Ce mardi 31 mars, de nombreux enseignants de primaire, de collèges et de lycées ne se sont pas rendus dans leurs écoles. Une journée de grève pour s'opposer aux 4 000 suppressions de postes prévues par le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, à la rentrée prochaine. Publié le : 31/03/2026 - 23:11 4 min Temps de lecture Les enseignants s'opposent aux 4000 suppressions de postes prévues par le ministre de l'Éducation Édouard Geffray à la rentrée prochaine. Ici, le cortège à
Paris le 31 mars 2026. AFP - THOMAS SAMSON Moins d'élèves, mais pas moins de moyens : les enseignants étaient en grève ce mardi contre les suppressions de postes, les fermetures de classes et pour la revalorisation des salaires, mots d'ordre qui ont rassemblé plusieurs milliers de personnes en
France. Les enseignants pointent du doigt des choix budgétaires « court-termistes » aggravant la dégradation d'un service public d'éducation déjà « exsangue ». Avec des manifestations dans plusieurs villes, ce mardi était voulu comme le temps fort d'une semaine d'actions. Au total, 4 000 suppressions de postes d'enseignants, public et privé confondus, sont attendues pour la rentrée 2026, dont 1 891 dans le premier degré public et 1 365 dans le second degré. Le ministère justifie ces choix par la chute démographique. Interrogé à l'
Assemblée nationale, le ministre Édouard Geffray a affirmé préparer un « atterrissage en douceur pour baisser progressivement le nombre d'élèves par classe » et éviter une « crise de recrutement » de professeurs « à l'horizon sept ou huit ans ». Cet argument ne tient pas pour
Sophie Vénétitay, du Syndicat national des enseignements de second degré (SNES-FSU) : « Entre 2018 et 2023 dans les collèges et les lycées, nous avons accueilli un peu plus de 8 000 élèves supplémentaires et le ministère a supprimé près de 8 000 emplois dans le même temps. Donc quand nous avons des élèves supplémentaires, le ministère supprime des emplois et quand nous en avons moins, il en supprime aussi. Le ministère supprime des emplois et ça n’est pas acceptable au regard de l’état des collèges et des lycées. » Le gouvernement « est en train de massacrer l'école publique » Dans la manifestation organisée à
Paris, pancarte sur le dos,
Céline et quatre de ses collègues d'une école parisienne ne sont pas dans leur classe. Elles sont venues manifester pour une raison bien précise : « Une fermeture de classe qui va forcément faire remonter les effectifs. On nous demande de toujours faire plus, avec toujours moins, et on ne peut pas aller chercher la Lune si on n'a pas les moyens de le faire. » L'annonce des suppressions de postes feront automatiquement gonfler la taille des classes, une nouvelle inquiétante pour Philippe, dont la classe déborde déjà : « On se retrouve avec des classes surchargées. Là, dans mon lycée, dans les Hauts-de-Seine, on a des classes à 36. C'est très difficile de tous les suivre et de faire bien notre travail. Ce qui fait que c'est une souffrance pour les personnels, c'est difficile pour les élèves et c'est anormal pour le service public. » Anormal, c'est ce que pense aussi Françoise, enseignante en maternelle, baguette magique à la main dans le cortège : « Il faut être magicien. Malheureusement, nous ne le sommes pas. Et le gouvernement ne comprend pas qu'il est en train de massacrer l'école publique. À quel profit ? On ne sait pas, mais en tout cas pas au profit des enfants. » À Marseille, où la mobilisation est importante, ils sont un millier d'enseignants, de parents, mais aussi de lycéens venus manifester, rapporte notre correspondante à Marseille, Sophie Bourlet. Parmi eux, Franck Nef, syndicaliste Force ouvrière : « Dans les Bouches-du-Rhône, le directeur académique a décidé 152 fermetures pour 80 ouvertures de classes. On ne va pas lâcher. On va chercher l'ensemble de nos postes pour nos conditions de travail, en tant qu'enseignant, mais aussi pour les conditions d'apprentissage de ces élèves. » Les lycéens sont nombreux avec dans leurs mains des pancartes « Éducation sacrifiée, génération oubliée ». Thomas est l'un d'eux, il est élève en classe de première : « Ça fait trois semaines qu'on se mobilise là, dans nos lycées, on bloque. On vient se mobiliser pour les coupes budgétaires, le gel Lecornu, la suppression des postes. On a des classes qui ferment, on a des heures en moins, des options qui vont être supprimées. Donc, on trouve ça inacceptable et on vient réclamer notre argent pour l'école. » La guerre est également omniprésente dans les slogans. Les manifestants reprochent au gouvernement de flécher le budget vers les conflits plutôt que l'éducation. Une offre éducative moins large et une hausse de l'épuisement professionnel Avec les suppressions de postes annoncées par le gouvernement, qui dit moins de professeurs, dit aussi une offre éducative moins large pour les élèves : « Par exemple avec la langue vivante 3, on a vu ces dernières années à quel point il y avait une diminution de la diversité linguistique qui est proposée aux élèves, explique
Sophie Vénétitay du SNES-FSU. On voit aussi certaines spécialités qui sont moins proposées aux élèves. » Une situation qui pèse aussi sur les professeurs, estime Catherine Nave-Bekhti de la CFDT : « On constate aussi une montée en flèche de l’épuisement professionnel face à l’ampleur de la tâche, la réduction des moyens et le "prof-bashing" qui fait vraiment beaucoup de mal au moral des enseignants. » Entre 25 et 30% des enseignants étaient en grève ce mardi selon les syndicats, contre seulement 10% selon le ministère de l'Éducation nationale. À écouter aussi«Je n'arrive plus à enseigner»: l'absence d'AESH fragilise l'école inclusive Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail