Le 1 avril 2026 à 18h20 Contactée par
Le Figaro,
TotalEnergies a confirmé «une affluence plus importante» dans les stations de son réseau.
Benoit Tessier /
REUTERS La ministre de l’Énergie a précisé ce mercredi qu’il n’y a aucun risque de rupture. Mais les automobilistes continuent de voir des stations vides sur le bord des routes. Passer la publicité Passer la publicité «Et les Shadoks pompaient…» Le mantra du dessinateur
Jacques Rouxel vient naturellement à l’esprit lorsqu’on fait la queue aux stations-service. Mais point de file d’attente devant la station
TotalEnergies de l’avenue Bollée, au Mans (72), ce samedi. Le panneau d’affichage des prix reste noir, indiquant une rupture de stocks. On passe son chemin et l’on se dirige vers une concurrente, décidé à «ne pas dépasser 15 euros» pour tenir jusqu’à la fin du mois. Un objectif qui promet un plein éclair, par ces temps de prix élevés. Il y a en effet de quoi être un peu perdu. Le site du gouvernement
data.gouv renvoie ses visiteurs vers une page censée répertorier les «pénuries» de carburants - alors même que la communication officielle refuse ce terme. Ce site, très bien référencé sur les moteurs de recherche, fait état de niveaux de «pénurie» élevés et en total décalage avec les chiffres avancés par le gouvernement : «13% stations en pénurie de gazole ; 28% stations en pénurie de e10 ; 69% stations en pénurie de sp95 ; 24% stations en pénurie de sp98». Passer la publicité Informations contradictoires Un bilan contesté par l’exécutif. «Ces chiffres sont totalement fantaisistes... Ces donnés sont totalement altérés par des signalements qui ne sont pas vérifiés», s’agace un conseiller de l’exécutif. Le site «penurie-carburant.fr» précise en effet que «les données diffusées (...) sont issues du système d’information gouvernemental Prix Carburants et des signalements effectués par nos internautes sur notre site». Toujours est-il que de nombreux automobilistes ont déjà dû aligner les kilomètres pour rejoindre une autre station-service que celle qu’ils fréquentent d’ordinaire et qui connaît des ruptures similaires, même partielles. «Au Mans, il n’y avait plus rien dans les stations Total ce week-end», confirme
Francis Pousse, président du syndicat professionnel
Mobilians, qui représente 5800 stations-service, hors grandes surfaces, et qui dirige une station-service à
Arnage, non loin de là. De quoi alerter sur la disponibilité des carburants, dont dépendent les trois quarts des citoyens pour se rendre au travail et assurer leurs déplacements personnels. Prix plafond chez
TotalEnergies Le gouvernement se veut rassurant sur un phénomène qui a largement dépassé les frontières de la Sarthe. «Il n’y a aucun risque de rupture d’approvisionnement. (…) Moins de 10 % des stations ont des difficultés totales ou partielles», a affirmé Maud Bregeon, ministre de l’Énergie, sur le plateau de la matinale de TF1 ce mercredi matin. «La grande majorité d’entre elles concerne des stations
TotalEnergies», a précisé Maud Bregeon. Certains, en zone rurale notamment, savent pertinemment qu’ils ne vendront pas leur gazole à 2,50 euros. Alors ils arrêtent.
Francis Pousse, président de
Mobilians «Sur 900 stations en rupture partielle, près de 700 étaient des stations du réseau Total», a expliqué peu après l’équipe de Maud Bregeon. Contactée par
Le Figaro,
TotalEnergies a confirmé «une affluence plus importante» dans les stations de son réseau. «Quelques tensions d’approvisionnement très localisées, notamment sur le diesel, peuvent être observées dans certaines stations. On ne parle pas du tout de pénurie à ce stade», nuance le groupe.
