Les conditions météorologiques ont été particulièrement favorables à la production de pommes de terre cette année. Résultat, les agriculteurs se retrouvent avec d'énormes stocks sur les bras. Une entreprise allemande a décidé de faire don de ces 4.000 tonnes de tubercules.Fin janvier, les étals de pommes de terre gratuites ont fleuri dans les rues de
Berlin. Devant un restaurant à proximité de la Rosenthaler Platz, de petits sacs en papier remplis de pommes de terre sont soigneusement disposés sur le comptoir, comme le rapporte le journal allemand RiffReporter. Une affiche est accrochée à l'entrée sur laquelle on peut lire: "Des pommes de terre gratuites, car le chemin du cœur passe par l'estomac." À la
Freie Universität, une des facultés de la ville, une distribution de pommes de terre était organisée pour les étudiants.Mais alors pourquoi sont-elles données gratuitement? Elles viennent de l'entreprise agricole
Osterland Agrar, située dans la région de
Leipzig, à environ 200 kilomètres de la capitale allemande. L'exploitant s'est retrouvé avec un stock de 4.000 tonnes de pommes de terre sur les bras, correspond à la récolte de près de 100 hectares de terres agricoles.À l'origine, il aurait du les vendre à une usine de frites aux Pays-Bas mais cette dernière a annulé la vente. Elle a préféré acheter les tubercules dans son pays, qui lui aussi disposait de gigantesques exédants.Des récoltes qui débordentCar il y a trop de patates cette année. Les conditions météo particulièrement favorables ont donné des récoltes exceptionnelles. Sachant que l'an dernier, les prix avantageux avaient encourager les agriculteurs à agrandir leurs plantations, la surface cultivée a augmenté d'environ 7% en un an. En conséquence, la production 2025 a atteint des sommets, à 13 millions de tonnes, battant son précédent record établi il y a 25 ans.
Joachim von Massow, le directeur général d'Osterland, a donc décidé d'en faire don aux Berlinois."L’idée de les jeter est difficile à supporter émotionnellement, confie-t-il, après tous les efforts que nous avons déployés pour les produire."Mais la distribution de 4.000 tonnes (soit 4 millions de kilos, l'équivalent d'un kilo par habitant de
Berlin) n'est pas si facile. Alors l'entreprise s'est organisée, grâce à l'aide du moteur de recherche
Ecosia, qui a organisé le transport, tandis que le journal "
Berliner Morgenpost" s'est chargé de la distribution et de la communication. Les points de dons ont fini par se multiplier, la Banque alimentaire a notamment pu en bénéficier.Toute l'Europe est confrontée à un surplusPour éviter qu'une telle situation ne se reproduise, l'Association des producteurs de pommes de terre du nord-ouest de l'Allemagne a appelé au bon sens des agriculteurs et a plaidé pour une réduction de la superficie cultivée en pommes de terre. Plus globalement, les agriculteurs de toute l'Europe sont confrontés à des surplus de production. En France, la surface cultivée a augmenté de 10% en un an et la production est passée de 7,7 millions en 2024 à 8,8 millions en 2025.Le secteur en Europe "fait face cette année à une vraie difficulté, dont la raison principale est le déséquilibre entre l'offre et la demande", estime François-Xavier Broutin, directeur des affaires économiques au CNIPT, l'interprofession de la pomme de terre en France, premier exportateur mondial. Car les industriels de la chips, de la frite ou de la purée n'absorbent pas ce surplus, car les ventes ne suivent pas. En conséquence, les prix baissent beaucoup. Fin 2025, les cours étaient extrêmement bas, entre 0,50 et 4 euros les 100 kg selon les pays.Alors en France aussi, les producteurs cherchent des solutions. Fin février, à Penin, dans le Pas-de-Calais, un agriculteur a mis à disposition ses près de 90 tonnes de pommes de terre invendues. Les habitants des alentours n'avaient qu'à venir se servir et une cagnotte était posée à l'entrée, chacun donnant ce qu'il veut.Plus original, cet été, dans le nord du pays, des agriculteurs se sont associés à une entreprise agroalimentaire pour transformer un don de 270 tonnes de pommes de terre en près de 50 tonnes de purée en flocons dans l’usine Mousline de Rosières-en-Santerre. Cette initiative a été coordonnée par Solaal Hauts-de-France, une association qui facilite les échanges entre agriculteurs et banques alimentaire. Les sachets de purée déshydratée ont été distribuées aux associations d'aide alimentaire de la région.