Alors que le monde se dédollarise, le Conseil d’analyse économique publie une note qui préconise d’accélérer sur la montée en puissance de l’
Euro.Dans un contexte international marqué par une fragmentation croissante et une remise en cause de la domination du dollar, l’
Euro se trouve à un moment charnière de son histoire. Une note récente du Conseil d’analyse économique invite d’ailleurs à accélérer son affirmation comme monnaie internationale de premier plan. L’idée n’est pas nouvelle. Mais elle prend aujourd’hui une résonance particulière. La dynamique de "dédollarisation" observée dans plusieurs régions du monde, qu’il s’agisse des échanges commerciaux ou de la gestion des réserves de change, ouvre une fenêtre d’opportunité rare pour la monnaie européenne.L’Edito de
Raphaël Legendre : L'
Euro, une arme économique à saisir - 01/043:18Les fondamentaux sont là. L’
Euro représente environ 20% des réserves mondiales et près de 30% des transactions sur le marché des changes. Il s’impose comme la deuxième monnaie du système monétaire international. Pourtant, cette position demeure fragile. L’
Euro reste, en pratique, une devise insuffisamment utilisée, notamment pour les paiements internationaux, les transactions sur les matières premières ou encore dans la finance globale.Cette faiblesse tient à des facteurs structurels bien identifiés. L’
Europe ne dispose pas d’un marché obligataire unifié comparable à celui des États-Unis. La dette publique y reste fragmentée entre de multiples émetteurs nationaux, ce qui limite la profondeur et la liquidité du marché. À cela s’ajoute l’absence persistante d’une véritable union des marchés de capitaux, pourtant régulièrement évoquée depuis plus d’une décennie.Enjeu considérableDes avancées sont toutefois perceptibles. Lors du sommet européen du 19 mars, les États membres ont, pour la première fois, fixé un calendrier contraignant en vue de bâtir une union de l’épargne et de l’investissement. Trois chantiers structurants ont été identifiés: l’intégration et la supervision des marchés, le développement de la titrisation et le renforcement des systèmes de retraite par capitalisation.L’enjeu est considérable. L’
Europe dispose d’une épargne abondante — près de 10.000 milliards d’euros — mais encore largement sous-exploitée. Dans le même temps, les besoins de financement liés à la défense, à la transition énergétique ou au numérique sont massifs. Faute de débouchés suffisamment attractifs sur le continent, une part significative de ces capitaux continue de s’orienter vers les marchés américains, réputés plus profonds et plus fluides.Renforcer le rôle international de l’
Euro ne relève pas seulement d’une ambition économique. C’est aussi une question de souveraineté. Le dollar ne constitue pas uniquement une monnaie d’échange: il est un instrument de puissance. Par son usage mondial, il confère aux États-Unis une capacité d’influence considérable, notamment à travers l’application extraterritoriale de leur droit, le contrôle des flux financiers et l’efficacité de leurs régimes de sanctions.Dans ce contexte, l’affirmation de l’
Euro comme monnaie de référence apparaît moins comme une option que comme une nécessité stratégique. Encore faut-il que l’
Europe accepte d’en tirer toutes les conséquences, en approfondissant son intégration financière et en dépassant ses fragmentations internes. La période actuelle, faite d’incertitudes et de recompositions, pourrait offrir cette opportunité. À condition de la saisir.