Pour le politologue
Brice Soccol, le
Rassemblement National de
Jordan Bardella et
Marine Le Pen ainsi que
La France Insoumise fondée par
Jean-Luc Mélenchon sortent renforcés de ces élections municipales 2026. (MAXPPP / GETTY IMAGES / APOLLONIA HILVERDA) Si
La France Insoumise et le
Rassemblement National sont loin de diriger de grandes métropoles, ou même l'essentiel des communes, à l'issue des élections municipales, ils sortent néanmoins renforcés de ces scrutins en imposant leurs deux visions opposées du pays. Les élections municipales n'échappent pas à une lecture nationale. A un an de l'élection présidentielle, les partis politiques étudient leurs résultats commune par commune pour adapter leur stratégie pour 2027. Deux formations se distinguent nettement à l'issue de ces scrutins :
La France Insoumise et le
Rassemblement National. Pour le politologue
Brice Soccol, auteur de L'écharpe et les tempêtes : face aux maires, la défiance inattendue, les deux partis sortent renforcés de ces élections. Le RN poursuit son "ancrage", tandis qu'à gauche,
Jean-Luc Mélenchon a gagné la bataille "du leadership". A l'approche de l'échéance de 2027, "deux imaginaires" s'imposent, selon lui : celui de la "Nouvelle France", porté par le chef des insoumis, et celui d'une "France souveraine" mais "déclassée", brandi par
Marine Le Pen et
Jordan Bardella. Pour franceinfo, l'expert analyse les résultats des deux formations politiques et les dynamiques qu'elles ont créées en vue de la présidentielle.Franceinfo : Quelles ont été les stratégies de LFI et du RN pour ces municipales ?
Brice Soccol : Il semble que les deux partis ont eu deux stratégies d'implantation territoriale différentes. Dans les villes de plus de 100 000 habitants, LFI a monté des listes partout. Ils ont été présents dans 504 communes. LFI va vers les métropoles, les grandes villes, les quartiers populaires. Le RN a eu une autre stratégie : il est davantage présent dans les villes moyennes et les petites villes, la ruralité. Autre point intéressant : l'un et l'autre, et encore davantage le RN, se sont appuyés sur leurs parlementaires pour conquérir ces municipalités. Depuis 2022, tous les députés de
Haute-Marne, de
Haute-Saône, de l'
Aude et des
Pyrénées-Orientales sont des élus RN. Et depuis 2024, c'est aussi le cas dans le
Gard et la
Meuse. Les élections législatives de 2024 ont fait émerger un grand nombre de députés RN (122) et LFI (71).Où le RN s'implante-t-il à l'issue de ces élections ?Il y a un ancrage du RN. Lors des dernières municipales en 2020, il n'avait qu'une ville de plus de 100 000 habitants (Perpignan) et il avait même perdu des conseillers municipaux. Cette fois, il s'ancre, évidemment dans le bassin méditerranéen et dans le Nord-Pas-de-Calais, mais pas seulement. Ils s'implantent dans des zones rurales et périurbaines, que ce soit dans le centre de la France ou dans l'Est. Même quand il ne gagne pas, il fait son entrée dans les conseils municipaux de communes rurales ou de taille moyenne. Progressivement, le vote RN s'installe en France. C'est pour ça qu'il faut parler d'ancrage, mais également parce que tous les maires élus en 2020 ont été reconduits dès le premier tour. C'est un signe.Il est vrai que sociologiquement, le RN n'est pas attendu dans les métropoles. Excepté Marseille, où il y a un tropisme local puisque l'électorat républicain a glissé progressivement vers le RN. Martine Vassal, la candidate LR, a terminé avec un score extrêmement faible (5,36%), elle qui était quand même l'héritière de Jean-Claude Gaudin. Il est néanmoins exact que dans d'autres métropoles, comme Lyon ou Paris, et des grandes villes comme Nantes, Rennes ou Strasbourg, la sociologie de l'électorat n'est pas en phase avec les thèmes du
Rassemblement National. C'est encore un plafond de verre pour le RN, même s'il commence à faire des scores dans certaines villes moyennes."L'union des droites" ne s'est pas matérialisée avec des listes d'alliance entre LR et le RN, puisque la main tendue de
Jordan Bardella à l'issue du premier tour n'a pas été acceptée par les responsables de LR. Mais, ne s'est-elle pas concrétisée dans les urnes ?Depuis l'élection présidentielle, puis les européennes et surtout les législatives de 2024, on observe un glissement de l'électorat de droite vers l'extrême droite. Un constat réalisé par
