BFM-EconomiePublié aujourd'hui à 11h29 Lire dans l'appSelon la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale de New York, les droits de douane américains sont largement payés par les entreprises et consommateurs américains (jusqu’à 90% du coût), tout en réduisant les volumes d’échanges et en pesant indirectement aussi sur les exportateurs étrangers.Les consommateurs et importateurs américains supportent la grande majorité du coût financier des droits de douane, mais les volumes d’échanges en pâtissent également, ce qui entraîne aussi un choc négatif pour les exportateurs, selon un article du Bulletin économique de la Banque centrale européenne (BCE) publié lundi.Les États-Unis ont imposé une série de droits de douane à la plupart de leurs partenaires commerciaux l’an dernier, et les économistes débattent de qui en supporte le plus lourd impact, après que l’administration Trump a affirmé que ce seraient les exportateurs qui en paieraient le prix.Or, contrairement à l’objectif affiché des politiques protectionnistes, les droits de douane imposés par les États-Unis pèsent très majoritairement sur leur propre économie. L’étude souligne la complexité de mesurer cet impact, en raison des ajustements tout au long de la chaîne de valeur - des exportateurs aux consommateurs finaux - ainsi que des effets liés aux taux de change, aux stratégies de stockage ou encore au détournement des flux commerciaux. Mais les auteurs en sont arrivés à cette conclusion:"Les exportateurs vers les États-Unis n’absorbent qu’une faible part des coûts supplémentaires liés aux droits de douane, indique l’étude de la BCE. Ces coûts retombent principalement sur les importateurs et les consommateurs nationaux."La BCE montre que les entreprises européennes ne supportent qu’environ 5% du coût. Le coefficient de répercussion moyen est estimé à 0,95: autrement dit, une hausse de 10% des droits de douane entraîne une augmentation de 9,5% des prix finaux aux Etats-Unis. Cela signifie que la quasi-totalité de la hausse est transmise aux acheteurs américains. Qu'il s'agisse des entreprises ou du consommateur.Les consommateurs américains en supportent déjà environ un tiers, selon la BCE. Les entreprises américaines en absorbent une part importante également, et pourraient à terme en supporter jusqu’à 40%. Si les hausses tarifaires se prolongent, la part supportée par les consommateurs pourrait dépasser 50%, les entreprises atteignant leurs limites en matière d’absorption des coûts.La Fed de New York arrive à la même conclusionMais les exportateurs européens ne sont pas épargnés non plus, car l’impact estimé des droits de douane sur les volumes d’importation est important, prévoit la BCE. L’étude indique que, pour les catégories de produits toujours soumises à des droits de douane, une hausse de 10% des taxes entraînerait une baisse de 4,3% des volumes d’importation.Les effets varient selon les partenaires commerciaux, notamment la Chine, le Canada, le Mexique et l’Union européenne, mais sans différences majeures dans la transmission des prix. En revanche, les ajustements sectoriels sont plus marqués. Dans l’automobile, par exemple, les droits de douane ont entraîné un net redéploiement des échanges: les importations en provenance du Canada et du Mexique ont fortement augmenté, tandis que celles issues de l’UE et du Japon ont reculé, à la fois en volume et en valeur unitaire.Le constat d'une facture payée par les Américains est confirmé par une étude de la Réserve fédérale de New York, qui chiffre encore plus précisément le fardeau supporté par l’économie américaine. En 2025, entreprises et consommateurs américains ont assumé près de 90% du coût des droits de douane, avec un pic à 94% entre janvier et août, puis 92% en septembre-octobre et encore 86% en novembre.Si cette politique a généré des recettes fiscales importantes de 124 milliards de dollars depuis octobre (une hausse de 304% sur un an), elle a aussi nourri les anticipations inflationnistes: dès mars, 60% des Américains s’attendaient à une hausse des prix. Pour l’instant limitée (inflation à 2,7 % en décembre), cette pression pourrait s’accentuer en 2026 à mesure que les stocks constitués avant les hausses tarifaires s’épuisent.Ainsi, loin de pénaliser principalement les partenaires commerciaux des États-Unis, les droits de douane apparaissent comme une taxe domestique déguisée. En renchérissant les prix et en réduisant les volumes d’échanges, ils pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages américains et sur la compétitivité de leurs entreprises.