Emmanuel Grégoire, nouveau maire de
Paris, et
Anne Hidalgo, maire sortante, le soir du second tour des élections municipales, le 22 mars 2026. (BASTIEN ANDRE / AFP) Tombeur de
Rachida Dati, le socialiste doit être officiellement élu dimanche et son début de mandat devrait s'inscrire dans un style différent de celle dont il a été longtemps le premier adjoint. Pour les soutiens d'
Emmanuel Grégoire, les Vélib' empruntés pour le trajet victorieux jusqu'à l'hôtel de ville sont à peine reposés qu'une autre scène marquante se déroule sous leurs yeux, en cette soirée du dimanche 22 mars : une chaleureuse étreinte entre
Anne Hidalgo et le nouveau maire de
Paris, face à la foule massée devant l'estrade. Quelques minutes plus tard, l'élue socialiste a symboliquement transmis la clé de la capitale à son ancien premier adjoint, qui la remplacera officiellement dimanche, lors de la première réunion du nouveau Conseil de
Paris.🚲 Après son tour à Vélib',
Emmanuel Grégoire (PS) est accueilli chaleureusement devenant l'Hôtel de Ville à
Paris par la maire sortante,
Anne Hidalgo. pic.twitter.com/FChbAZ4R4g— franceinfo (@franceinfo) March 22, 2026 L'image est habituelle entre une élue sortante et son successeur du même bord politique. Mais dans le cas précis de
Paris, elle n'a rien de familier, au regard du passif entre les deux responsables, jadis proches, avant leur rupture politique. En 2024, en pleines tensions avec la maire de
Paris,
Emmanuel Grégoire quitte son poste de premier adjoint après six ans de services, pour siéger à l'
Assemblée nationale à l'issue des élections législatives provoquées par la dissolution. Un an plus tard, elle soutient
Rémi Féraud face à
Emmanuel Grégoire dans la primaire interne du PS en vue des municipales. Et se refuse à soutenir officiellement le candidat socialiste jusqu'au 20 janvier.Depuis son émancipation jusqu'à sa victoire finale contre
Rachida Dati, le nouveau maire de
Paris n'a cessé d'insister sur ses divergences avec celle qu'il a accompagnée dès le début de son premier mandat de maire, en 2014, en tant qu'adjoint chargé des ressources humaines, des services publics et de la modernisation de l'administration. "Lui c'est lui, moi c'est moi", disait le Premier ministre
Laurent Fabius à propos de
François Mitterrand en 1984, et
Emmanuel Grégoire aurait pu dire la même chose quatre décennies plus tard.Il l'a presque formulé ainsi, début février, dans
Le Monde : "J'assume une rupture de méthode", expliquait-il au quotidien, qui l'interrogeait sur ses différences avec la maire sortante. La première divergence présentée par celui qui était alors candidat tient d'ailleurs au style. "Cela porte sur la disponibilité, la proximité, l'écoute permanente, le fait de savoir se remettre en question... et je m'y engage pleinement. Cela me semble élémentaire et nécessaire dans la gouvernance publique", insistait-il, comme pour souligner les manques des deux mandats successifs de l'élue socialiste."
Emmanuel Grégoire est davantage dans la proximité que ne l'était
Anne Hidalgo", tranche un élu écologiste."Il est d'un accès très facile, avec une grande capacité à dialoguer et à rassembler. Je suis assez optimiste de ce point de vue-là."Eva Sas, députée écologiste à franceinfoEn creux, c'est le style d'
Anne Hidalgo qui est critiqué. "Lui, il sait aussi ce que c'est de travailler auprès d'un élu, y compris les travers. Certes,
Anne Hidalgo a été collaboratrice de Martine Aubry, mais elle a peu de recul sur sa pratique managériale", jugée "cassante", cingle un parlementaire socialiste.Si
Emmanuel Grégoire assume de ne pas se placer dans la continuité d'
Anne Hidalgo, le candidat victorieux à
Paris se montre beaucoup plus proche de Bertrand Delanoë, maire de 2001 à 2014, dont il fut le chef de cabinet. Les deux hommes se sont affichés ensemble lors de plusieurs déambulations durant la campagne, notamment dans les dernières semaines, les plus cruciales. En matière de programme, il a aussi promis d'organiser des comptes rendus de mandat par arrondissement, comme le faisait l'ancien maire tous les ans. La "rupture" prônée avec les années Hidalgo est moins sensible lorsqu'on se penche sur les mesures défendues par
Emmanuel Grégoire. Ecologie, inclusion, logement... "Sur le fond, j'ai des convergences très fortes avec
Anne Hidalgo en termes de vision pour la capitale et je suis très fier des projets qui ont été menés", avançait-il dans
Le Monde. Il existe malgré tout quelques divergences. Lors de la campagne, le candidat socialiste avait par exemple jugé "essentiel de diminuer les dépenses de fonctionnement" en réduisant "de moitié" les enveloppes de déplacement, alors qu'une polémique sur les notes de frais avait éclaboussé le second mandat d'
Anne Hidalgo.Sur un gros dossier du nouveau mandat, le sort du Parc des Princes, les positions sont là aussi différentes. Contrairement à
Anne Hidalgo,
Emmanuel Grégoire est prêt à vendre le stade au
Paris Saint-Germain, afin que le club possédé par le Qatar reste implanté dans la capitale. Dans le même temps, il a posé certaines conditions, énumérées dans L'Equipe, et situe le prix de vente souhaité entre "zéro et un milliard" d'euros, a-t-il déclaré au site Canal-Supporters.com.Outre cette question à la fois sportive, économique et diplomatique,
Emmanuel Grégoire devra traiter un sujet qui n'a cessé de perturber sa campagne : les affaires de violence sexuelles dans le milieu périscolaire, que le centre et la droite ont imputées à la gestion socialiste de la ville."Il faut montrer qu'il a la capacité à changer ce qui doit l'être, même si c'est une affaire très compliquée."Un élu écologiste parisienà franceinfoEt d'ajouter : "Si on se met à relativiser ça, on a tendance à dire que ce n'est pas un problème. Or c'est un problème." Le socialiste a expliqué pendant la campagne que ce sujet serait "le premier dossier" dont il se saisirait une fois installé. Dans une interview au Parisien publiée vendredi, il assure qu'il recevra "dès la semaine prochaine" les associations de parents d'élèves "pour un premier échange".Enfin, qu'en est-il des personnes avec qui
Emmanuel Grégoire va diriger la capitale et ses 2,1 millions d'habitants ? De nombreux cadres de la gauche sont présents dans les premières positions de la liste, comme le communiste Ian Brossat, les écologistes Anne-Claire Boux et David Belliard ou la socialiste Lamia El Aaraje, proche d'
Anne Hidalgo. De nombreux maires d'arrondissement de la mandature précédente font à nouveau partie de l'équipe victorieuse, comme Ariel Weil (
Paris Centre), Alexandra Cordebard (10e arrondissement), Jérôme Coumet (13e), Eric Lejoindre (18e) ou Eric Pliez (20e).De nouveaux visages apparaissent cependant dans l'équipe municipale, au premier rang desquels Lucie Castets, ex-candidate du Nouveau Front populaire pour Matignon, qui devrait devenir maire du 12e arrondissement. Ses relations avec
Anne Hidalgo étaient très bonnes, avant de se détériorer brutalement lorsqu'elle a été évincée à la rentrée 2024 de l'hôtel de ville, où elle était directrice chargée des finances et des achats. La voilà de retour aux affaires, dans un arrondissement dévolu aux Ecologistes, qui comptent bien profiter de leur poids croissant au Conseil de
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