Publié le 01/04/2026 21:27 Mis à jour le 01/04/2026 21:58 Des proches de victimes de l’attentat contre le DC-10 d’
UTA, survenu en 1989, sur les marches du palais de justice de
Paris, le 16 mars 2026, avant l'ouverture du procès en appel de
Nicolas Sarkozy. (Jan Schmidt-Whitley / Le Pictorium / MAXPPP) Des proches des personnes tuées dans l'avion qui a explosé en vol en septembre 1989 au-dessus du
Niger ont témoigné mercredi devant la cour d'appel de
Paris. "La perpétuité, c'est nous qui la subissons, la famille Klein et toutes les victimes de l'attentat."
Françoise Tenenbaum, née Klein, a pris la parole, mercredi 1er avril, en tant que partie civile au procès en appel dans l'affaire des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de
Nicolas Sarkozy en 2007. Comme treize autres proches des personnes tuées dans l'attentat contre le DC-10 d'
UTA, qui a explosé au
Niger le 19 septembre 1989, tuant les 170 personnes à bord, dont 54 Français. Parmi les victimes, son frère, Jean-Pierre. Après avoir rongé son frein plus de sept heures sur le banc des parties civiles, elle a enfin pu exprimer sa colère et sa peine.Mais avant cette prise de parole attendue, le chercheur
Patrick Haimzadeh, ancien diplomate français à
Tripoli au début des années 2000, a été entendu en qualité de témoin. Cité par les parties civiles, il a été longuement questionné par la défense, qui en a profité pour faire durer les débats. Ce spécialiste de la Libye a d'abord retracé le parcours d'
Abdallah Senoussi au sein du régime du dictateur
Mouammar Kadhafi. D'abord "simple garde du corps", il a "grimpé les échelons" jusqu'à devenir chef du renseignement militaire libyen et, en se mariant, membre de la famille Kadhafi, jusqu'à la mort, à l'automne 2011, du "guide de la révolution"."Produit de la violence du système" mis en place lors du règne de 42 ans du dictateur déchu,
Abdallah Senoussi a été condamné en 1999 par la
France à la perpétuité par contumace, car il est considéré comme l'un des "cerveaux" de l'attentat du DC-10 d'
UTA. C'est la raison pour laquelle les familles des victimes de cet attentat se sont constituées parties civiles dans cette affaire. Or, à l'issue du premier procès de
Nicolas Sarkozy, le tribunal a considéré que la levée du mandat d'arrêt d'
Abdallah Senoussi était l'une des contreparties au versement de fonds libyens, afin de financer sa campagne électorale et l'a ainsi condamné pour "association de malfaiteurs" le 25 septembre dernier.Face à la cour d'appel de
Paris, mercredi,
Françoise Tenenbaum déplore les réactions qui ont suivi cette condamnation : "Le déluge médiatique autour de l'ancien chef de l'Etat nous a sidérés, nous nous sommes sentis très seuls. L'Etat est censé nous protéger, nous accompagner et nous soutenir." Elle rend aussi hommage à Jean-Pierre Klein, son frère mort dans l'attentat, qui "adorait le foot et voulait devenir comédien". Sa sœur Danièle, vêtue de la veste "trop grande" de leur frère, lui succède."
