Entretien Depuis plusieurs jours, des sites pétroliers et gaziers sont visés par toutes les parties prenantes de la guerre en
Iran. Une escalade qui pourrait avoir des conséquences environnementales catastrophiques, prévient
Kaveh Madani, directeur de l’Institut universitaire des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé. Publié le : 23/03/2026 - 19:48 4 min Temps de lecture Une épaisse fumée noire s'élève dans le ciel de
Shahran, au nord-ouest de Téhéran, après des bombardements israéliens et américains sur une raffinerie pétrolière, le 8 mars 2026. © AFP RFI : Quelles conséquences environnementales de la guerre en sont d'ores et déjà documentées ?
Kaveh Madani : Les attaques contre les dépôts pétroliers à Téhéran sont particulièrement graves. Elles ont entraîné une pluie d'acide. Beaucoup de polluants sont retombés, se sont ensuite infiltrés dans le sol. Il n'y avait aucune prise en compte des conséquences environnementales. Elles auraient facilement pu être limitées en attendant quelques heures que la pluie s'arrête pour bombarder.De manière générale, les restes chimiques de tous les explosifs sont un problème pour tous les pays. Les attaques contre les infrastructures énergétiques, le pétrole et le gaz entraînent souvent des feux et des niveaux élevés de pollution de l'air. Cela laissera de la pollution sur le long terme dans la zone. Et puis il y a les questions d'attaques contre des pétroliers et les fuites possibles des infrastructures offshore au large du golfe Persique.Les autorités iraniennes font également état de cyberattaques qu'elles affirment avoir réussi à contrer. La distribution de l'eau est automatisée, via des cyberattaques, vous pouvez couper l'eau ou même l'empoisonner. Pour l'heure rien de tel n'est arrivé.En quoi les menaces prononcées par font entrer le conflit dans une autre dimension ?Il n'y avait aucune preuve d’attaques délibérées sur les infrastructures civiles jusqu'à ce que les menaces viennent des . Dimanche, le ministre de l'Énergie en
Iran, qui est également responsable de l'eau, a annoncé qu'un certain nombre de leurs employés ont déjà été tués et qu'un bon nombre ont été blessés, mais qu'ils continuent à travailler et essaient de maintenir le système ininterrompu. Il y a eu une frappe sur une usine de désalinisation dans la région de
Keshma, dans le golfe Persique, au sud de l'
Iran. Et l'usine a cessé de fonctionner, impactant l'accès à l’eau de 37 villages.Au-delà de cette attaque, nous ne constatons aucun autre impact majeur actuellement. Mais le risque est énorme, avec les menaces du président Donald Trump d'attaquer les centrales électriques iraniennes : lorsque le courant est coupé, le système de distribution d'eau cesse également de fonctionner. Les stations de traitement auraient du mal, etc. L'eau est d’ores et déjà une problématique pour l'
Iran comme pour tout le reste de la région. Tout dommage à leurs infrastructures peut avoir des conséquences catastrophiques.Pour l'heure, il y a des déclarations mais aucune preuve de passage à l'acte. Reste que lorsque même les civils sont visés et tués, je ne pense pas que quiconque s'intéresse à l'environnement. Attaquer des infrastructures critiques qui servent la population civile est une violation du droit international humanitaire. Cette guerre a commencé par une violation du droit international, mais même la guerre a des règles. Aujourd'hui, elles ne sont pas respectées et les conséquences pourraient être catastrophiques. Il y a d'ores et déjà des débats sur des attaques menées sur des dépôts pétroliers ou sur les champs gaziers de South Pars. Ce sont des infrastructures civiles. Les pays qui ont attaqué affirment qu'elles auraient servi au régime. On pourrait utiliser cet argument pour tout finalement, nous avons d'ailleurs vu des attaques sur des hôpitaux et une école. Ça, c'est déjà la réalité en cours. L'
Iran a montré qu'il n'avait pas peur de répliquer. On ne sait pas où ça va s'arrêter. Quand vous voyez que votre opposant ne s'incline pas, vous pouvez être tenté d'aller chercher de nouvelles cibles.Notez que l’
Iran dépend moins de la désalinisation de l’eau de mer que les autres parties en guerre. C'est un grand pays, il possède une grande diversité de ressources en eau.