TotalEnergies est victime de son succès : l’énergéticien a mis en place un prix plafond dans les stations de son réseau, jusqu’au 7 avril. Un geste qui a naturellement attiré nombre d’automobilistes mais a aussi vidé les cuves du distributeur plus vite que celles de ses concurrents. La ministre de l’Énergie a toutefois jugé bon de rappeler l’existence des stocks stratégiques de la France : «100 millions de barils, on s’est engagés à en libérer progressivement auprès de l’AIE 14,5 millions. Donc nous avons de la marge», a-t-elle déclaré. Passer la publicité Déprime chez les distributeurs Les stations du réseau
TotalEnergies ne sont pourtant pas les seules touchées. «Effet collatéral», répond, laconique,
Francis Pousse. «Les ruptures dans les stations
TotalEnergies ont déporté les clients vers les stations voisines, mais il n’y a aucune réelle tension d’approvisionnement sur le territoire français», explique-t-il. D’autres stations ont tout bonnement décidé de stopper leur activité le temps que dure la crise. «Plusieurs dizaines», assure
Francis Pousse en rapportant la teneur des témoignages collectés dans son réseau. À quoi bon acheter une marchandise que personne ne voudra acheter ? «Certains, en zone rurale notamment, savent pertinemment qu’ils ne vendront pas leur gazole à 2,50 euros. Alors ils arrêtent», rapporte le président de
Mobilians. «Des difficultés totales ou partielles» : y a-t-il des risques de pénuries dans les stations-service ? S'ABONNER Électrification, contraintes budgétaires... Les États européens en ordre dispersé face au choc de la guerre en Iran DECRYPTAGE - Pour l’instant, seule l’Espagne a vraiment ouvert le chéquier mais la crise pourrait durer. Bertille Bayart : « La camisole de la dette convertira-t-elle la France à la rigueur ? » CHRONIQUE - Face à la crise énergétique, le gouvernement Lecornu tente de s’extraire de la pression des urgences. Siphonnage de réservoirs, détournement des pompes... La flambée des prix des carburants fait craindre une multiplication des vols Face à un carburant devenu précieux, les pratiques illicites se multiplient. Les forces de l’ordre appellent notamment les professionnels à la prudence. «70 millions d’euros, ce ne sont pas des miettes» : la réponse de Roland Lescure aux routiers en colère après la hausse des carburants Le locataire de Bercy refuse de bloquer les prix des carburants même s’il reconnaît qu’un «encadrement des marges reste toujours possible». Prix des carburants : quelles sont les stations-service les plus chères de France ? Selon les données officielles du gouvernement, il était possible, en début de semaine, de trouver le litre de gazole à 2,80 euros à certains endroits, et le litre de SP95-E10 à plus de 2,50 euros. Baisse de la TVA, gel des prix, taxe flottante... Que peut vraiment faire l’État face à la flambée des carburants ? L’État est sous le feu des critiques pour son absence d’aide aux automobilistes face à la hausse des prix à la pompe. Alors que les oppositions réclament des mesures, certaines semblent juridiquement inapplicables, ou très coûteuses pour les finances publiques. En Corse, le blocage des dépôts de carburant provoque un début de pénurie dans les stations-service Dans l’île, où les supermarchés ne vendent pas d’essence, les distributeurs indépendants protestent contre les prix plafonnés de
TotalEnergies, qu’ils dénoncent comme de la concurrence déloyale. «Elles subissent les effets de la flambée du kérosène» : la guerre en Iran pousse les compagnies aériennes à augmenter les prix des billets DÉCRYPTAGE - Chez Air France et KLM, un aller-retour en classe économique sur un long-courrier coûte désormais 50 euros de plus. D’autres transporteurs français, comme Air Caraïbes et Air Austral, ont aussi revu leurs tarifs à la hausse. Guerre au Moyen-Orient : l’État s’enrichit-il vraiment grâce aux «surplus» de recettes fiscales liées à la flambée des carburants ? DÉCRYPTAGE - Sébastien Lecornu suggère d’utiliser ces «surplus» pour financer des mesures d’électrification, après que le gouvernement avait pourtant affirmé que cette crise n’était «pas une bonne nouvelle pour les finances publiques». Marine Le Pen a fustigé «les mensonges» de l’exécutif. Carburants: la hausse de production demandée aux raffineurs peut-elle vraiment faire baisser les prix à la pompe ? Le gouvernement a demandé lundi aux raffineurs d’évaluer la capacité de leurs sites «à augmenter rapidement et temporairement la production en produits raffinés». L’exécutif espère, par ce moyen, «alléger la tension sur les marchés des produits raffinés en Europe».