Nicolas Sarkozy, à la sortie de son livre, nous a écrasés (...) Ses mots plein de rancœur, agressifs, même envers les juges, nous ont glacés. Et l'orchestration de son malheur nous a atterrés. Certains en sont véritablement tombés malades."Danièle Klein, partie civiledevant la cour d'appel de
Paris"Nous avons essayé de faire entendre notre filet de voix. D'autres micros se sont tendus, et collectivement nous avons essayé d'expliquer que cette histoire, à travers nous, meurtrissait aussi tous les citoyens et citoyennes", poursuit Danièle Klein au nom du collectif Les filles du DC-10. Elle fait partie des parties civiles qui ont posé juste avant l'ouverture du procès en appel, sur les marches du palais de justice de
Paris, en tenant des portraits photographiés de leurs proches tués dans l'attentat.Membre du collectif, Yohanna Brette y était aussi, avec la photo de sa mère, qui était hôtesse de l'air. A l'audience, elle fustige les arguments mis en avant par les prévenus depuis le début du procès, et plus particulièrement la défense de Brice Hortefeux. L'ancien ministre, fidèle ami de
Nicolas Sarkozy, a réaffirmé, le 25 mars, n'avoir jamais reçu d'argent à
Tripoli en 2005, lors de sa rencontre avec
Abdallah Senoussi, répétant avoir été victime "d'un piège"."Quelle violence ! Chaque déni des faits est une gifle, chaque mensonge est une chute", s'indigne Yohanna Brette. "Quel niveau d'énergie et de colère devons-nous mettre pour que notre parole soit non seulement entendue, mais aussi respectée ?", s'interroge-t-elle encore. "Je dépose aujourd'hui ma colère. Je n'en veux plus. Elle ne m'appartient pas. Je ne veux plus qu'elle pèse sur la vie que je me suis construite. Je vous la laisse, messieurs", conclut cette femme de 38 ans, devenue pupille de la nation à la mort de sa mère.Au cours de son audition, Yohanna Brette reprend le terme "indignité", comme c'était déjà le cas lors du premier procès. Elle n'est pas la seule : plusieurs parties civiles reprennent ce mot, en référence à l'expression "Quelle indignité !", utilisée par
Nicolas Sarkozy en 2016 face au journaliste David Pujadas, qui l'interrogeait sur cette affaire de financement libyen.D'autres, comme Mélanie Hoedts-Klein, qui avait 4 ans à la mort de son père Jean-Pierre, tiennent à rappeler qu'elles sont avant tout des "citoyennes" attendant que justice soit rendue. Mélanie Grisot, qui a aussi perdu son père dans l'attentat, souhaite en plus "que le faisceau d'indices soit reconnu comme il faut, comme des preuves, que la justice ne contribue pas à banaliser le mal".Quant à Maryvone Raveneau, la femme du pilote de l'avion qui s'est écrasé dans le désert nigérien, elle s'adresse, d'une voix calme mais avec un ton déterminé, directement à l'ancien président de la République : "J'avais 43 ans en 1989, j'en aurai 80 cette année. Pendant toutes ces années, j'ai cherché la vérité. En 2007, j'ai voté pour vous. J'avais confiance en vous.""Dans votre ouvrage 'Journal d'un prisonnier', vous écrivez : 'À l'image du désert, la vie intérieure se fortifie en prison.' Le désert, monsieur, le vrai, doit se respecter. Celui du Ténéré est sali par le sang."Maryvone Raveneau, partie civiledevant la cour d'appel de ParisMaryvone Raveneau estime que
Nicolas Sarkozy ne pouvait ignorer que Claude Guéant et Brice Hortefeux ont rencontré
Abdallah Senoussi en 2005. "Il n'y a rien de revanchard dans ma démarche, comme vous le laissez croire. Il y a juste le devoir de mémoire sacrifié sur l'autel des ambitions personnelles", conclut la septuagénaire. En réaction aux quatorze auditions de parties civiles, seul Brice Hortefeux a souhaité réagir mercredi soir. "Je comprends l'émotion, je respecte la douleur des victimes : rien ne peut effacer ni compenser ça", a déclaré l'ancien ministre. "Cette brève rencontre avec l'exécuteur de l'attentat [du DC-10] commis seize ans auparavant, je ne l'ai ni souhaitée, ni voulue, ni préméditée", a-t-il ajouté, répétant que "cette vérité", il la clamera jusqu'à "[s]on dernier jour". De son côté,
Nicolas Sarkozy a choisi de ne pas prendre la parole. Car à partir de mardi, l'ex-président de la République va s'exprimer pendant trois jours d'interrogatoire. Quel rôle joue aujourd'hui l'armée régulière libanaise ? Près de 1200 stations à sec : pas de carburant pour Pâques ? Peine de mort en Israël : une loi qui cible les Palestiniens ? Des Casques bleus Français pris pour cible au Liban Mondial : les 6 derniers qualifiés... dont un adversaire des Bleus Maires RN : oui à l'argent de l'UE, mais pas à son drapeau Les sachets de nicotine désormais interdits en
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