Jordan Bardella, qui sur TF1 le soir du premier tour affirmait : "Est-ce que le rôle de la droite est d'exclure ceux qui ambitionnent de battre la gauche ?" C'est toute la difficulté à la fois des Républicains et du
Rassemblement National. L'appel de
Jordan Bardella n'a pas été entendu par LR. Il y a un exemple concret avec Toulon, puisque la droite républicaine a fait barrage à la candidature de la députée RN Laure Lavalette, ce qui a empêché que l'extrême droite prenne Toulon. Mais c'est un exemple isolé."Il y a bien un glissement de l'électorat LR vers le RN qui s'est en partie confirmé lors de ces élections municipales."
Brice Soccol, politologueLFI avait fait le choix d'enjamber les précédentes municipales de 2020. Six ans plus tard, quelles conclusions tirez-vous de ses résultats électoraux ?Si on prend les chiffres du premier tour : LFI, c'est 640 000 voix et le PS, c'est 5 millions. Certes, LFI gagne Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) au premier tour, qui est extrêmement symbolique, puisque c'est la deuxième ville d'Ile-de-France après Paris. Mais vous voyez bien que le récit dépasse la réalité dans ce que l'on appelle la "ceinture rouge de la région parisienne", où LFI avait fait de très bons scores aux législatives. Le recul est significatif aux municipales à Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise), dans la circonscription du député Carlos Martens Bilongo, à Argenteuil (Val-d'Oise), dans celle de Paul Vannier, où à Créteil (Val-de-Marne) chez Clémence Guetté.Pourtant, à gauche, c'est
Jean-Luc Mélenchon qui impose le récit national. En face, la gauche sociale-démocrate n'a pas de récit et le PS est structurellement divisé, comme l'a montré le 81e Congrès. Olivier Faure avait été réélu à la tête du parti avec 50,9% des bulletins, contre 49,1% pour le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol. Les Ecologistes vont être très affaiblis à l'issue de ces élections municipales, et le PCF, malgré sa victoire a Nîmes (
Gard), ne pourra pas espérer jouer un rôle majeur."La bataille de demain, c'est l'union de la gauche, mais surtout celle de son leadership."
Brice Soccol, politologueQuand
Jean-Luc Mélenchon perd sa qualification pour le second tour de la présidentielle 2022 à 420 000 voix près, il se dit qu'il faut aller chercher de nouveaux électeurs dans les métropoles et les quartiers populaires. Il pense que c'est là où se trouve son électorat, et il n'a pas tort. Dans la majorité des métropoles, LFI fait entre 8 et 18, voire 20%. Il y a un électorat de jeunes sensibles au discours de
Jean-Luc Mélenchon, mais aussi ceux que j'appelle les diplômés déclassés, ceux qui ne sont pas reconnus à leur juste titre par la société, que ce soit les enseignants ou les universitaires, par exemple. Et puis, il y a évidemment, et on ne le souligne pas assez, la France qui souffre en zone urbaine et vote LFI.Pourquoi Roubaix bascule-t-elle chez LFI ? C'est la ville la plus pauvre de France, 46% des habitants sont sous le seuil de pauvreté, 45% de jeunes ont moins de 18 ans, et c'est une ville très "communautarisée". Vous avez là tous les ingrédients réunis de LFI. Le parti de
Jean-Luc Mélenchon va au-delà du volet purement communautaire, ils touchent des gens de la France urbaine et des quartiers populaires qui se sentent délaissés, déclassés et oubliés. Je qualifie aussi LFI de "glouton de la gauche" : ils prennent des parts de l'électorat de leurs camarades de gauche, que ce soit au PCF, aux Ecologistes ou au PS.Pour le second tour des municipales, on a vu ces partis sceller des alliances avec LFI. Comment analysez-vous le résultat de ces fusions de listes ?Prenez Toulouse ou Limoges, où LFI est arrivée en tête au premier tour. La gauche s'est rangée derrière le parti de
