BFM-EconomiePublié aujourd'hui à 10h11 Lire dans l'appEmmanuel Macron affirme que les paiements sont un enjeu clé de souveraineté et soutient le développement de solutions européennes comme
European Payments Initiative et
Wero pour réduire la dépendance de l’
Europe à
Visa et
Mastercard.Le président
Emmanuel Macron a déclaré mardi que les moyens de paiement représentaient "une part essentielle de notre souveraineté", dans une vidéo diffusée lors du sommet de la solution française de paiement
Carte Bancaire, concurrente des géants américains
Visa et
Mastercard. Pour le président, "renoncer à maîtriser les paiements, ce serait accepter que le coeur de notre transaction dépende d'acteurs qui ne sont pas forcément alignés avec nous, qui n'ont pas forcément les mêmes intérêts", a-t-il expliqué."Nous devons construire un modèle de paiement souverain, a proposé le chef de l'Etat.
Wero bâtit des solutions européennes."Développé dans le cadre de l’initiative EPI (
European Payments Initiative),
Wero propose un système de paiement instantané entre particuliers et, à terme, chez les commerçants, directement depuis les comptes bancaires européens. L’idée est de concurrencer des solutions comme
PayPal ou
Apple Pay tout en gardant les flux financiers et les données en
Europe.Les moyens de paiement en
Europe sont aujourd’hui au cœur d’un enjeu stratégique mêlant économie, souveraineté et technologie. En
France, la plupart des cartes bancaires sont co-badgées avec Cartes Bancaires et les réseaux internationaux
Visa ou
Mastercard, comme l'expliquait la députée européenne
Aurore Lalucq en janvier dernier.Ce double système permet de traiter les paiements domestiques via une infrastructure française, tout en conservant une compatibilité internationale. Cependant, la progression des cartes uniquement
Visa ou
Mastercard, notamment via les néobanques, renforce la dépendance de l’
Europe à des acteurs étrangers.Avec 77 millions de cartes en circulation, CB est archidominant en
France, mais est en perte de vitesse ces dernières années face aux géants américains
Visa et
Mastercard, et également face à l'explosion du nombre de paiements par téléphone mobile.Le modèle du groupement d'intérêt économique (GIE)
Carte Bancaire, créé en 1984 et "unique en
Europe", "représente 80% de transactions dans notre pays", a rappelé
Emmanuel Macron."Le dernier kilomètre de la souveraineté"Le chef de l'Etat a appelé tous les acteurs financiers nationaux et européens "avoir recours" à ce modèle ouvert qui permet la collaboration avec d'autres, "ce qu'on appelle le cobadging en bon français".Le GIE CB, qui définit les modalités de fonctionnement des paiements par carte CB, avait demandé à ses membres en 2025 d'abandonner leurs partenariats exclusifs avec les géants américains
Visa et
Mastercard.La plupart des banques commercialisent des cartes dites "cobadgées",
Visa et CB ou
Mastercard et CB, permettant le paiement par l'un ou l'autre des canaux, au choix du commerçant et du détenteur.Mais certains des membres du GIE commercialisent des cartes "
Visa only" (uniquement
Visa) érodant depuis quelques années la part de marché du GIE.Or, le paiement est "le dernier kilomètre de la souveraineté économique", et le maîtriser "c'est maîtriser la sécurité de nos échanges, la continuité de notre économie, notre capacité à décider par nous-mêmes et donc notre indépendance", a insisté le président Macron."Airbus des paiements"Cette dépendance a un coût économique. À chaque transaction effectuée via
Visa ou
Mastercard, une partie des frais payés par les commerçants quitte l’
Europe pour être captée par ces entreprises américaines. Même si ces frais semblent faibles individuellement, ils représentent au total plusieurs milliards d’euros chaque année. À l’inverse, lorsque les paiements passent par le réseau Cartes Bancaires, les commissions restent majoritairement dans l’économie européenne, ce qui soutient les acteurs locaux et limite les fuites financières.Au-delà de l’aspect financier, la question est aussi politique et stratégique. Les réseaux comme
Visa et
Mastercard sont soumis au droit américain, ce qui signifie qu’ils peuvent être influencés par des décisions politiques extérieures à l’
Europe. Dans un contexte de tensions géopolitiques, cela pose un risque potentiel de dépendance, voire de blocage des paiements.Face à ces enjeux, l’Union européenne cherche depuis plusieurs années à développer une alternative crédible, à travers des projets comme l’initiative EPI (
European Payments Initiative). L’objectif est de créer un véritable réseau paneuropéen, parfois comparé à un "Airbus des paiements", capable de rivaliser avec les géants américains. Toutefois, ce projet se heurte à des difficultés importantes: manque de coordination entre banques, coûts élevés, rentabilité incertaine et lenteur des décisions politiques. Malgré ces obstacles, la construction d’une souveraineté européenne dans les paiements reste un enjeu majeur pour l’avenir économique du continent.