L’étude pointe la part des troubles psychologiques comme cause d'une absence sur deux chez les moins de 30 ans, et comme premier motif d’arrêt jusqu'à 55 ans. Un absentéisme au travail de plus en plus fort ? Selon une étude d'
AXA, qu'ont révélé mardi 31 mars
Franceinfo et
Le Parisien, le phénomène n'a jamais été aussi fort en six ans. En 2025, le taux d'absentéisme chez ces salariés atteint 4,76%, en augmentation par rapport à 2024. La hausse est même de 50% par rapport à l'année 2019, année de création du baromètre, mené sur trois millions de salariés du privé, clients de l'assureur en
France.Ce sont les troubles psychologiques qui portent ce taux d'absentéisme au plus haut, notamment chez les moins de 30 ans, pour qui un arrêt maladie sur deux est lié à un problème de santé mentale. Pour
Christophe Nguyen, psychologue du travail, il y a "d'un côté plus d'attentes" de la part des salariés, "de l'autre plus d'exigences" pour les entreprises. "Cela engendre une tension qui se traduit par la dégradation de la santé mentale pour un certain nombre de salariés", explique le cofondateur du cabinet
Empreinte Humaine, spécialisé dans la santé mentale et les risques psychosociaux au travail.
Franceinfo : Ces chiffres sont–ils une surprise pour vous ?
Christophe Nguyen : Non, pas du tout. On réalise des baromètres, avec des indicateurs scientifiques de santé mentale, sur la population des salariés français depuis plus de cinq ans, et on constate que c'était prévisible. Et malheureusement, on n'a pas atteint forcément un palier aujourd'hui en nombre d'arrêts maladie. Les raisons psychologiques sont en hausse aujourd'hui et expliquent particulièrement une grande proportion du taux d'absentéisme, quelles que soient les populations. D'ailleurs, les arrêts maladie pour des motifs psychologiques généralement sont des arrêts maladie longs.Cela ne me surprend donc absolument pas. On observe les conséquences d'une non-prévention dans les entreprises, en tout cas d'une prise en charge insuffisante, en particulier pour les petites et moyennes entreprises. Sur les grandes entreprises, c'est un peu différent car elles ont mis en place des choses mais il y a encore aussi une hausse de l'absentéisme dans ces sociétés.Comment expliquer cette hausse ?Il existe à la fois des attentes plus fortes de la part des salariés en matière de conditions de travail et d'attentes, avec une certaine sensibilité vis-à-vis de leur santé mentale au travail ; et de l'autre côté, on a une exigence de plus en plus forte de la part des entreprises, avec une maîtrise des coûts, une hausse de la charge de travail, des amplitudes horaires, des changements organisationnels qui pèsent beaucoup aussi sur cette santé mentale."D'un côté plus d'attentes, de l'autre plus d'exigences, cela engendre une tension qui se traduit par la dégradation de la santé mentale pour un certain nombre de salariés."
Christophe Nguyen, psychologue du travail et cofondateur du cabinet Empreintes humainesà franceinfoQu'est-ce qui ressort le plus dans votre cabinet sur ces arrêts de travail ?Les gens se plaignent beaucoup d'une fatigue émotionnelle. Elle est vraiment liée à une perte de sens dans ce qu'ils font. La multitude aussi des changements dans l'entreprise, qui ne sont parfois pas bien accompagnés et ne prennent pas en compte les besoins des personnes. Il existe aussi des problématiques de reconnaissance au travail. Les gens nous expliquent qu'on ne leur fait finalement pas de retours sur leur travail ou uniquement quand ça va mal. Et surtout, il s'agit de constats qui reviennent chroniquement depuis un certain nombre d'années. Cette fatigue ne peut pas durer éternellement et représente forcément un facteur de risque pour la santé mentale.Et cela concerne aussi les plus jeunes dans le monde du travail ?Pour les plus jeunes, il y a les conséquences très spécifiques du Covid et de la crise sanitaire. Dans beaucoup d'études épidémiologiques, y compris celles qu'on peut réaliser chez
Empreinte Humaine, la population des moins de 30 ans est parmi les plus exposées aux problématiques de santé mentale. Le sujet dépasse, selon moi, le monde du travail, il se retrouve aussi dans le monde de l'enseignement et de la recherche, et les entreprises aussi en héritent. Il est nécessaire de mettre en œuvre des actions de prévention.Certains évoquent une déconnexion de la nouvelle génération avec le monde du travail, est-ce une réalité ?C'est un stéréotype qu'on entend beaucoup. C'est une conséquence finalement d'un rapport au travail qui peut être dégradé parce que les jeunes attendent beaucoup du monde du travail en matière de réalisation ou d'épanouissement, mais aussi en matière de santé et d'équilibre des vies. Il y a une forme de désenchantement aussi quant à leur expérience concrète du monde du travail. La projection est difficile dans un monde qui leur paraît avoir de moins en moins de sens, et qui est de plus en plus incertain. Les entreprises ont du mal à faire avec ce discours qui peut apparaître, pour certains, comme du désengagement. Pour moi, c'est plutôt finalement un manque de réponse quant aux attentes de ces nouvelles générations.Concernant les arrêts de travail, les autorités avancent parfois comme solution de lutter contre ce qu'elles appellent les "arrêts de complaisance", par exemple en allongeant le délai de carence. Pensez-vous que ces arrêts abusifs se multiplient ?Il existe aujourd'hui cette idée qui est assez partagée. On a pu voir aussi dans un certain nombre d'études, qu'il existerait effectivement des arrêts "de complaisance" pour certains. Si arrêts de complaisances il y a, c'est certainement plus pour des arrêts maladie courts plutôt que des arrêts longs liés à des maladies chroniques ou des affections psychologiques. Cela ne résoudra pas l'ensemble des problématiques liées à la prise en compte du sujet de la santé mentale dans les entreprises. Ces mesures vont n'avoir que des effets budgétaires."Il peut aussi y avoir une forme de suspicion généralisée, une stigmatisation, qui peut aggraver finalement la durée de ces arrêts maladie en jetant une certaine forme de suspicion généralisée quant au moindre arrêt maladie. Il faut de la prévention pour favoriser le retour au travail."
Christophe Nguyen, psychologue du travail et cofondateur du cabinet Empreintes humainesà franceinfoQuelles sont les solutions pour éviter cette hausse des arrêts maladie ?La meilleure des solutions, c'est la prévention, avec un engagement clair des comités de direction. C'est aujourd'hui, le sujet le plus prioritaire. On constate sur le terrain que les managers ont pris conscience finalement du besoin de reconnaissance, de soutien, d'écoute des salariés et de la prise en compte de leurs besoins d'équilibre. Les choses sont bien ancrées aujourd'hui et avancent depuis un certain nombre d'années.On perçoit une vraie difficulté quand la stratégie d'une entreprise semble différer de cette volonté d'améliorer le bien-être des salariés. Il est important que les directions générales s'en saisissent comme d'un sujet stratégique. Il faut engager des moyens, des plans d'action, et attendre des résultats. Les entreprises doivent mettre en œuvre des diagnostics et suivre la question de l'absentéisme.Il faut aussi mettre en place des protocoles d'accompagnement de retour au travail dans le temps, sans être dans une forme finalement de non-dit ou de suspicion de ces situations. On est déjà sur un sujet qui peut être tabou, voire un peu stigmatisant, il faut lever ces censures en créant des zones de dialogue avec la médecine du travail, des psychologues, des assistantes sociales, tout un tas d'acteurs qui peuvent aider à agir pour diminuer l'absentéisme. Maires RN : oui à l'argent de l'UE, mais pas à son drapeau Les sachets de nicotine désormais interdits en
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