Candidat aux municipales au Blanc-Mesnil, battu au second tour, le sénateur a visé la journaliste et autrice du livre-enquête "Main basse sur la ville". Un ouvrage qui documente notamment une ville ayant "en réalité basculé à l'extrême droite". La journaliste
Nassira El Moaddem, le 14 septembre 2016, alors qu'elle était encore directrice du Bondy Blog. (THOMAS SAMSON / AFP) "Je vais la fouetter. J'irai au bout, elle va mourir, je la tue", "une salope". Ces mots d'une extrême violence n'ont pas été tenus dans le secret d'une conversation privée, mais bel et bien auprès d'une journaliste du quotidien
Le Monde. Dans un article publié le 23 mars, la journaliste
Ivanne Trippenbach qui s'est rendue en reportage dans la ville du Blanc-Mesnil (
Seine-Saint-Denis) à l'occasion des élections municipales explique que ce sont les propos tenus par le sénateur
Thierry Meignen, candidat à la mairie, "48 heures avant le scrutin" alors qu'il "ne décolérait pas" de l'enquête publiée par la journaliste
Nassira El Moaddem.Paru le 11 février 2026, l'ouvrage intitulé Main basse sur la ville. Enquête au Blanc-Mesnil rapporte en substance que, selon elle, "dans cette commune passée à droite il y a dix ans, clientélisme, népotisme, chasse aux sorcières, censure, racisme, affairisme immobilier, manipulation, harcèlement sont au cœur du pouvoir". Cette enquête semble avoir mis en rage le sénateur, maire du Blanc-Mesnil de 2014 à 2021. "L'élu LR voit en la journaliste 'une militante payée' par le
Parti communiste ou, selon le mot de son ex-bras droit qu'il répète sans filtre, 'une salope'", écrit
Le Monde. Contacté par
franceinfo,
Thierry Meignen n'a pas donné suite à nos sollicitations. La journaliste
Nassira El Moaddem, elle, se dit "choquée" et a annoncé porter plainte estimant qu'une "ligne rouge" a été franchie.
franceinfo : Comment avez-vous réagi en découvrant les propos du sénateur
Thierry Meignen ?
Nassira El Moaddem : J'ai découvert les propos qu'il a tenus auprès d'une consœur, la journaliste
Ivanne Trippenbach qui a couvert le deuxième tour des élections municipales au Blanc-Mesnil, et qui rapporte une injure à caractère sexiste, à savoir "salope", et des menaces de mort qui sont extrêmement graves. Pour moi, il n'était pas question de laisser passer. Je peux entendre que ce monsieur soit en colère d'avoir perdu l'élection municipale, en revanche, il n'est pas question d'accepter d'être menacé de mort, d'être insulté par voie de presse, qui plus est par un élu de la République, un sénateur qui a un devoir d'exemplarité.Je ne lui demande pas, évidemment, d'approuver mon travail d'enquête. Il a le droit de critiquer ce travail, de ne pas l'apprécier. En revanche, il n'est pas du tout acceptable d'être menacé de mort. C'était la ligne rouge et c'est la raison pour laquelle, avec les éditions Stock, nous avons décidé de porter plainte.Après votre enquête au Blanc-Mesnil sur la gestion de la ville par
Thierry Meignen, avez-vous été surpris qu'il tienne de tels propos ?Ça a d'abord été un choc de voir des propos de ce type être tenus en toute impunité dans un journal sérieux. D'ailleurs,
Thierry Meignen réitère ces propos à trois reprises, il dit : "Je vais la fouetter", "je la tue", "elle va mourir". Ce n'est donc pas juste un dérapage sémantique de sa part, il appuie les menaces et c'est ce qui m'a absolument choquée. J'ai enquêté pendant six ans pour déconstruire et raconter le système politique mis en place par
Thierry Meignen lorsqu'il était maire de la ville [2014-2021]. C'est un système qui est caractérisé par une forme de violence, une violence managériale, une violence que je raconte dans mon livre."Je suis choquée, mais je me demande si cette violence verbale n'illustre pas finalement une violence systémique telle que je l'ai décrite dans mon livre enquête."
Nassira El Moaddemà franceinfoC'est une enquête que j'ai commencée en 2020.
Le Blanc-Mesnil est une ville très populaire de
Seine-Saint-Denis qui a basculé à droite en 2014. Mais tout ce que je raconte dans mon enquête et que je documente, c'est que cette ville, en réalité, a plutôt basculé à l'extrême droite ou à la droite extrême, avec des alliances secrètes menées avec le Rassemblement national, une proximité idéologique et politique avec Éric Zemmour par le biais notamment de Vijay Monany qui était le directeur de cabinet de
Thierry Meignen et qui est un proche de Sarah Knafo. Je rapporte également l'attribution d'une subvention pour une association présidée par Sarah Knafo. Mon enquête démontre un système qui, en fait, a littéralement assommé tout
Le Monde à l'arrivée au pouvoir en 2014.
