dans les urnes ? "C'est très variable, souligne Mathieu Gallard. On note une alliance dans certaines communes, mais il y a aussi des endroits où ce n'est pas du tout le cas" et de nombreuses alliances avec le bloc central. Et si LR "reste le parti dominant lors de ce type de scrutin, cela ne dit rien de son score potentiel à l'élection présidentielle".Les résultats ne sont "pas brillants" pour le camp présidentielPlus faible en terme d'ancrage local, Renaissance a réussi à conquérir Bordeaux, grâce à la liste menée par le député Thomas Cazenave. Le parti présidentiel l'a également emporté à Annecy, avec le succès du député Antoine Armand, et le maire sortant de Nevers, Denis Thuriot, a été réélu. "Le résultat est net ce soir, nous doublons partout en France le nombre d'élus locaux à l'issue du second tour", a salué le secrétaire général du parti, Gabriel Attal, l'un des visages potentiels du bloc central en vue de la présidentielle. "Renaissance avait quelque peu fait l'impasse sur ces élections municipales", relève néanmoins Mathieu Gallard, évoquant un scrutin qui n'est "pas brillant" pour la macronie. Edouard Philippe, président du parti Horizons, avait fait de sa victoire aux municipales un prérequis avant toute candidature pour l'élection présidentielle. L'ancien Premier ministre a bien été réélu au Havre, mais une autre figure du parti – Christian Estrosi – a perdu la mairie de Nice face à Eric Ciotti. Pour Edouard Philippe, le tableau est en demi-teinte. "Il n'est pas défait, mais on ne peut pas dire qu'il soit totalement sur un nuage ou dans une fusée pour la présidentielle", note Olivier Rouquan. Quant au MoDem, son président, l'ancien Premier ministre François Bayrou, s'est incliné d'un rien dans son fief de Pau.L'abstention a progressé sauf dans certaines villes à enjeuLe taux de participation dimanche 22 mars s'est élevé à 57%, d'après une estimation Ipsos-BVA-Cesi école d'ingénieurs pour France Télévisions, Radio France et LCP-Public Sénat. La participation, en très légère baisse par rapport au premier tour du scrutin (57,17%), est également en net recul en comparaison avec le second tour des municipales de 2014, où elle atteignait 62,13%. Il y a six ans, elle n'était que de 41,60%, dans un contexte toutefois marqué par la pandémie de Covid-19 et la levée du confinement.Comme au premier tour, l'issue des élections municipales s'inscrit dans la lignée de plusieurs scrutins à la participation relativement faible ces dernières années. Européennes de 2019 et 2024, régionales de 2015 et 2021, législatives en 2017 et 2022... Hors présidentielle et législatives anticipées de 2024, l'abstention progresse régulièrement dans le pays. Un phénomène que Mathieu Gallard expliquait par "le sentiment que les dirigeants politiques sont de plus en plus éloignés de la vie quotidienne des électeurs". "Nous restons dans un contexte d'enracinement d'une très forte défiance", poursuivait Olivier Rouquan.La participation a toutefois progressé entre les premier et second tours, là où les enjeux locaux étaient plus prononcés. A
Paris notamment, la bataille entre
Emmanuel Grégoire et Rachida Dati a mobilisé 61,6% des électeurs, contre 58,89% au premier tour et 58% en 2014, selon les résultats définitifs publiés par le ministère de l'Intérieur. Même scénario à Lyon, où 66,06% des électeurs ont répondu présents, contre 64,52% au premier tour. Armement : quelle participation de la France dans la guerre ? En Guyane, la première femme élue maire du village d’Awala-Yalimapo Procès hors norme contre la DZ Mafia : le double meurtre de 2019 jugé à Aix-en-Provence Charles-de-Gaulle : le porte-avions localisé par une application Céline Dion fera son retour sur scène à
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