Aucun accord n'a été trouvé entre les 166 pays membres de l'Organisation mondiale du commerce, réunis à Yaoundé pour une conférence ministérielle. Paralysée par les rivalités entre grandes puissances, l'institution est sévèrement critiquée par les États-Unis tandis que la Chine avance discrètement ses pions.C'est un nouvel échec pour l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Aucun accord n'a été conclu sur les trois grands dossiers de la conférence ministérielle de cette organisation internationale regroupant 166 pays, qui s'est achevée lundi 30 mars à Yaoundé (Cameroun). "C'est un revers majeur pour le commerce mondial", a déploré
Peter Kyle, le secrétaire d’État britannique au Commerce et aux Entreprises, dans un communiqué. La réunion a pris fin "dans le chaos et la confusion, avec une prise de décision reportée à Genève sine die", résume la coalition d'ONG "
Our World Is Not for Sale", venue à Yaoundé.Les pays membres ont échoué à s'accorder sur la réforme de l'organisation et sur l'agriculture. De plus, un moratoire des droits de douane sur les échanges numériques dématérialisés a expiré, faute d'accord. Depuis près de trois décennies, chaque conférence ministérielle de l'OMC, organisée tous les deux ans, avait reconduit ce moratoire sans interruption. Sa fin n'entraîne pas automatiquement de nouveaux droits de douane, mais constitue un revers important pour les pays développés, et pour les États-Unis en particulier.Ces derniers tirent à boulets rouges sur l'OMC."J'ai toujours été sceptique quant à l'utilité de l'OMC, et la conférence de cette semaine a confirmé que cette organisation ne jouera qu'un rôle limité dans les futurs efforts en matière de politique commerciale mondiale", a déclaré
Jamieson Greer, le représentant américain au Commerce, dans un communiqué."Les États-Unis sont arrivés avec des lignes rouges bien définies (...) sans apparemment chercher le moindre compromis", observe
Peter Ungphakorn, ancien porte-parole à l'OMC et fin connaisseur de ses arcanes.La Chine avanceGrippée par la règle du consensus et presque privée de son bras judiciaire, l'OMC est fragilisée, paralysée en partie par des blocages entre grandes puissances et des règles contestées face aux nouvelles réalités du commerce mondial."Le système doit s'aligner sur la nouvelle réalité: les 166 membres de l'OMC ne veulent plus la même chose", ajoute
Hamid Mamdouh, ancien haut fonctionnaire de l'organisation.C'est "un échec politique parce que les ministres du Commerce n'ont pas su aborder les véritables enjeux commerciaux du moment, notamment dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes et de 'weaponisation' du commerce", indiqué Elvire Fabry, directrice du programme Commerce et sécurité économique à l'Institut Jacques Delors.Pour de nombreux observateurs, la conférence à Yaoundé illustre les blocages politiques entre grandes puissances commerciales. Elle "a reflété la situation du commerce international, marquée par une mise sous tension très forte de la part des États-Unis, tandis que la Chine avance ses pions de façon moins visible mais très puissante, et que les autres pays sont sur la défensive pour essayer de préserver leurs intérêts", a indiqué Sébastien Jean, professeur au Cnam et directeur associé à l'Ifri."Le contraste est frappant avec la Chine, qui a pu éviter de se retrouver au centre des débats à propos de ses excédents commerciaux et de ses subventions industrielles, tout en menant une diplomatie commerciale auprès des pays africains, célébrant dans une conférence parallèle (à Yaoundé) ses investissements sur le continent", fait-il valoir. Les missions de routine de l'OMC - notifications des subventions, mise en oeuvre des accords techniques... - continuent toutefois de fonctionner. Et plus de 70% du commerce mondial continue de s'effectuer sur la base des règles de l'OMC.Mathieu Jolivet face à Jean-Marc Daniel : Climat, OMC, la Chine, vrai bon élève ? - 25/096:15