Un ressortissant mexicain est décédé dans un centre de détention de la police de l’immigration aux États-Unis. En réaction, le Mexique a annoncé qu’il allait se joindre à une plainte déposée en janvier concernant les conditions de détention dans cette prison. Publié le : 31/03/2026 - 21:24 4 min Temps de lecture Une photo d'une clôture du centre de détention pour migrants d'Adelanto en Californie, aux États-Unis, le mercredi 28 août 2019. © Chris Carlson / AP Il est le mort de trop pour
Mexico.
José Guadalupe Ramos Solano est le quatrième ressortissant mexicain décédé au centre de détention californien d’Adelanto. Son décès a été confirmé lundi 30 mars par l’ICE, la police de l’immigration dont les méthodes sont l’objet de toutes les critiques depuis la mort de Renée Good et d’Alex Pretti en janvier dernier à Minneapolis.
José Guadalupe Ramos Solano a été retrouvé « inconscient et sans réaction », a rapporté l’agence dans un avis de décès publié en ligne. Des « opérations de réanimation » ont été prodiguées, avant qu'il ne soit transféré dans un hôpital à
Victorville, « où son décès a été constaté » le 25 mars. L’ICE indique que l’homme de 52 ans avait été condamné en août 2025 pour « possession de stupéfiants et vol ». En réaction, la présidente mexicaine
Claudia Sheinbaum a promis des « mesures de protestation ». Le Mexique « épuisera toutes les voies légales, diplomatiques et multilatérales pour demander justice », a ensuite assuré lors d'une conférence de presse à Los Angeles la directrice de la protection consulaire du Mexique,
Vanessa Calva Ruiz. Le pays se joindra en tant qu'amicus curiae, une position juridique permettant d'apporter des informations lors d'un procès sans en être partie, à une plainte déposée le 26 janvier devant un tribunal californien par quatre personnes détenues à Adelanto avec le soutien de plusieurs ONG. Elles y évoquent notamment un manque d’accès aux soins. Des décès en augmentation Le décès de
José Guadalupe Ramos Solano porte à quatorze le nombre de ressortissants mexicains morts pendant leur interpellation ou leur détention par l’ICE depuis le retour de
Donald Trump à la Maison Blanche. Au total, 47 personnes de diverses nationalités sont ainsi décédées entre les mains de la police de l’immigration depuis janvier 2025. Elles ont été 33 l’année dernière. Il s’agissait du chiffre le plus élevé depuis la création de l’agence en 2004. Des décès qui s’accélèrent cette année. « Cela s’explique par une volonté politique qui est celle du rejet, de l’expulsion et de la peur », estime Diane Fogelman, chargée de plaidoyer sur les enjeux de migration pour Amnesty France. Une politique qui se traduit par une campagne d’expulsions massives accompagnée de violences et menée au détriment des libertés individuelles. « On a nommé des responsables de la sécurité intérieure qui acceptent de mener une politique d’intimidation et de terreur, qui acceptent d’envoyer dans les rues des agents mal formés qui n’ont jamais appris le moindre règlement, qui cherchent à arrêter le maximum d’immigrés alors qu’on prétend officiellement ne traquer que les vrais criminels », dénonce ainsi James Cohen, spécialiste de la politique américaine et membre du Parti démocrate. Se pose aussi la question des conditions de détention, car la grande majorité de ces décès ont eu lieu au sein des quelque 200 établissements de l’ICE. Des lieux où les pratiques s’apparentent parfois à de la torture, comme Amnesty International l’a récemment documenté dans les centres de Krome et d’Alligator Alcatraz. « Ce sont par exemple des personnes enfermées plusieurs heures dans des cages de 60 cm sur 60, les mains et les pieds ligotés », rapporte Diane Fogelman. À lire aussiÉtats-Unis: mort en détention d'un Mexicain arrêté par l'ICE,
Mexico exige une enquête «approfondie» Des élus interdits d’accès L’ONG a également documenté dans ces deux sites « l’absence totale d’intimité », l’absence ou le manque d’accès aux soins, des cellules éclairées en continu et des personnes détenues au secret. « Les familles n’ont pas connaissance des lieux où sont détenus leurs proches et n’ont pas la possibilité de faire intervenir un avocat », pointe Diane Fogelman. « Même les élus qui sont censés surveiller ces centres de détention sont empêchés d’y entrer », dénonce James Cohen. Des pratiques dont Amnesty redoute la généralisation alors que de nouveaux centres de détention et de rétention sont annoncés. En attendant, la multiplication des arrestations accentue la pression sur ceux déjà existants. Selon le New York Times, le nombre d’immigrés détenus par l’ICE a quasiment doublé lors des quatorze derniers mois. Le ministère de la Sécurité intérieure affirme de son côté que ces détenus reçoivent des soins adéquats, tout comme les grandes entreprises privées telles que CoreCivic et GEO qui exploitent de nombreux centres de détention. Mais cette politique anti-migrants pourrait bien ne plus être une recette gagnante pour
Donald Trump. À sept mois des élections de mi-mandat, la vague de protestation qu’elle a déclenchée l’a déjà conduit à limoger sa ministre de la Sécurité intérieure Kristi Noem. Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail