chanter (image d'illustration) - UnsplashLa direction de l'équipementier automobile
Forvia a décidé de créer un hymne avec de renforcer la culture d'entreprise et la cohésion. Les syndicats dénoncent une initiative déclaée au moment où le groupe se séparer d'une de ses branches et a annoncé 10.000 licenciements en
Europe.Sur le Titanic qui coulait, l'orchestre continuait à jouer. C'est le sentiment qu'on certains syndicats chez
Forvia. Alors que l'équipementier est en difficulté, la direction a décidé de créer une chanson. Un hymne d'entreprise plus exactement, pour renforcer la cohésion.À l'image des paroles du refrain "Give your best - Shape the way - New ideas - For today" (Donne le meilleur, ouvre la voie, de nouvelles idées, pour aujourd'hui), la direction a innové. "L’idée paraissait un peu saugrenue au départ", reconnaît
Laure Sauser, responsable de la création de contenus chez
Forvia au Monde. "Ce n’est pas fréquent, les hymnes d’entreprise, mais pas nouveau non plus :
Veolia en a un", explique-t-elle.Cet hymne en anglais, qui doit rassembler les salariés de tous les pays, a été présenté aux salariés le 18 mars, en même temps qu'une journée de communication interne lors de laquelle les salariés pouvaient poser des questions au PDG du groupe
Martin Fischer. Le groupe qui fabrique des équipements de voitures entend ainsi renforcer sa culture d'entreprise avec cette chanson intitulée "Dare, Do, Deliver." (Ose, agis, livre).10.000 postes supprimés en EuropeMais alors que
Forvia est en pleine restructuration, l'initiative déclenche la perplexité. "C'est vrai que c'est particulier surtout dans le milieu automobile qui est un peu rude, dans un premier temps, le sentiment a surtout été la surprise", témoigne
Christophe Husson, délégué syndical
CFE-CGC, auprès de BFM Business.Quand ce n'est pas l'étonnement, c'est carrément l'incompréhension voire l'écoeurement. "On ne peut pas parler de cohésion en musique quand dans le même temps, on organise des suppressions de postes, c'est l'image même de l'hypocrisie", s'indigne
Zouhair El Yaakoubi, délégué
CFDT.En 2024,
Forvia lourdement endetté, avait annoncé son objectif de supprimer 10.000 postes en
Europe. En février dernier, le groupe a annoncé être en avance sur cet objectif et avoir déjà réalisé les deux-tiers de ces suppressions d'emplois, soit 6.400.L'équipementier a annoncé qu'il allait vendre sa division interiors, c'est-à-dire celle qui fabrique les panneaux de portes, planches de bord et consoles centrales, pour se recentrer sur deux activités plus rentables, la partie électronique et la partie siège."Totalement décalé par rapport à la réalité du terrain"Depuis, les salariés de plusieurs usines ne savent pas ce qu'ils vont devenir. "On est dans une période où des collègues ont perdu leur emploi, où l’inquiétude est forte avec la sortie de
Forvia Interiors, et où la direction entretient encore le flou sur l’identité du repreneur. Les salariés attendent des réponses claires sur leur avenir", poursuit
Zouhair El Yaakoubi auprès de BFM Business, qui travaille lui-même à l'usine de Méru, concernée par ce rachat."Et dans ce contexte, lancer un hymne d’entreprise… Ça passe très mal. C’est perçu comme totalement décalé par rapport à la réalité du terrain.""Les salariés ne sont pas dupes. Ce qu’ils demandent, ce n’est pas de chanter, c’est de savoir ce qu’ils vont devenir."
Zouhair El Yaakoubi, CFDTSelon l'article du Monde, deux agences de communication ont été mises à contribution dans la production de cette chanson, de l'écriture des paroles à la composition de la musique.Alors quel message la direction a-t-elle voulu faire passer? Contacté par BFM Business,
Forvia n'a pas souhaité nous répondre. Si l'on s'intéresse aux paroles, on peut voir la notion de transition "roads are changing" (les routes changent) "mobility is evolving" (la mobilité évolue). Face à ces bouleversements, l'entreprise veut se présenter en leader ambitieux "leading the way" (montrer la voie), "go for more" (viser plus haut). Mais cette chanson est loin de répondre aux questions des salariés."L'hymne, ce n'est pas la priorité. L'automobile connaît une crise historique, la priorité, ça doit être le désendettement du groupe et le fait de savoir à qui la division interiors sera vendue. Est-ce que ça sera à un fonds d'investissement? On veut des réponses sur la stratégie globale", conclut
Christophe Husson.