Jean-Luc Mélenchon et cela n'a pas fonctionné. A Toulouse, c'est une ville modérée, marquée par l'antisémitisme avec les attentats de Mohammed Merah en 2012. Au second tour, les électeurs de droite et du centre se sont surmobilisés, tandis qu'il y a eu beaucoup de bulletins blancs. Ce sont des électeurs de gauche qui ne voulaient pas voter pour le maire sortant de centre droit Jean-Luc Moudenc, mais pas non plus pour le candidat LFI, François Piquemal.A Limoges, la ville a été socialiste pendant des années avant de basculer à droite en 2014. Il y a neuf quartiers prioritaires de la ville là-bas. Tout était réuni pour que la gauche reprenne la ville et ça n'a pas marché avec LFI en tête de liste. Les insoumis ont été un repoussoir pour une partie de la gauche modérée et cela a entraîné une surmobilisation à droite et au centre. Maintenant, lorsque LFI a soutenu des têtes de liste d'autres partis de gauche, ça n'a pas fonctionné dans une majorité des cas, comme à Brest, Avignon, Clermont-Ferrand, Strasbourg, Poitiers, Besançon… Je pense que ces fusions ont déboussolé les électeurs.Néanmoins, dans cette campagne, LFI comme le RN n'ont-ils pas su imposer leurs visions de la France ?Nous sommes sur deux modèles complètement antinomiques.
La France Insoumise véhicule le concept de "nouvelle France" de
Jean-Luc Mélenchon, qui prend en compte la diversité et l'évolution sociologique de la société française, mais aussi la souffrance d'une partie des Français. Une nouvelle France hostile à la "vieille France", qualifiée de réactionnaire et parfois de raciste. Ce concept s'inscrit aussi dans une tradition internationale, avec l'importation, et son utilisation par
Jean-Luc Mélenchon, du conflit israélo-palestinien. Ce n'est pas un hasard puisque ce sujet mobilise autant les gens de confession musulmane heurtés par ce qu'il se passe qu'une partie de la jeunesse qui ressent de l'injustice.De l'autre côté, vous avez le concept de "la France éternelle", porté par le RN. Il renvoie au sentiment de déclin vécu par une partie des Français. Ce déclinisme s'incarne dans le rapport à l'autorité, à la sécurité, à l'éducation nationale, au pouvoir d'achat, mais aussi à un discours anti-immigration. C'est l'idée du "c'était mieux avant". Le RN surfe dessus comme sur le sentiment d'oubli vécu par la France rurale ou la France ouvrière déclassée.Le RN est en capacité, par rapport à ses thèmes, de pouvoir toucher un très grand nombre de Français, que ce soit dans la ruralité, les villes moyennes ou la périurbanité, là où LFI est peut-être plus sur une territorialisation de ses thématiques. Dans son discours,
Jean-Luc Mélenchon oppose la "nouvelle France", celle des banlieues populaires, à la France rurale. Il joue sur des fractures. Au second tour de la présidentielle, ce n'est pas certain que cela rassemble 51% des Français.Quelles enseignements tirez-vous des résultats de LFI et du RN à ces municipales, en prévision de la présidentielle de 2027 ?A un an de la présidentielle, les deux imaginaires s'imposent, celui de la "nouvelle France" incarnée par
Jean-Luc Mélenchon et celui du
Rassemblement National avec cette France souveraine, déclassée, incarnée par deux candidats,
Marine Le Pen et
Jordan Bardella, qualifiés tous deux au second tour dans les sondages. Aucun autre parti n'est capable de cela.Entre ces deux imaginaires, quel est l'espace pour les sociaux-démocrates, le bloc central ou Les Républicains ? Qui l'incarne ? On ne sait pas. Quel est leur récit ? Quel est leur imaginaire ? Il n'y en a pas encore. On dit souvent qu'une élection présidentielle, c'est la rencontre entre un homme et un pays. Oui, mais c'est d'abord un imaginaire véhiculé. Comment vous faites rêver les Français ? Comment projetez-vous la France dans les cinq-dix ans qui viennent ? Hormis pour le RN et LFI, le reste, on ne sait pas.Vous constatez donc que les deux partis qui sont aux deux extrémités de l'échiquier politique n'ont jamais été autant en position de force ?Oui. Depuis 2022, et surtout depuis la dissolution ratée de 2024, vous voyez bien que ce quinquennat manque de clarté. Je ne dis pas que c'est irréversible, mais aujourd'hui, nous sommes dans le temps des radicalités et dans celui de la clarté. Les gens veulent de la clarté. Sans parler de cette défiance à l'é
Gard du politique qui nourrit le populisme des deux extrêmes."Nous sommes entrés dans une société où la nuance n'existe plus."
