Un employé range des caisses de tomates dans un entrepôt du marché aux légumes à
Mexico, le 15 juillet 2025. - Photo par CRISTOPHER ROGEL BLANQUET / GETTY IMAGES SOUTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFPAvec près 2.200 heures par an et par personne, le Mexique est le pays de l'OCDE dont les habitants travaillent le plus. Une loi vient d'être adoptée pour progressivement réduire le temps de travail hebdomadaire de 48 heures à 40 heures en 2030.Le quotidien des salariés mexicains est harassant. Ils travaillent 48 heures par semaine. Et durant leur unique jour de repos, une fois les courses et les tâches ménagères réalisées, il ne reste plus beaucoup de temps, ni pour le repos, ni pour les loisirs, ni même pour passer un moment en famille.C'est la raison pour laquelle une loi a été adoptée par le Parlement fin février, pour passer progressivement de 48 à 40 heures hebdomadaires, sans perte de salaire. Le temps de travail diminuera de deux heures par an, passant ainsi à 46 heures en 2027, 44 heures en 2028, 42 heures 2029, pour arriver à 40 heures en 2030.Le Mexique est actuellement le pays de l'OCDE qui travaille le plus, avec près de 2.200 heures travaillées par an et par salarié, contre un peu plus de 1.700 pour la moyenne des pays de l'OCDE et de 1.500 en
France. Un nombre considérable d'heures travaillées... pour le salaire moyen le plus faible (environ 20.000 dollars par an, contre 61.000 dollars pour la moyenne des pays de l'OCDE en parité de pouvoir d'achat).Cette réforme, portée par la présidente
Claudia Sheinbaum, s'inscrit dans la lignée de son prédécesseur
Andres Manuel Lopez Obrador qui avait triplé le salaire minimum – de 4 à 14 dollars par jour. Il avait aussi doubler le nombre de congés payés, le Mexique était jusqu'en 2024 l'un des pays avoir le moins de congés au monde (6 jours par an, le minimum étant maintenant de 12 jours). Au cours de son mandat entre 2018 et 2024, 13 millions de personnes sont sorties de la pauvreté.55% des travailleurs sont dans le secteur informelSi cette nouvelle loi sur les 40 heures permettra d'alléger un peu le labeur des travailleurs déclarés, un écueil persiste. "Ce n’est qu’une demi-justice car au Mexique, 55% des travailleurs sont dans le secteur informel, ce qui signifie que cette réforme ne profitera pas à plus de la moitié des travailleurs mexicains", a regretté
Marko Cortés, membre du Parti d'action nationale (conservateur), des propos relayés par le journal mexicain
El Universal.D'autre opposants critiquent le fait que la nouvelle législation ne sanctuarise pas un minimum de deux jours de repos par semaine et permette jusqu'à 16 heures supplémentaires (payées double ou triple), ce qui laisse la possibilité d'une semaine de travail à 56 heures.Nous voulons "non pas un, mais deux jours de repos", a déclaré Clemente Castañeda, coordinateur du Movimiento Ciudadano (parti de centre gauche). "Car un seul jour de repos ne suffit pas pour que les gens puissent faire leurs courses, faire le ménage, prendre soin de leurs proches, passer du temps en famille et récupérer physiquement et mentalement pour reprendre le travail."Une opportunité pour augmenter la productivitéDu côté des entreprises, certaines craintes ont été exprimées, notamment celle de voir le coût du travail augmenter. Une analyse de l'Ipade Business School relayée par le média Milenio prévoit que la réforme pourrait se traduire par une hausse de 10 à 25% des coûts de masse salariale.Mais cette réduction du temps de travail aurait aussi des avantages pour l'économie mexicaine, qui souffre d'un problème de productivité."Le Mexique figure actuellement parmi les pays de l'OCDE où la durée du travail est la plus longue, mais les niveaux de productivité restent relativement faibles. Cela suggère que travailler plus longtemps ne se traduit pas nécessairement par de meilleures performances économiques", explique-t-il Stefano Scarpetta, directeur de l'emploi, du travail et des affaires sociales à l'OCDE, à BBC Mundo.Du fait de la fatigue générée, travailler plus longtemps ne signifie pas forcément plus de production. "La réduction du temps de travail ne doit pas être analysée uniquement comme une concession sociale, mais comme une opportunité de repenser la productivité, l'efficacité et la durabilité du travail dans les entreprises", estime Alejandro Vázquez Ríos, professeur à l'Ipade.L'étude de l’Ipade recommande ainsi aux entreprises d’anticiper et de transformer leur gestion de la performance en passant d’un modèle fondé sur la présence physique à un modèle axé sur les résultats et la productivité horaire. Pour les auteurs, agmenter la productivité individuelle peut passer par l'automatisation et à la numérisation des processus répétitifs, la standardisation des tâches ou encore la réduction de la bureaucratie.