Sous le pontificat du pape François,
Jean-Baptiste de Franssu a profondément réformé l’IOR en assainissant ses pratiques et en renforçant sa transparence après des décennies de scandales, tout en laissant une institution encore partiellement perfectible.
Jean-Baptiste de Franssu, figure clé de la réforme financière du
Vatican sous le pontificat du pape François, s’apprête, selon
Paris Match, à quitter ses fonctions à la tête de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), plus connu sous la dénomination de "Banque du
Vatican".Arrivé en 2014 dans un contexte de scandales, il hérite d’une institution marquée par des décennies de dérives, allant du blanchiment d’argent à des opérations financières opaques liées à la politique italienne.À son arrivée, l’IOR traîne une réputation sulfureuse. Dans les années 1970 à 1980, "la banque du
Vatican" a été impliquée dans des affaires de mafia, de financements clandestins et de commissions occultes. Une situation qui pousse le pape François, élu en 2013, à engager une profonde réforme de ses finances.Sous l’impulsion de
Jean-Baptiste de Franssu, le nettoyage est radical. Plus de 5.000 comptes irréguliers sont fermés, le secret bancaire est levé et l’IOR accepte d’être contrôlé par l’Autorité de supervision financière du
Vatican. L’institution sort progressivement de son image de paradis fiscal et se conforme aux standards internationaux de transparence."Plus un paradis fiscal!""Le temps des errements est loin derrière nous, confiait-il au Figaro en 2024. Je peux vous donner quatre preuves tangibles de la professionnalisation de l’établissement. Il a d’abord été accepté dans le système européen de paiement, Sepa. Le
Vatican a ensuite signé des accords fiscaux avec les principaux pays où sont domiciliés nos clients, et en premier lieu l’Italie, impliquant que le
Saint-Siège ne soit plus un paradis fiscal !"En 2015, il avait mis fin au secret bancaire et annoncé la fin du statut de paradis fiscal de l'État de la Cité du
Vatican.Ces avancées contrastent avec les tentatives infructueuses de son prédécesseur,
Ettore Gotti Tedeschi, sous Benoît XVI. Son éviction brutale, suivie d’une période de gouvernance instable et de scandales financiers, avait contribué à fragiliser davantage l’institution et même pesé dans la décision historique de Benoît XVI de démissionner.Malgré les résistances internes,
Jean-Baptiste de Franssu tient le cap. Il fait face à des départs au sommet, à des campagnes de déstabilisation et à la chute de son allié, le cardinal George Pell. Accusé à tort de vouloir transformer l’IOR en banque d’investissement, il poursuit néanmoins les réformes avec discrétion et détermination, restant l’un des rares réformateurs à survivre aux tensions internes.Encore du travail au VaticanConsidérée comme l’une des grandes réussites du pontificat de François, la réforme de l’IOR reste toutefois incomplète. Certaines zones d’ombre persistent, notamment autour de l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA), l’organisme du
Vatican chargé de gérer ses biens, ses investissements et ses dépenses et qui est encore peu contrôlé.Avant d’arriver au
Vatican,
Jean-Baptiste de Franssu avait mené toute sa carrière dans la finance. D’abord en dirigeant une filiale de la Caisse des Dépôts, puis en rejoingnant le groupe américain Invesco. Très impliqué dans le secteur, il devient vice-président puis président de l’European Fund and Asset Management Association (EFAMA). En 2011, il quitte Invesco pour créer son propre cabinet de conseil en fusions-acquisitions à Bruxelles. En 2013, sollicité par le pape François pour auditer les finances du
Vatican, il accepte immédiatement cette mission, animé par sa foi et la volonté de contribuer à réformer une institution alors en difficulté.