Brice Soccol, politologueCela veut-il dire que pour cet espace politique, qui va du PS à LR, il va falloir se mettre à une forme de radicalité pour exister ?Quand on regarde ces municipales, c'est la France apaisée qui a gagné. La majorité des maires sont socialistes, de droite ou divers droite. Donc attention, la France modérée est encore présente. Mais, cette France-là pourra-t-elle se retrouver à travers un candidat social-démocrate, centriste ou de droite pour la présidentielle ? Il est difficile d'y répondre car cela dépendra du nombre de candidats dans cet espace. On sort de dix ans de macronisme. Les Français vont-ils avoir envie d'élire une personnalité qui sera le successeur d'Emmanuel Macron, qui n'incarnera pas une rupture, mais une forme de continuité, certes un peu différente ? Au début de son premier quinquennat, Emmanuel Macron disait : "Ça sera moi ou le chaos". Depuis, la dissolution ratée nous a conduits au chaos. L'Assemblée nationale nous offre un triste spectacle. Or, la Ve République fonctionne sur le fait majoritaire.Il y a deux partis en mouvement qui sont structurés : LFI et le RN. Quels partis attirent les jeunes aujourd'hui ? Ces deux-là. Ce n'est pas un hasard. La politique, c'est de la dynamique et ces deux partis sont en dynamique. Cela ne veut pas dire qu'en France, on n'aura pas de nouveau une dynamique sociale-démocrate ou de centre droit, mais on y revient : il n'y a pas d'incarnation aujourd'hui. Comment les déclarations de Donald Trump influencent-elles le cours du pétrole ? Deepfake : une "affaire Pelicot" numérique choque l’Allemagne Fiat contre Renault : quand l’Italie drague l'Algérie Visite de l'hôtel des Bleus à Boston, avant la Coupe du monde Melania Trump escortée par un robot à la Maison-Blanche Une femme chute d'une falaise et se retrouve coincée sur les rochers Flavel raconte son interpellation violente à Noisiel Mondial 2026 : la Nouvelle-Calédonie à deux matchs d'une qualification historique Protoxyde, rodéo urbain : le gouvernement durcit les sanctions Le combat d'une avocate pour les migrants qui ont fui les Etats-Unis Le 5 juillet 2001, Loana remportait la première saison de Loft Story Marseille : Une policière soupçonnée d'avoir vendu des informations confidentielles au grand banditisme Au moins 24 morts après la chute d'un bus au Bangladesh "Elle doit être durement sanctionnée", réagit Sébastien Chenu au sujet de la policière soupçonnée d'avoir vendu des informations au grand banditisme L'ONU qualifie la traite des esclaves africains de "crime le plus grave contre l'humanité" Addiction aux réseaux sociaux : Meta et YouTube condamnés Rupture amoureuse : 1 actif sur 3 utilise ses congés pour s’en remettre