L'
Anatoly Kolodkin, un tanker russe chargé de 730.000 tonnes de pétrole brut, devrait accoster mardi à
Cuba. L'île communiste est en proie à une sévère crise énergétique à cause d'un blocus imposé par Washington.Un pétrolier russe sous sanctions doit arriver mardi à
Cuba, défiant ainsi un blocus imposé par les Etats-Unis sur l'approvisionnement en carburant de l'île communiste, confrontée à de sévères pénuries d'énergie. L'
Anatoly Kolodkin, qui transporte 730.000 barils de brut, a dépassé la pointe est de
Cuba et remonte dimanche soir sa côte nord en direction du port de
Matanzas, au nord-ouest de l'île, selon le site spécialisé
MarineTraffic. Il navigue à une vitesse d'environ 13 noeuds (24 km/h).Son arrivée à
Matanzas avait précédemment été estimée pour lundi, avant d'être réévaluée à mardi par cette plateforme spécialisée. Peuplée de près de 10 millions d'habitants,
Cuba n'a plus importé de pétrole depuis le 9 janvier, date de la dernière livraison par le Mexique avant que ce pays ne cesse ses envois de carburants sous la pression de la Maison Blanche.L'
Anatoly Kolodkin longe les côtes cubaines à 6h00 ce lundi 30 mars 2026. © Marine TrafficJorge Piñón, expert du secteur énergétique cubain à l'université américaine d'Austin, au Texas, s'est dit surpris que les Etats-Unis n'aient pas tenté d'intercepter le pétrolier russe. Une fois que le navire entré dans les eaux cubaines, "il sera presque impossible pour le gouvernement américain de l'arrêter", a-t-il souligné."Si un pays souhaite envoyer du pétrole à
Cuba dès maintenant, cela ne me pose aucun problème, qu'il s'agisse de la Russie ou non", a déclaré dimanche le président américain
Donald Trump."Ça n'aura aucun impact.
Cuba est finie (...), qu'ils reçoivent ou non une cargaison de pétrole, ça n'aura aucune importance." Le
New York Times avait précédemment rapporté que les garde-côtes américaines autorisaient le pétrolier à rejoindre l'île, citant un responsable américain anonyme. Le 19 mars, le gouvernement américain, qui a récemment assoupli ses sanctions contre le pétrole russe, avait précisé que ces hydrocarbures ne pouvaient toujours pas être livrés à
Cuba, ni à la Corée du Nord.Une dizaine de jours de consommation de gazoleLe
Sea Horse, un pétrolier battant pavillon hongkongais qui avait précédemment été signalé comme transportant du gazole russe vers
Cuba, a de son côté pénétré dans les eaux vénézuéliennes, selon les données de la société Kpler.
Cuba a perdu son principal allié régional et fournisseur de pétrole en janvier, lorsque les forces américaines ont capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro. Caracas était devenu le principal fournisseur de carburant de
Cuba ces 25 dernières années. Les Cubains subissent des coupures d'électricité régulières pouvant durer plus de 20 heures. Le pays a subi au moins sept coupures de courant nationales depuis le début de 2024, dont deux en mars 2026.Annalisa Cappellini : Le pétrole de Poutine sauvera-t-il
Cuba ? - 19/033:18Le président cubain Miguel Diaz-Canel a imposé diverses mesures pour économiser le carburant, dont un strict rationnement. Les prix des carburants se sont envolés, les transports publics ont été drastiquement réduits et certaines compagnies aériennes ont suspendu leurs vols à destination de
Cuba. Le 20 mars, le Kremlin avait affirmé discuter avec
Cuba, pays allié de Moscou, des moyens d'aider l'île, se refusant néanmoins à commenter des informations sur une livraison secrète de gazole d'origine russe. Moscou et La Havane, qui collaborent étroitement depuis la période soviétique, ont renforcé leurs liens depuis que la Russie a lancé son offensive à grande échelle contre l'Ukraine en 2022.Une fois la cargaison de l'
Anatoly Kolodkin arrivée à
Cuba, il faudra entre 15 et 20 jours pour traiter le pétrole, puis encore 5 à 10 jours pour distribuer ses produits raffinés, a indiqué
Jorge Piñón."Le besoin urgent aujourd'hui à
Cuba, c'est le gazole", a déclaré cet ancien cadre du secteur pétrolier.La cargaison russe pourrait être transformée en 250.000 barils de gazole, une quantité suffisante pour couvrir la demande du pays pendant environ 12 jours et demi, selon l'expert. Le gouvernement devra ensuite décider s'il destine ce carburant aux groupes électrogènes de secours ou aux autobus, tracteurs et trains nécessaires pour maintenir l'économie en marche pendant deux semaines. L'
Anatoly Kolodkin, qui fait l'objet de sanctions américaines, avait chargé du pétrole dans le port russe de Primorsk le 8 mars. Il avait été escorté par un navire de la Marine russe à travers la Manche. Les deux navires se sont séparés une fois que le pétrolier est entré dans l'océan Atlantique, selon la Marine britannique.