Publié le 25/03/2026 20:17 Mis à jour le 25/03/2026 23:23
Brice Hortefeux, le 16 mars 2026, au premier jour de son procès en appel dans le cadre de l'affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de
Nicolas Sarkozy. (JULIEN DE ROSA / AFP) L'ancien ministre de 67 ans a réaffirmé mercredi n'avoir jamais reçu d'argent à
Tripoli en 2005, lors de sa rencontre avec
Abdallah Senoussi, condamné quelques années auparavant à la perpétuité par la justice française pour son rôle dans l'attentat du DC-10 d'UTA, qui a causé la mort de 170 personnes, dont 54 Français. Sa voix légèrement enrouée est d'abord peu audible.
Brice Hortefeux n'articule pas beaucoup lorsqu'il répond aux premières questions du président de la cour d'appel,
Olivier Géron, mercredi 25 mars. Mais au fil de son interrogatoire, le volume augmente, à mesure que le magistrat, méthodique et précis, arrive au cœur du dossier : la rencontre de l'ancien ministre à
Tripoli fin 2005 avec
Abdallah Senoussi, ex-chef du renseignement militaire libyen, condamné six ans auparavant à la perpétuité par la justice française pour son rôle dans l'attentat du DC-10 d'UTA, qui a causé la mort de 170 personnes dont 54 Français, en 1989.A la barre,
Brice Hortefeux, proche parmi les proches de l'ex-président de la République, martèle : "Il ne s'est rien passé" lors de cette discrète rencontre, avec celui qui était alors le numéro deux du régime et le beau-frère de Mouammar Kadhafi. En première instance, le tribunal correctionnel de
Paris n'a pas cru aux explications de l'ancien ministre, estimant qu'il est allé "obtenir des fonds" pour la campagne présidentielle de
Nicolas Sarkozy en 2007, et le déclarant donc coupable d’association de malfaiteurs.
Brice Hortefeux a été condamné pour ces faits à deux ans de prison, une peine aménageable à effectuer sous bracelet électronique à domicile, assortie de l'exécution provisoire, et à une amende de 50 000 euros. Le sexagénaire avait immédiatement fait appel pour "combattre l'injustice".Le voici donc de nouveau présumé innocent, six mois jour pour jour après sa condamnation, dans le décor monumental de la première chambre de la cour d'appel de
Paris. Grande stature dans son costume bleu marine,
Brice Hortefeux reprend les arguments et éléments de langage du premier procès, sous les yeux de
Nicolas Sarkozy, assis à sa droite : il n'était "pas demandeur" de cette visite à
Tripoli le 21 décembre 2005, ni "particulièrement désireux de (s')y rendre". Mais celui qui était alors ministre délégué, chargé des Collectivités territoriales, rappelle avoir "reçu une invitation officielle du ministère de l'Intérieur libyen"."La cour doit bien comprendre que les Libyens étaient demandeurs de revenir dans le cercle des nations fréquentables. Ils se donnaient un mal de chien, pas simplement avec la France, pour tisser des liens supplémentaires et les cultiver."
Brice Hortefeux face à la cour d'appel de
Paris Mais quel est l'intérêt d'un tel déplacement, à peine trois mois après la visite de Claude Guéant, le 30 septembre 2005, puis de
Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, le 6 octobre 2005 ? "On est dans une phase de redémarrage des relations diplomatiques, avec un Etat qui n'a quand même pas une très bonne image de marque", euphémise le président de la cour d'appel.
