La dernière Une du magazine allemand Der
SPIEGEL a fait sensation. « Tu m’as violé virtuellement », peut-on lire sur la couverture de l’hebdomadaire où s’affichent les photos d’un couple allemand très médiatique. Une couverture qui, depuis quelques jours, a suscité un vaste débat de société. Publié le : 24/03/2026 - 10:35 3 min Temps de lecture Manifestation de soutien à
Collien Fernandes à
Berlin, en Allemagne, le 22 mars 2026. REUTERS - Christian Mang L’accusatrice est une animatrice de télévision bien connue en Allemagne.
Collien Fernandes reproche à son ex-mari, l'acteur
Christian Ulmen, d'avoir produit et diffusé durant des années, grâce à l'intelligence artificielle, des images et des vidéos pornographiques falsifiées de sa femme, d’où ce titre accusateur : « Tu m’as violé virtuellement. »Le couple, qui était marié depuis 2011, était très connu grâce à son exposition médiatique.
Collien Fernandes a commencé sa carrière très tôt comme mannequin et animatrice pour des chaînes musicales avant de tourner dans des séries télé.
Christian Ulmen, qui a commencé également sa carrière chez MTV, a tourné dans des films de cinéma et des productions télévisées. Il avait l’image d’un briseur de tabous à la télévision allemande. Mais la remise en cause de tabous ne se limitait visiblement pas à ses activités professionnelles. L’acteur a créé de faux comptes sur les réseaux sociaux portant le nom de sa femme et a diffusé des photos et des vidéos pornographiques.
Collien Fernandes se battait depuis des années pour obtenir que ces publications soient effacées. Elle avait même tourné un documentaire sur le sujet pour la chaîne publique
ZDF et soutenu une campagne qui avait pour but de lutter contre ce phénomène afin d’obtenir un changement législatif pour que les auteurs soient poursuivis.C’est seulement fin 2024 que
Christian Ulmen a révélé la vérité à sa femme, qui n’aurait jamais soupçonné son mari d’être l’auteur de ces deepfakes. Se sentant le propriétaire de sa femme, il aurait, par ces procédés, voulu offrir sa femme à d’autres et en aurait tiré du plaisir.Les réactions à la suite de ces révélations sont très nombreuses. Sur les réseaux sociaux, des centaines de milliers de personnes expriment leur dégoût pour ce qui a été fait à
Collien Fernandes et se déclarent solidaires avec l’animatrice. Dimanche 22 mars, une manifestation spontanée, qui devait au départ rassembler quelques centaines de personnes à
Berlin, en a rassemblé à l’arrivée 13 000, d’après les organisatrices. Lundi 23 mars, 250 femmes, dont des responsables politiques, des artistes et d’autres, ont présenté un plan en dix points adressé au gouvernement allemand. Le texte demande que les deepfakes conduisent à une condamnation pénale. Un projet de loi prévoit des peines de deux ans de prison. Les applications permettant de « déshabiller » des personnes grâce à l’intelligence artificielle pour les présenter dans des poses pornographiques doivent être interdites. Les experts soulignent que la justice allemande est actuellement assez démunie contre de telles pratiques et peu efficace lorsqu’elle est saisie par des victimes. La classe politique allemande condamne également ces deepfakes et la ministre de la Justice a annoncé, dès vendredi 20 mars, un durcissement de la législation. Un projet de loi est en préparation et pourrait être adopté rapidement afin de combler une lacune du droit et de condamner les auteurs de telles vidéos. Les peines pourraient être de deux ans de prison. Les responsables des plates-formes doivent aussi être mis sous pression pour empêcher la diffusion de ces publications.Ces lacunes juridiques actuelles expliquent d’ailleurs que
Collien Fernandes ait choisi d’attaquer son ex-mari devant la justice espagnole, car la législation est, sur ces questions, plus protectrice qu’en Allemagne. Le couple avait en effet quitté Hambourg pour Majorque.