Le 27 mars 2026 à 19h11 Renonçant à multiplier les aides générales, particulièrement coûteuses, le ministre de l’Économie
Roland Lescure a appelé à poursuivre, «quoi qu’il arrive», l’effort de maîtrise des finances publiques. HJBC / stock.adobe.com Le gouvernement va orienter 70 millions d’euros pour soutenir les secteurs les plus affectés par la hausse des prix de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient. Une réponse d’urgence, calibrée pour éviter d’aggraver un déficit public déjà sous pression. Passer la publicité Passer la publicité Comment maintenir à flot des pans entiers de notre économie sans creuser davantage le trou béant du déficit public ? C’est l’exercice d’équilibriste auquel s’est livré ce vendredi soir le gouvernement, qui a annoncé lors d’une conférence de presse un «plan de soutien immédiat» aux secteurs les plus touchés par la flambée des prix du carburant, conséquence de la guerre qui fait rage au Moyen-Orient depuis un mois. Pêcheurs, agriculteurs mais aussi professionnels du transport routier : tous bénéficieront, pour l’instant pour le mois d’avril uniquement, «d’aides ciblées sectoriellement et mensuellement renouvelables», pour une enveloppe totale estimée à près de 70 millions d’euros. Une somme que les ministères piocheront dans leurs budgets respectifs, souligne le gouvernement. Premiers concernés par ce dispositif d’aide d’urgence : les transporteurs routiers. Particulièrement fragilisées par la remontée des prix à la pompe, les TPE et PME du secteur se verront allouer une enveloppe de 50 millions d’euros. Concrètement, une remise de 20 centimes par litre de carburant sera accordée aux professionnels du secteur le mois prochain. Ils devront en faire la demande via un guichet, mis en place dans les prochains jours, le dispositif n’étant pas automatique. Objectif, selon
Bercy : préserver la continuité du fret routier et lisser l’effet de la flambée des prix sur la trésorerie des transporteurs. Passer la publicité Au secours des pêcheurs et des agriculteurs Une aide de 5 millions d’euros sera par ailleurs dédiée aux pêcheurs, autres victimes collatérales du conflit au Moyen-Orient. Une enveloppe qui permettra aux professionnels du secteur halieutique d’obtenir un remboursement de 20 centimes par litre de carburant. La mesure est très attendue, alors que le prix du gazole maritime a augmenté de 80% en un mois. Là encore, le dispositif ne s’appliquera dans un premier temps que sur les factures du mois d’avril, et pourra être prolongé en fonction de la durée du conflit au Moyen-Orient. Pour les agriculteurs, enfin, le gouvernement activera cette fois un levier fiscal : le gazole non routier (GNR), un type de carburant utilisé notamment par les engins agricoles, sera exonéré de la totalité du droit d’accise, toujours sur le mois d’avril, pour un montant estimé à 14 millions d’euros. La suppression de cette taxe correspond à une baisse de 4 centimes par litre, selon le gouvernement, et permettra de «maintenir la compétitivité face aux concurrents européens». En parallèle, Paris compte demander, lors du Conseil européen du 30 mars, la suspension immédiate du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) sur les engrais, cette taxe qui s’applique aux produits importés très émetteurs de CO2. Maîtriser le déficit public Pas question, toutefois, de rouvrir grand les vannes de la dépense publique. Depuis
Bercy, où il s’est exprimé ce vendredi soir en compagnie d’une demi-douzaine de ministres, le ministre de l’Économie
Roland Lescure l’a répété : l’objectif est de «préserver la croissance tout en étant soucieux de chaque euro public dépensé». Le matin même, l’Insee publiait ses chiffres du déficit public français en 2025 : à 5,1% du produit intérieur brut, il s’avère moins élevé que prévu, le gouvernement tablant jusqu’ici sur 5,4%. Mais «quand on est à 5,1% de déficit, il n’y a pas de cagnotte», avait mis en garde le ministre dans la foulée, appelant à poursuivre l’effort de maîtrise des finances publiques «quoi qu’il arrive». Lundi, le gouvernement avait annoncé de premières mesures de soutien à la trésorerie des secteurs des transports, de la pêche et de l’agriculture, mais sans aide directe à la pompe. Parmi ces mesures, figuraient des reports de cotisations sociales et un «étalement des échéances fiscales» pour les entreprises qui le demandent, ainsi que des prêts par Bpifrance, la banque publique d’investissement. L’Association nationale des organisations de producteurs (Anop) et l’Union des armateurs à la pêche de France (UAPF) avaient toutefois dénoncé «des mesurettes» et réclamé des actes «à la hauteur de la situation». La nouvelle salve de mesures annoncées vendredi vient compléter ce dispositif, en attendant la fin du conflit au Moyen-Orient. Transport, pêche, agriculture... Le plan du gouvernement pour soutenir les secteurs touchés par la flambée des carburants S'ABONNER En Corse, le blocage des dépôts de carburant provoque un début de pénurie dans les stations-service Dans l’île, où les supermarchés ne vendent pas d’essence, les distributeurs indépendants protestent contre les prix plafonnés de TotalEnergies, qu’ils dénoncent comme de la concurrence déloyale. Guerre au Moyen-Orient : l’État s’en met-il vraiment «plein les poches» grâce à la flambée des carburants ? DÉCRYPTAGE - Pour le Rassemblement national, les finances publiques sont les grandes gagnantes de la hausse des prix à la pompe, du fait des taxes. Un raisonnement balayé par le gouvernement. Navires autorisés, impact sur le pétrole... Cinq questions pour tout comprendre à la réouverture partielle du détroit d’Ormuz annoncée par l’Iran DÉCRYPTAGE - L’Iran a annoncé mardi autoriser le passage de certains navires dans le détroit d’Ormuz, quasi paralysé depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Derrière ce signal de bonne volonté, les incertitudes restent nombreuses. Le Figaro fait le point en cinq questions. «Un nouveau choc pétrolier» : la crise provoquée par la guerre au Moyen-Orient est-elle comparable à celles de 1973 et 1979 ? Le ministre de l’Économie
Roland Lescure a évoqué mardi devant les députés «un nouveau choc pétrolier». La veille, le directeur de l’AIE avait averti que le monde pourrait connaître sa pire crise de l’énergie depuis des décennies, en raison notamment de la fermeture du détroit d’Ormuz. Maître du pétrole russe et éminence grise de Vladimir Poutine : comment Igor Setchine profite de la guerre en Iran DÉCRYPTAGE - À la tête du géant pétrolier Rosneft, ce proche de Poutine a la main sur le principal levier central de puissance et d’influence russe, tandis que le conflit en Iran permet à Moscou de refinancer son effort de guerre en Ukraine. « Tout le monde a été surpris » : quand Donald Trump perd le contrôle du pétrole, sa ressource fétiche DÉCRYPTAGE - Le choc créé sur les marchés mondiaux du pétrole semble avoir pris par surprise l’Administration américaine, qui multiplie les mesures d’urgence pour enrayer la hausse des cours, alors que le détroit d’Ormuz est toujours fermé. «Pékin les cache pour des raisons de sécurité nationale» : comment la Chine se constitue en secret d’immenses réserves de pétrole Ces stocks gigantesques permettent pour le moment à Pékin de traverser le conflit au Moyen-Orient avec plus de facilité que certains de ses voisins asiatiques, alors même que l’Empire du Milieu est le premier client du brut iranien. La guerre au Moyen-Orient menace l’industrie stratégique des semi-conducteurs de Taïwan DÉCRYPTAGE - L’île chinoise subit la flambée des prix du gaz et du pétrole. Elle redoute aussi les pénuries de soufre et d’hélium, vitaux pour la production des puces du géant TSMC. Le chaud et le froid de Trump sur l’Iran déboussole les marchés financiers au cours d’une folle journée DÉCRYPTAGE - La Bourse de Paris perdait 2 % à la mi-journée avant de rebondir dans le vert en réaction au revirement du président américain sur son ultimatum. Guerre au Moyen-Orient : pourquoi l’économie américaine n’est pas à l’abri d’un choc pétrolier DÉCRYPTAGE - L’espoir de la Maison-Blanche est que l’Iran cède à son ultimatum et rétablisse très vite la libre circulation dans le détroit d’Ormuz.