Olivier Géron suppose que
Brice Hortefeux s'est donc "entretenu en amont de ce voyage avec le ministère de l'Intérieur ou des Affaires étrangères" dans ce qu'il imagine être "un processus très contrôlé".Le prévenu répond par la négative. Mais il tient à insister sur le caractère non urgent de cette visite : "J'y suis allé quand j'avais le temps, pas sous la pression d'une nécessité, d'un besoin, d'une attente", déroule l'ancien ministre. Le président lui oppose une lettre qu'il a envoyée au ministre de l'Intérieur libyen, le 15 novembre 2005. "Vous insistez pour que la rencontre ait lieu avant la fin de l'année, pourquoi ?", l'interroge-t-il. "Parce que le début d'année suivante est une période très intense, donc mon emploi du temps bloquait au moins les deux-trois mois qui suivaient", rétorque
Brice Hortefeux.Il répète "devant la cour très solennellement" ce qu'il a dit en première instance au sujet de sa rencontre avec
Abdallah Senoussi : il ne le connaissait pas et n'était pas informé de sa condamnation pour des faits gravissimes. "Je comprends bien qu'en 2026, on puisse penser que je pouvais connaître particulièrement la situation d'
Abdallah Senoussi, mais je ne suis pas sûr que beaucoup de Français en avaient entendu parler à l'époque", estime-t-il. Et de marteler qu'il n'a pas été briefé par les équipes du ministère des Affaires étrangères sur le lourd passif judiciaire du beau-frère de Mouammar Kadhafi."Si j'avais rencontré
Abdallah Senoussi de manière délibérée, je le dirais. Mais je ne le dis pas parce que ce n'est pas la vérité", déclare-t-il d'une voix forte. Preuve de ses dires : dans la note accompagnant son déplacement, le nom du numéro deux du régime et le rendez-vous organisé avec lui "n'apparaît jamais".
Brice Hortefeux devance les sourires moqueurs de la salle d'audience, visiblement conscient que son argument tient difficilement la route : "Les gens dans cette salle peuvent dire : 'Ben oui, il ne va pas écrire qu'il va rencontrer un terroriste !' Mais il faut en tenir compte".En écho direct avec ses déclarations au tribunal correctionnel de
Paris,
Brice Hortefeux affirme avoir été victime d'un "piège", mot qu'il n'avait cessé de répéter tout au long du premier procès. C'est là toute sa ligne de défense. Et le coupable de ce "guet-apens" est, répète-t-il, le sulfureux intermédiaire Ziad Takieddine, principal accusateur de ce dossier tentaculaire, aux déclarations évolutives, mort en septembre dernier."Mais alors : en quoi consiste le piège ?", lui demande le président de la cour d'appel, dubitatif. Selon le prévenu, l'homme d'affaires franco-libanais avait besoin de "se crédibiliser" en organisant une rencontre avec un ministre français "afin de récolter de l'argent à son profit exclusif". Mais alors, poursuit
Olivier Géron, "quel serait l'intérêt d'
Abdallah Senoussi, je ne comprends pas ?"
Brice Hortefeux cite les propos d'un autre protagoniste de cette affaire, Alexandre Djouhri, lors de son interrogatoire au premier procès. "Il a donné la définition de ce qu'est un intermédiaire : c'est celui qui ment à l'un et qui ment à l'autre", rapporte-t-il à la barre. Et d'expliciter : "Ziad Takieddine m'a menti en ne me disant pas que j'allais rencontrer
Abdallah Senoussi. Car s'il m'avait dit cela avant mon déplacement en Libye, je ne serais pas allé en Libye", jure
Brice Hortefeux. "Moi, ma supposition, c'est qu'il a bien sûr menti à
Abdallah Senoussi en lui faisant miroiter des choses qui n'ont jamais eu lieu", poursuit-il.En l'occurrence, l'accusation considère que l'amnistie d'
Abdallah Senoussi était l'une des contreparties au financement de la campagne de
Nicolas Sarkozy. Au cours de cet entretien,
Brice Hortefeux assure que l'ancien chef du renseignement militaire libyen lui a simplement demandé des nouvelles de la santé du président Jacques Chirac et "a longuement insisté sur la question migratoire", réclamant "500 millions" à la France pour contenir les ressortissants libyens. "Ça s'est limité à ça". "Il ne m'a rien demandé, et je n'ai rien sollicité", maintient l'accusé, arc-bouté au-dessus du pupitre, combatif.
Brice Hortefeux n'en a pas fini : après cinq heures d'interrogatoire ce mercredi, les questions se poursuivront lundi après-midi. Majestueux ! Fournier Beaudry et Cizeron sacrés champions du monde de danse sur glace Melchior Leroux, le réalisateur derrière les clips de Theodora Mortiers d'artifice, pillage : une mairie saccagée Attentat déjoué : une banque américaine visée au cœur de
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