Portrait Issu de la génération « next gen », le jeune rappeur du 94 en dépasse aujourd’hui les contours. À 22 ans,
NeS dévoile Des pieds et des mains, un premier album ambitieux et touchant, conçu avec
Lilchick comme une quête d’équilibre et de liberté créative. Un disque sincère, sans posture, où la technique se met au service de l’émotion. Publié le : 24/03/2026 - 10:12 5 min Temps de lecture Le rappeur français
NeS, en 2026. © Jérémy Baudet En 2022,
NeS est à peine majeur qu’il s’impose avec son EP La Course parmi les révélations du rap français. Par sa technique étonnante de maturité, il devient l’un des visages de la « new wave » rap, cette génération d’artistes ayant débuté dans leur chambre avant de se faire connaître sur SoundCloud au début des années 2020. Une case fourre-tout dont le rappeur d’
Ivry-sur-Seine s’est depuis affranchi, pour s’avancer à présent avec un premier album d’une richesse musicale remarquable. Jeune réservé deviendra bête de scène Jeune garçon introverti,
Eliott Van den Steene commence la musique au collège, nourri par les disques de son père, « du Supertramp, du Bowie. Il m’a transmis tout ça, c’était sa manière de communiquer avec moi. » Le rap arrive plus tard :
Sexion d’Assaut,
Kaaris ou
JeanJass, puis le rap américain avec
A$AP Rocky et
XXXTentacion, dont il retient la liberté des flows et la musicalité. Très tôt,
NeS se donne pour objectif de vivre de sa musique. « Je n’avais pas de plan B. Ado, j’étais renfermé. Le rap m’a permis de m’exprimer. » Ses premiers morceaux sur SoundCloud essuient des critiques, mais lui mettent un pied à l’étrier. En 2019, il est proche de tout arrêter, avant de trouver un second souffle aux côtés de
Deemax, rappeur et ami d’enfance rencontré en colonie de vacances. Des retrouvailles qui le mèneront vers son équipe actuelle, aussi composée du talentueux
Yvnnis. Très vite,
NeS s’impose comme l’une des voix d’une nouvelle scène en pleine effervescence, aux côtés de
La Fève, Rounhaa ou Luther, avec qui il signe « KillCam » en 2022 sur La Course, son plus grand succès à ce jour. À 19 ans, ce troisième EP révèle l’étendue de son registre : voix posée, sens du kick, flows techniques. Ses textes, traversés par le doute et la mélancolie, trouvent un écho auprès d’un public sensible à cette introspection. Pour autant,
NeS confirme aussi sur scène. « Dans la vie, je ne suis pas quelqu’un qui prend de la place, admet-il. Sur scène, c’est un peu comme un personnage, je me désinhibe ». Après avoir rempli la Boule noire puis la Cigale à Paris, son public va jusqu’à briser le sol d’une salle de Radio France. Suivront Ça va aller (2023) et Pour 2 Vrai (2024), deux EPs où
NeS continue de tracer un chemin cohérent avant un premier album attendu. Trouver son centre Des pieds et des mains. En baptisant ainsi son premier album,
NeS imagine une ode à l’équilibre, concept qui lui tient à cœur, dans son art, dans sa vie personnelle, mais dans la « nature » ou la « pensée ». Des pieds et des mains est aussi une manière aussi de rappeler qu’il a tout donné pour en arriver là, et atteindre un « son singulier ». Pour afficher ce contenu , il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité. Ce projet est une histoire collective. Le rappeur Bushi intervient dans le processus créatif et l’aide « à ouvrir mes chakras, à relâcher la pression, à oser assumer ce que je voulais que soit ma musique. » La pochette, véritable œuvre d’art, est quant à elle la création de l’artiste étasunien Nick Dalen. La réussite du projet tient aussi au talent de
Lilchick, beatmaker de 22 ans accompagnant
NeS depuis déjà plusieurs années. Sur le projet, le jeune virtuose mêle savamment textures jazzy, touches symphoniques, soul, pop ou rock. La liberté créative comme l’alchimie sont évidentes : « L’album a été fait par deux cerveaux », résume le rappeur. Sur Des pieds et des mains,
NeS met sa plume, sa technique et ses multi-syllabiques au service de l’émotion.
NeS explore ses « surréflexions », ses douleurs anciennes, ses liens familiaux, amicaux et sentimentaux. « Je vis avec mes doutes, j’essaie de ne pas les masquer. » En ressort un artiste dégageant une grande humilité, dont la quête d’un son propre trouve ici tout son sens. Sur « Boomerang »,
NeS s’autorise à chanter et un refrain en onomatopée, dans une veine pouvant rappeler ou Lomepal, comme un détour pop au milieu de références résolument hip-hop. « Mèrefils », titre mélancolique, frappe par la justesse de l’interprétation, quand « SSL » navigue entre des samples sombres et répétitifs, des nappes symphoniques et une séquence piano-voix. Un ovni musical d’une étonnante cohérence où
NeS montre l’amplitude de ses flows. Dans « Le bruit et le silence », dévoilé en single, il s’exprime frontalement : « les non-dits ont tué nos familles / les haut placés ont bafoué nos valeurs / Les frères ont reboosté nos batteries / Nos mères ont étanché nos malheurs. » Pas à pas,
NeS avance en équilibriste, fidèle à lui-même : mélancolique, discret, mais de moins en moins. A l’occasion de sa tournée, il se produira lors de deux dates au Casino de Paris puis au festival We Love Green. Récemment,
NeS apparaissait aussi aux côtés de Grünt dans sa tournée organisée contre l'extrême droite partout en France. Un concert organisé à Lyon, seulement quelques jours avant la marche en hommage au militant identitaire Quentin Deranque. « La démarche, très hip-hop, me parlait. Il est important de ne pas banaliser la montée du fascisme et de l’intolérance. On essaie de lutter et sensibiliser à notre petite échelle », explique-t-il. Aujourd’hui,
NeS confirme les espoirs placés en lui et s’impose comme un artiste dont la voix peut compter dans les années à venir, porté par une authenticité à toute épreuve.
NeS Des pieds et des mains (Seeingsounds) 2026 Instagram / YouTube Pour afficher ce contenu Deezer, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité. Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail