Près de 2 milliards de dollars de marchandises se seraient évaporés l'année dernière. Les autorités peinent à réguler le phénomène, nourri par des stratagèmes élaborés et l'explosion anarchique des sites de production.C'est une tâche sur les cartes américaines, à l'ouest du
Texas, et à l'extrême-sud du Nouveau-Mexique. A la frontière du Mexique, les Etats-Unis en retirent une suprématie pétrolière: le bassin permien. C'est dans cette région, qui représente 40% de la surface de la
France, que
Washington exploite son pétrole de schiste, un pétrole "non-conventionnel", récupéré par fracturation hydraulique - c'est-à-dire en injectant de l'eau sous pression dans la roche.Le bastion a multiplié par six sa production pétrolière depuis 2010, produisant l'année dernière plus de 6 millions de barils par jour. Mais il est à l'heure actuelle en partie menacé par un fléau local, le vol, rapporte
Bloomberg. Il aurait représenté près de 2 milliards de dollars de pertes en 2025, selon
Ed Longanecker, président de l'organisation patronale TIPRO (
Texas Independent Producers and Royalty Owners Association) - soit, au cours moyen de 65 dollars, une masse de près de 30 millions de barils.Un problème récurrent: 61% des entreprises pétrolières vendant du brut, et sondées l'année dernière, expliquaient que les vols étaient courants - c'est plus que celles spécialistes des réseaux (58%), de l'équipement pétrolier (39%), ou des véhicules (12%)."Dans le milieu pétrolier, on disait souvent en plaisantant que si un équipement n'était pas solidement fixé, on le volait. Maintenant, ils dévissent les boulons et ils volent aussi les équipements", explique
Michael Lozano, responsable de la communication de la
Permian Basin Petroleum Association.Mais surtout, l'envolée des cours du brut fait craindre une recrudescence des vols à l'industrie pétrolière américaine: depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le baril de WTI, l'indice texan, se maintient au-delà des 100 dollars.Plus de production, et des fraudes bien organiséesL'évolution du marché est à la source de cette dynamique: avec l'augmentation de la manne, le nombre d'acteurs, notamment indépendants, a explosé, et tous n'ont pas les mêmes standards de sécurité. Mais il y a un facteur social derrière la recrudescence des vols: l'industrie pétrolière et gazière a beaucoup élagué parmi ses effectifs ces dernières années. Après le boom du prix du pétrole, qui a culminé fin 2014, les effectifs du secteur sont passés de 670.000 à moins de 370.000.Les majors ont été poussées à la consolidation - plus de 500 milliards de dollars d'opération de fusions-acquisitions depuis 2023 - quand la productivité s'est accrue drastiquement, dans la production comme dans l'exploration, un secteur déjà touché par la volonté des firmes de privilégier leurs marges à leur développement. A la clé de cette restructuration: 40% de licenciements et de non-renouvellement de contrats, et autant de personnes dans le besoin, disposant de connaissances sur les infrastructures et l'industrie pétrolière et gazière locale.Le vol est donc certainement devenu une option viable. Les voleurs collaborent avec des usines de traitement des eaux - qui extraient et vendent légalement du pétrole collecté par ailleurs. Selon des sources universitaires, il est même arrivé que certains rachètent des champs pétroliers à sec, en feignant de continuer à y produire, pour blanchir leurs activités illicites.Facile à dissimulerLa police locale souligne aussi que le pétrole était très abondant, des puits sont situés à quelques centaines de mètres à peine les uns des autres. Il est donc facile de se fondre dans les allées et venues de camions tout à fait légitimes, eux. D'autant qu'une autre technique consiste à se faire passer pour un prestataire de traitements des déchets et des eaux toxiques qui pullulent autour des exploitations.Les services de sécurité et de surveillance privés prospèrent, car les coûts de ces vols sont à l'heure actuelle majoritairement supportés par des producteurs. Ils ne sont pas couverts par les assurances dans la majorité des cas, car il est difficile de quantifier et de prouver ces vols.Le FBI a créé dès 2008 une cellule spéciale dédiée aux vols de matériel: elle a recentré ses activités sur le vol de brut depuis 3 ans. Elle constate une baisse des vols en 2025. Analyse contestée par l'industrie, qui considère que les petits producteurs, les plus touchés, n'ont pas été entendus, et que le gros du travail de sécurisation retombe, pour l'instant, sur les forces de police locales.