Blocage de
WhatsApp et
Telegram, incitation très forte à installer «
Max », la messagerie nationale, et coupures d'internet : les libertés sur le net se dégradent. Et la population oscille entre adaptation, grogne et colère. Publié le : 26/03/2026 - 18:08 3 min Temps de lecture Les logos de la messagerie russe
Max (à gauche) et celui du service de messagerie et d'appels mobiles
WhatsApp (à droite) sur l'écran d'un ordinateur portable. REUTERS - Shamil Zhumatov Avec notre correspondante à Moscou,
Anissa El Jabri Après trois semaines de coupures dans un gros tiers de la capitale russe, internet est partiellement revenu dans les zones qui en étaient privées – et encore, pas partout et pas toujours avec un très bon débit. Et c'est désormais au tour de Saint-Pétersbourg d'expérimenter la vie sans réseau. La Russie est devenue championne du monde des coupures d'internet en 2025, et elle va sans aucun doute garder sa place en 2026. En tout cas, les autorités ne lésinent pas sur les efforts de justification et de promotion. Le 20 mars dernier, sur la première chaîne russe
Pervy Kanal, dans l'émission « Pole Chudes », très regardée depuis les années 1990 (un concours de chant, NDLR), sur l'écran, apparaît un chœur d'enfants habillés en rouge. Venant de
Volgograd, âgés de 7 à 16 ans, ces enfants célèbrent les coupures d'internet. « La vie est tellement mieux quand on voit ses amis en vrai, qu'on joue avec eux au badminton et qu'on n'est pas dérangé par la lumière bleue d'Internet », chantent-ils notamment. L'audience de l'émission est âgée, vivant dans de petites villes, donc très loin de celle en proie à la grogne ou à la colère. Mais le travail de conviction ne s'arrête pas là. À lire aussiRussie: l'étau se resserre encore sur les médias et la liberté d'expression
Max, la messagerie russe transparente pour les services de sécurité Mercredi 25 mars, apparaissait sur
Instagram – dont la maison mère,
Meta, est classée indésirable en Russie – un dessin animé, produit à l'aide d'intelligence artificielle. Objectif transparent : inciter les plus jeunes à se détourner des messageries étrangères comme
WhatsApp et
Telegram, et à se méfier d'
Instagram. L'histoire se déroule dans une école. Une voix off introduit le scénario avec trois premiers personnages à l'allure adolescente : « Voilà le trio le plus populaire du lycée :
Instagram, l'appli tendance,
Telegram, le chéri de toutes les filles, et
WhatsApp, le petit frère d'
Instagram. Ils n'imaginent même pas à quel point leur vie va changer à partir d'aujourd'hui. Après tout, il y a un nouvel élève qui vient d'arriver : la messagerie
Max. » Le dessin animé raconte les aventures du gentil
Max – messagerie 100% russe et 100% transparente pour les services de sécurité –, harcelé à l'école par les méchants
WhatsApp,
Telegram et
Instagram… La série elle-même est diffusée sur ce réseau social. Quant à la société de production, elle est, à ce stade, inconnue en Russie. Pour afficher ce contenu
Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité. « Les coupures d'internet sont du stalinisme » Parallèlement, la presse officielle ne mâche pourtant pas ses mots. Est-ce pour canaliser la colère des Russes ? En tout cas, dimanche 22 mars, le journal Moskovsky Komsomolets, réputé proche du gouvernement, a publié une tribune critiquant, entre autres, « le brouillage de l'internet mobile sans explications ». Ce jeudi 26 mars, un édito d'un journal russe se montrait bien plus dur : « Les coupures d'internet sont du stalinisme (..) elles font s'interroger sur les priorités du pays et notamment sur son développement économique. » La Nezavissimaïa Gazeta allait, dans son article, jusqu'à appeler à priver les forces de sécurité du droit exclusif de blocage des forces de sécurité qui « aiment se faciliter la vie en limitant les libertés des citoyens ». En attendant, dans la capitale russe, les toilettes sur la voie publique ne sont toujours pas accessibles. Leur paiement et leur ouverture sont uniquement payables via le numérique. De nombreuses demandes d'autorisations de manifester contre ces coupures ont été déposées pour ce samedi 28 mars en Russie. La majorité d'entre elles ont été refusées. Motif présenté : « Risque de propagation du Covid. » À lire aussiRussie: le contrôle étatique de l'expression publique sur les réseaux sociaux s'accélère Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail