Sur les écrans en
France, un conte qui nous vient de
Colombie, La couleuvre noire du réalisateur français
Aurélien Vernhes-Lermusiaux. Tourné dans le désert de la Tatacoa, le film nous raconte l'histoire de ce territoire oublié, raviné par les vents du désert, et sa légende fondatrice, celle de la couleuvre noire, qui se transmet de génération en génération. Un récit de transmission sur une terre désolée et fascinante. Publié le : 26/03/2026 - 07:24 3 min Temps de lecture La légende de la couleuvre noire racontée dans le film d'
Aurélien Vernhes-Lermusiaux est inventée par le réalisateur mais elle se nourrit d'éléments glanés dans ce désert, raconte-t-il. d'ailleurs Tatacoa signifie couleuvre noire. Le film sort le 27 mars sur les écrans en
France. © arpselection.com Dans le ciel très pur, des myriades d'étoiles fascinent
Ciro, le personnage principal du film. C'est qu'à
Bogota, en raison de la pollution, on ne voit pas le ciel, explique le jeune homme – interprété par
Alexis Tafur, à son père. Et parmi toutes ces lumières, une traînée scintillante, celle du train de satellites
Starlink. Choc des contrastes. Au sol, nous sommes dans le désert de la Tatacoa, au cœur de la
Colombie. Un désert moins connu au cinéma que celui de la Guajira, que l'on a vu notamment dans Pajaros de verano de
Cristina Gallego et
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Ciro Guerra ou encore Alma del desierto de Mónica Taboada-Tapia. Un désert que les jeunes quittent pour la ville en quête de travail comme
Ciro. Lui est revenu au chevet de sa mère gravement malade.Dans la petite maison familiale d'adobe, sur un mur, un tableau représentant un paysage luxuriant, une forêt tropicale, et dans un coin du tableau, un grand serpent noir et une jeune fille. Sur la bande-son du film, des chants d'oiseaux et des stridulations d'insectes. Il y a bien longtemps, la Tatacoa a été recouverte par la mer, des fossiles en témoignent, puis par la forêt, mais le climat a changé, nous explique le réalisateur en préambule du film. La légende de la couleuvre noire - inventée par
Aurélien Vernhes-Lermusiaux à partir d'éléments glanés sur ce territoire - raconte aussi, poétiquement, ce changement, dont la cupidité des hommes serait responsable. La couleuvre est l'âme de la Tatacoa. Elle est sacrée, protège et guérit. On l'invoque et l'invite en sifflant.Les parents de
Ciro n'ont jamais quitté la Tatacoa et reprochent au jeune homme d'avoir quitté sa terre. Son père Alirio, interprété par le comédien
Miguel Angel Viera – seul acteur professionnel du film et que l'on a déjà vu notamment dans La Jauria ou Pajaros de verano – renifle avec mépris le fils qui sent l'ailleurs, la grande ville. La mère, Lucia, est la détentrice du conte de la couleuvre noire. Elle est la mémoire de la Tatacoa. Une mémoire qu'elle va transmettre à
Ciro. « Te toca », à ton tour, lui glisse-t-elle dans un souffle.Le réalisateur, dont c'est le deuxième long-métrage, raconte avoir été envoûté par les paysages de la Tatacoa. Et il est vrai que le désert est le troisième personnage du film tant il en impose par sa minéralité, ses couleurs – les chandelles rouges de latérite sculptées par le vent -, son austérité. Une terre de silence et de mort à l'image encore de ces silhouettes de sable qui semblent couvertes d'un suaire blanc, comme Lucia qu'Alirio et
Ciro emportent vers le cimetière indigène. Une terre désormais peuplée de fragments de satellites tombés du ciel et de scientifiques tueurs de couleuvres. Dans le désert, le temps semble se dilater sur le rythme lent des Tindersticks, qui ont fait l'illustration sonore. Ainsi va le rythme du film, économe de mots et d'effets. Il faut se laisser prendre par l'émotion et par le conte.