Gabriel Ory, dit "Gaby" et
Amine Oualane, alias "Mamine", ainsi que quatre autres hommes comparaissent devant les assises d'
Aix-en-Provence depuis ce lundi 23 mars et pour trois semaines. Un procès pour double homicide commis en 2019. De la vie quotidienne aux grands enjeux, recevez tous les jours les sujets qui font la société locale, comme la justice, l’éducation, la santé et la famille. France Télévisions utilise votre adresse e-mail afin de vous envoyer la newsletter "La Quotidienne Société". Vous pouvez vous désinscrire à tout moment via le lien en bas de cette newsletter. Notre politique de confidentialité Le dispositif de sécurité est hors norme pour ce procès qui l'est tout autant, des dires même du procureur général de la cour d'appel d'Aix,
Franck Rastoul. Des chefs présumés de la
DZ Mafia, dont le pedigree parle pour eux, comparaissent dans le box des accusés. Ils sont soupçonnés d'avoir participé au double homicide de 2019, où deux hommes avaient été retrouvés morts, tués par balle dans une chambre d'hôtel à
Cabriès, à proximité de
Marseille. Une des deux victimes était
Farid Tir, qui venait de sortir de prison. La thèse d'un règlement de compte était privilégiée. La sécurité mise en place ne passe pas inaperçue. Un hélicoptère tourne au-dessus du palais de justice. Des policiers cagoulés encadrent les accusés dans le box. Les rues adjacentes au palais Monclar à
Aix-en-Provence sont interdites à la circulation et bloquées par des cars de CRS, "pour faciliter l'arrivée des convois des détenus". Un dispositif qui répond à de sérieuses craintes quant à la sérénité et la bonne tenue de ce procès largement médiatisé. Des renseignements avaient filtré mettant en évidence des préparatifs d'une "action violente", en lien avec au moins un des accusés. Six téléphones avaient été trouvés à la prison de
Luynes dans des cellules du quartier d'isolement que devait potentiellement occuper "Gaby". Le 17 mars, quatre personnes, de la
DZ Mafia, soupçonnées d'avoir préparé des actions violentes en lien avec le transfert du suspect, ont été mises en examen. Des policiers cagoulés patrouillent également dans les allées du palais de justice.Le ton du procès est donné dès l'ouverture de l'audience, où près de 80 journalistes sont accrédités pour suivre les audiences.Ça va le livre? Tu vas te calmerun des accusés à l'encontre d'un journalisteCette remarque vise un des coauteurs du livre "Tueurs à gages". Enquête sur le nouveau phénomène des shooters" qui dépeint le fonctionnement de l'organisation tentaculaire. Selon l'AFP présente, le journaliste en question a précipitamment quitté la salle d'audience. Un peu plus tard, c'est une autre journaliste qui est prise à partie par "Mamine".Pose ton téléphone, toi Mamine à une journalisteAmine Oualane interpelle alors la présidente : "Excusez-moi, Madame la Présidente, il y a quelqu'un qui nous prend en photo, là-bas".Agacé, le prévenu menace même de ne plus revenir des geôles du tribunal, où il est reconduit lors des interruptions d'audience. Son avocate, maître Christine d'Arrigo a profité de cet incident rapidement clos par la présidente pour demander le huis clos, ce qui a été refusé. Peu après,
Amine Oualane demande à prendre de nouveau la parole, et dénonce ses conditions de détention à l'isolement.Un autre incident viendra émailler cette première journée d'audience, lorsque Karim Harrat, un des six prévenus, demande une pause et le ton monte entre les prévenus et la présidente à qui l'un d'eux lance :"On a des mamans, ce sont les mamans qui donnent des ordres. Ne nous donnez pas d’ordre !" Après cette pause, deux des coaccusés, dont "Gaby" manquent à l'appel. Ce qui a le don d'agacer la présidente qui met fin à cette première journée d'audience. Pour ce procès, le jury d'assises est composé uniquement de magistrats, sans jury populaire.La journée de ce mardi est consacrée aux enquêtes de personnalité des accusés. Le procès doit durer trois semaines et le verdict est attendu pour le 10 avril prochain.Les faits jugés remontent au 30 août 2019 alors que le groupe criminel
DZ Mafia n'est pas encore formé : une femme de ménage d'un hôtel Formule 1 proche de
Marseille découvre dans une chambre les corps de deux hommes exécutés par balle. L'un d'eux est
Farid Tir, 29 ans, sorti de prison un an plus tôt. Son identité avalise l'hypothèse du règlement de comptes. La seconde victime apparaît comme une victime collatérale. L'enquête de la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de
Marseille a permis d'esquisser les contours de l'organisation criminelle qui serait à l'origine de ces assassinats.Présenté par la police judiciaire comme un acteur de premier plan dans les guerres de territoires liées au trafic de drogue au moment des faits, Karim Harrat, 37 ans, est jugé pour meurtres en bande organisée. Il est soupçonné d'être, depuis Dubaï, le commanditaire, ce qu'il a toujours contesté. À la barre, M. Harrat, surnommé selon les enquêteurs "Rantanplan", se définit comme "auto-entrepreneur" résidant aux Émirats arabes unis, sans toutefois être en mesure de préciser son adresse.Selon l'enquête, les deux hommes qui se sont introduits dans l'hôtel pour commettre les faits, seraient Zaineddine Ahamada, 29 ans et Adrien Faure, 26 ans, ce qu'ils nient. Le premier est aujourd'hui considéré comme l'un des "meneurs incarcérés" de la
DZ Mafia.
Gabriel Ory, à la carrure imposante, aurait eu le rôle de taupe, en indiquant notamment aux auteurs tireurs les codes de l'hôtel. Gaby aurait été mis en relation avec
Farid Tir par l'entremise d'
Amine Oualane qui comparaît pour cette mise en relation fatale. Âgé de 31 ans, il est incarcéré depuis ses 18 ans. Les deux hommes ont depuis été mis en examen dans plusieurs autres dossiers criminels liés à la
DZ Mafia et sont considérés comme deux des trois "pères fondateurs" présumés de ce groupe criminel marseillais devenu dominant. Décrit par une source policière haut placée comme "ayant perdu toute influence", Karim Harrat n'a pas de lien a priori avec cette organisation criminelle.L'accusation repose en grande partie sur les déclarations des proches des victimes et sur les longues confessions d'un certain "Tatoo", un témoignage de "repenti" qui sera central lors des débats.