Publié le 25 mars 2026CARTE - Deux ans après la fin de la guerre entre la
DZ Mafia et le gang des Yoda, la cité phocéenne fait l’objet d’une vaste recomposition criminelle. Du centre-ville aux quartiers nord, plusieurs bandes mafieuses tentent de s’approprier des zones entières pour y déverser leurs produits stupéfiants.«Il y a une diminution du nombre de points de deal dans les quartiers nord», confirmait le 3 février dernier
Nicolas Bessone, procureur de la République de
Marseille, lors d’une conférence de presse sur le bilan de la délinquance dans les
Bouches-du-Rhône en 2025. Le magistrat dévoilait par ailleurs que les autorités locales constatent en parallèle «l’ouverture de nouveaux points de deal dans le centre de
Marseille», un territoire qui concentre désormais de nombreux problèmes d’insécurité mais qui avait pourtant été «jusqu’à présent épargné» de l’aveu du procureur, qui a rappelé aux côtés du préfet des
Bouches-du-Rhône,
Jacques Witkowski, que le narcobanditisme avait coûté la vie à 17 personnes à
Marseille en 2025, contre 24 en 2024 et 49 en 2023.La
DZ Mafia contre les «
Blacks»En témoigne un sanglant assassinat intervenu le 4 janvier dernier à quelques minutes à pied seulement du Vieux-Port. Le soir des faits, un commando armé a fait irruption dans le quartier de
Belsunce, tirant en rafale vers un point de vente de cigarettes de contrebande. Un homme âgé d’une trentaine d’années et complètement étranger au trafic de drogue a perdu la vie après avoir été atteint de plusieurs balles au niveau du thorax. Une victime collatérale des ambitions de la
DZ Mafia. «La DZ cherche à infiltrer le centre-ville de
Marseille et rivalise désormais avec les trafiquants de cigarettes», a fait savoir une source haut placée de la PJ au Figaro fin janvier.Une cage d'escalier dans les quartiers nord de
Marseille, le 9 décembre 2025. © Nicolas TUCAT / AFPLa
DZ Mafia, elle-même affaiblie par l’incarcération de ses lieutenants et sa surmédiatisation, représente malgré tout toujours un gang criminel doté de moyens humains et matériels importants. Cette nouvelle franchise du crime, dont la structure est en évolution constante et ne suit pas le modèle pyramidal traditionnel du grand banditisme, cherche toujours à prendre des parts de marché. Dans le troisième arrondissement, c’est-à-dire aux portes des quartiers nord, le clan des «
Blacks» de la cité
Félix-Pyat s’est heurté aux ambitions démesurées d’un lieutenant de la
DZ Mafia, qui cherchait à éradiquer les narcotrafiquants comoriens de ce quartier classé parmi l’un des plus pauvres d’Europe.89 points de deal fin 2025Entre octobre 2025 et le début de l’année 2026, neuf homicides ou tentatives d’homicide ont ainsi été enregistrés dans le troisième arrondissement, qui attise la convoitise de nombreux groupes de narcotrafiquants dont la
DZ Mafia, suspectée d’avoir ouvert le feu et blessé des «soldats» des
Blacks à plusieurs reprises fin 2025, comme révélé par
Le Figaro. Le conflit aurait depuis temporairement pris fin, selon une source proche du dossier, notamment en raison d’une présence policière accrue dans la cité, surveillée comme le lait sur le feu.Une cage d'escalier dans les quartiers nord de
Marseille, le 9 décembre 2025. © Nicolas TUCAT / AFPMais ces fusillades et autres escarmouches ont débordé partout dans le quartier. Orange a même été contraint de fermer temporairement son site, à proximité directe de la cité, face au risque encouru par ses propres salariés. Les quartiers nord de
Marseille, qui sont la cible de nombreuses opérations de démantèlement depuis 2023 comme dans la cité de La Paternelle ou de La Castellane, concentrent encore de très nombreux points de deal acquis à la cause de la
DZ Mafia, d’anciens membres du clan des Yoda ou encore de groupes de narcotrafiquants plus discrets agissant dans l’ombre. Selon un dernier bilan dévoilé par la préfète de police déléguée des
Bouches-du-Rhône, Corinne Simon, 89 points de deal étaient encore actifs à
Marseille fin 2025, contre 181 en 2021.