Le Blanc-Mesnil a été communiste pendant plus de 80 ans, et à l'arrivée de ce pouvoir de droite,
Thierry Meignen a voulu faire table rase du passé, sauf que cette table rase du passé a été extrêmement violente. Elle a fait des victimes avec une chasse aux sorcières absolument démentielle qui a été mise en place. J'ai voulu montrer ce que cette politique-là amène comme dégâts humains. J'avais envie de raconter les coulisses du pouvoir, du pouvoir local, dont on dit toujours à un niveau municipal qu'il est très proche des gens. Moi, ce que j'ai vu et ce que j'ai documenté dans les 500 pages de mon enquête, c'est un pouvoir qui assomme, qui écrase les gens comme un rouleau compresseur.
Thierry Meignen n'a finalement pas été élu, battu par la liste conduite par Demba Traoré. Cela vous a-t-il étonnée ?
Thierry Meignen n'était pas maire sortant au moment du scrutin puisqu'il est sénateur depuis 2021. La loi sur le non-cumul des mandats l'a obligé à renoncer à son écharpe de maire, sauf que, dans les faits, il était toujours le maire officieux, toujours celui qui gérait la ville. Il est d'ailleurs bien plus présent à l'hôtel de ville qu'au Sénat et a mis à sa place son premier adjoint. Il a été battu par une fusion des trois listes adverses, à savoir une liste citoyenne qui était menée par Demba Traoré, une liste communiste qui est l'opposition traditionnelle au Blanc-Mesnil et une liste centre droit. C'est donc cette fusion des trois listes qui va désormais gérer la ville du Blanc-Mesnil.Je n'ai pas été étonnée du résultat car j'ai assisté à la soirée électorale et je suis allée dans plusieurs bureaux de vote. On sentait qu'il y avait un besoin de changement. On sentait qu'il y avait un besoin aussi d'en finir avec cette chape de plomb, avec un pouvoir qui a tout verrouillé, qui a verrouillé les associations en leur demandant presque de prêter allégeance, qui a verrouillé le débat démocratique avec des militants associatifs qui n'ont plus accès à des salles de réunion. Tout un tas de choses ont été mises en place, qui ont consisté à tout simplement verrouiller le débat au sein de la ville et moi, j'ai senti littéralement dimanche une envie d'en finir avec ça.J'ai couvert
Le Blanc-Mesnil pendant six ans et je sentais vraiment ce désir de changement, mais la question était de savoir si les gens allaient pouvoir aller au-delà de leur peur, parce qu'il y a véritablement une peur qui s'était installée au sein de la ville.
Nassira El Moaddemà franceinfoC'est la raison pour laquelle le titre de mon livre est Main basse sur la ville, car cette emprise-là est extrêmement forte. La question était de savoir si les gens allaient aller au-delà de cette emprise, au-delà de cette peur. En réalité, on a vu qu'au premier tour, ce désir de changement s'est déjà exprimé, puisque Thierry Maignen répétait à qui veut l'entendre qu'il allait gagner au premier tour et ça n'a pas été le cas. Melchior Leroux, le réalisateur derrière les clips de Theodora Mortiers d'artifice, pillage : une mairie saccagée Attentat déjoué : une banque américaine visée au cœur de Paris Les supporters du Sénégal revendiquent et fêtent la victoire à la CAN au Stade de France Le Sénégal, déchu, présente son titre de champion d'Afrique au Stade de France Guerre au Moyen-Orient : les houthis revendiquent leur première attaque contre Israël Le pape Léon XIV appelle à la "paix" et au "partage" dans son allocution à Monaco "L'IA a un potentiel libérateur absolument incroyable !" Mission Artemis : un rover suisse bientôt sur la Lune Carburant : les mesures "ciblées" du gouvernement pour le transport, l'agriculture et la pêche Des animaux découpés vivants dans un abattoir en Martinique Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry brillent et battent leur record sur la danse rythmique aux Mondiaux Allemagne : une baleine, échouée depuis plusieurs jours, enfin libérée Traversée des Alpes : le projet fou d'un champion hors normes Vols de carburant : les gendarmes lancent l'alerte "C’est la cour des miracles" : le sénateur Claude Malhuret charge de nouveau Donald Trump Guerre au Moyen-Orient : négociations sous les bombes Xavier Dupont de Ligonnès, caché dans le désert du Texas ? Meurtres au Portugal : l'inquiétant profil de Cédric Prizzon Attention aux mauvais conseils sur les réseaux sociaux sur les gestes à faire en cas d'infarctus