Berlin a annoncé le lancement d'un programme national de satellites militaires, parallèlement au projet européen Iris². Une décision qui suscite des réserves au Parlement européen: plusieurs élus s'inquiètent d'une possible fragmentation des capacités de défense et d'un risque de surcoûts liés à la duplication des infrastructures.Le projet allemand de mettre en place un réseau national de satellites militaires, indépendant du programme européen Iris², suscite de vives inquiétudes chez certains eurodéputés. Ces derniers mettent en garde contre un risque de doublon, une fragmentation des efforts de défense et des coûts excessifs.Des députés européens ont déclaré à Reuters que l'initiative nationale allemande, estimée à 10 milliards d'euros et menée en collaboration avec les industriels
Rheinmetall,
OHB et
Airbus, risquait de compromettre les efforts de l'Union européenne visant à renforcer les capacités de défense collective."Si l'Allemagne met désormais en place une architecture purement nationale qui n'est pas intégrée à Iris², cela risque d'affaiblir les structures européennes", a déclaré
Marie-Agnes Strack-Zimmermann, présidente de la sous-commission Sécurité et Défense au Parlement européen.Deux visions de l'espaceL'Allemagne envisage de déployer 100 satellites en orbite basse (LEO) exclusivement destinés aux communications militaires. En comparaison, le projet de l'UE, d'un montant de 10,6 milliards d'euros, vise à déployer 290 satellites d'ici 2029 pour établir un système de communication spatial unifié.Iris², qu'est-ce que c'est ?Ce projet de constellation européenne de satellites vise à mettre en place des communications sécurisées dans des domaines clés comme la défense, le réseau diplomatique européen, la gestion des crises et la surveillance, mais aussi un accès commercial à internet, alors que la guerre de l'internet spatial fait rage.Lancé à l'hiver 2024, il doit permettre à l'Europe de se positionner face à l'américain
Space X d'
Elon Musk, qui a pris une longueur d'avance avec Starlink, devenu l'un des principaux fournisseurs mondiaux d'internet par satellite.Le budget d'Iris² est estimé à 10,6 milliards d'euros sur douze ans: 6 milliards de l'Union européenne, 4,1 milliards d'investissements privés et 0,55 milliard provenant de l'Agence spatiale européenne (ESA).Doublon ou souveraineté ?Pour
Marie-Agnes Strack-Zimmermann, la multiplication de systèmes parallèles pourrait entraîner "des structures redondantes, des normes fragmentées et, en fin de compte, un impact stratégique moindre pour un coût plus élevé", une situation préoccupante dans le contexte de l'escalade des menaces liées à la guerre en Ukraine. "Le point décisif est la compatibilité, la connectivité et l’intégration européenne", a-t-elle ajouté.L'Allemagne n'est pas seule sur les rangs: l'Italie étudie également la mise en place d'un réseau de satellites LEO à usage militaire et civil, bien que ce projet soit moins avancé.Du côté de la Commission européenne, le porte-parole Thomas Regnier a rappelé que l'exécutif ne commentait pas les investissements individuels des États membres. Il a toutefois souligné qu'en investissant dans Iris², les États membres peuvent "tirer parti de ressources et d’une expertise partagées", permettant de développer des technologies de pointe à plus grande échelle et de manière plus efficace.Un débat sur la rentabilitéLa question du coût divise également la classe politique allemande. "C'est le contribuable qui finira par payer la facture", s'inquiète Jeanne Dillschneider, rapporteuse des Verts au sein de la commission de la Défense du Bundestag. Christophe Grudler, eurodéputé français (Renew Europe), pointe lui aussi des inefficacités:"Une constellation plus petite et isolée s’accompagnerait de limites en termes de couverture et d’évolutivité."À l'inverse, le parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) soutient l'initiative de Berlin. Ruediger Lucassen, porte-parole pour la défense, estime que la redondance n'est pas un gaspillage mais une "exigence d’une politique de sécurité nationale responsable" face aux risques de sabotage des satellites par des adversaires.Enfin, les industriels défendent la pertinence technique du projet national. Marco Fuchs, directeur général d’
OHB, explique qu' Iris² — reposant sur des partenariats public-privé — ne présente pas la spécificité requise pour un réseau purement militaire. Si
Airbus se dit prêt à répondre à l'appel d'offres de Berlin, le groupe a refusé de commenter les craintes de doublons.Alors que les partisans d’Iris² insistent sur la réduction de la dépendance vis-à-vis des acteurs non européens, les analystes rappellent que le déploiement complet du système européen n’est pas prévu avant les années 2030. "L'Europe doit accélérer le mouvement", a conclu Christophe Grudler.