Le 27 mars 2026 à 12h24 L’
Assurance-maladie a dépensé 12 milliards d’euros pour le versement des indemnités journalières des salariés arrêtés en 2025. Un montant en forte hausse depuis plusieurs années. Pour endiguer ce phénomène, le gouvernement devrait annoncer des mesures concrètes d’ici le mois d’avril. Passer la publicité Passer la publicité Le gouvernement n’a pas renoncé à endiguer la hausse des arrêts de travail, mais il ne dévoile pas encore sa recette. Après plusieurs réunions sur le sujet à
Matignon,
Sébastien Lecornu a rappelé ce vendredi - en amont d’une réunion à
Bercy en présence de plusieurs ministres de son gouvernement - sa volonté de freiner la « dérive très préoccupante sur le terrain budgétaire des arrêts maladie ». Alors que les tractations pour le prochain budget de la
Sécurité sociale en sont à leurs balbutiements, le premier ministre estime que cette thématique « fait partie des points sur lesquels, si on les traite trop tard dans l’année, on ne pourra pas avoir une action utile et efficace ». Des annonces sont donc attendues dès le mois d’avril, a précisé
Stéphanie Rist, la ministre de la Santé, chargée de travailler sur le sujet avec les ministres du Travail,
Jean-Pierre Farandou, et des Comptes publics,
David Amiel. Les arrêts de travail entraînent en effet un coût très important pour l’
Assurance-maladie, qui verse une partie du salaire au salarié arrêté sous la forme d’indemnités journalières (IJ). En 2025, cette dépense représente 12 milliards d’euros, précise
Stéphanie Rist, soit une hausse de 6 %. « C’est un milliard par an de dépenses supplémentaires d’
Assurance-maladie, détaille la ministre. Nous voulons pouvoir continuer à protéger les Français quand ils sont malades, mais il faut faire en sorte que cela soit soutenable. » Passer la publicité La hausse des arrêts de travail est particulièrement marquée ces dernières années, mais l’
Assurance-maladie estime que 40 % de cette augmentation « s’explique par une hausse du recours aux arrêts maladie ». Les salariés ne sont donc pas forcément plus malades qu’auparavant, mais ils ont davantage tendance à obtenir un arrêt de la part de leur médecin. La dégradation de la qualité de vie au travail peut expliquer une partie de cette hausse, tout comme des prescriptions non pertinentes de certains médecins, avec des patients parfois arrêtés sur une longue période sans suivi médical. À lire aussi Les arrêts de travail, point de friction entre les médecins et la Sécu Des arrêts longs particulièrement coûteux « Il y a deux sujets dans les arrêts maladie », ajoute
Stéphanie Rist. Les arrêts courts et répétés, « qui peuvent entraîner un effet de désorganisation dans l’entreprise », et les arrêts longs, quant à eux particulièrement coûteux pour l’
Assurance-maladie. La Drees, le service de la statistique rattaché au ministère de la Santé, estime à cet égard que les arrêts de moins de huit jours, bien qu’ils forment près de la moitié des arrêts indemnisés, ne représentent que 4 % de la dépense en IJ. Les arrêts de plus de six mois ne concernent quant à eux que 7 % des arrêts mais 45 % de la dépense. Cela s’explique en partie car les Français les plus âgés ont tendance à être arrêtés plus longtemps, et que leur salaire est plus élevé, tirant vers le haut leurs IJ. Dans le cadre du dernier budget de la
Sécurité sociale (PLFSS), adopté dans la douleur en décembre, le gouvernement a déjà mis en œuvre une mesure pour limiter la primo-prescription d’un arrêt de travail à un mois (et deux mois pour un renouvellement). Depuis avril 2025, le salaire pris en compte pour le calcul des IJ est par ailleurs passé de 1,8 à 1,4 Smic au maximum. Dans le texte initial du projet de loi de lutte contre la fraude sociale, examiné actuellement au Parlement, le gouvernement prévoyait également de rendre obligatoire la mise sous objectifs d’un généraliste jugé trop généreux dans ses prescriptions d’arrêts de travail, mais les médecins sont montés au créneau et ont obtenu de l’exécutif que la mesure soit supprimée du texte. Celle-ci est toutefois « écartée mais pas abandonnée », explique-t-on dans l’entourage de la ministre de la Santé. Cet outil est en cours de discussion avec les médecins pour permettre de l’adapter d’ici le prochain PLFSS.
Sébastien Lecornu pointe «une dérive très préoccupante» du nombre d’arrêts maladie, des mesures attendues en avril S'ABONNER Télétravail, durée limitée... Comment les députés ont modifié les arrêts maladie lors des débats budgétaires Les députés ont notamment validé en commission des affaires sociales la limitation de la durée des arrêts de travail voulue par l’exécutif. Ils ont également adopté des amendements à la copie gouvernementale. Des votes qui devront néanmoins être rejoués dans l’hémicycle. Pourquoi l’absentéisme chez les fonctionnaires repart à la hausse DÉCRYPTAGE - Près d’un tiers des agents territoriaux a été en arrêt maladie au moins un jour l’année dernière. +3% en un an : l’absentéisme des salariés français continue de progresser En 2024, il a atteint 5,09%, selon un baromètre du cabinet WTW. En cause, des salariés qui s’arrêtent plus souvent, et des arrêts de plus en plus longs. Les risques psychosociaux s’imposent par ailleurs comme la première cause de ces arrêts longs. Arrêts maladie : comment la baisse des indemnités journalières de la Sécu alourdit la facture pour les employeurs L’EXPERTISE - Passée relativement inaperçue, une réforme participe à un glissement progressif du financement de la protection sociale vers les entreprises. «On s’est tous déjà fait avoir» : les médecins généralistes en première ligne face à l’explosion des arrêts maladie Accusés de prescrire trop facilement des arrêts maladie, les généralistes ne cachent plus leur ras-le-bol. Tous admettent avoir été piégés par des patients, mais ils dénoncent une stigmatisation politique, dans un système à bout de souffle. L’éditorial de Jacques-Olivier Martin : «La France a un problème avec le travail» Il est urgent d’agir. De mettre fin à une dérive particulièrement onéreuse. L’absentéisme coûte, globalement, entre 60 et 80 milliards d’euros par an, soit l’équivalent du budget de l’Éducation nationale. Le plan de bataille du gouvernement pour mettre fin à la « dérive » des arrêts de travail dans le public et le privé DÉCRYPTAGE - Le gouvernement de François Bayrou cherche à faire 43,8 milliards d’euros d’économies pour réduire le déficit. Plusieurs curseurs pourraient bouger dès 2026, à l’instar du délai de carence. L’absentéisme au travail atteint de nouveaux sommets EXCLUSIF - Selon le dernier baromètre du cabinet de conseil Mercer, le taux d’absence au travail atteint le niveau inédit de 5,8 % dans le secteur privé en 2024. Arrêts maladie : un nouveau casse-tête pour les congés L’EXPERTISE - Le salarié en poste peut, jusqu’en avril 2026, demander la rétroactivité sur ses arrêts maladie, assimilés à du travail effectif dans le cadre du calcul des congés payés. RSA, arrêts maladie, PTZ, frais de notaire... Ce qui change en avril 2025 Revalorisation des aides sociales, nouvelles règles d’indemnisation du chômage... Le Figaro fait le point sur les changements à prévoir à partir du 1er avril.