Entretien Le chanteur belge
Saule fait éclore La Source. Un lumineux retour aux origines sur lequel il fait l’éloge du trouble et du lâcher-prise, dans des chansons intimes et sensibles. Entre confidences, collaborations – de
Charlie Winston à la jeune
Lovelace – et envies de lumière, ce sixième album regarde, en douceur, autant vers ses racines que vers de nouveaux horizons sonores. Publié le : 02/04/2026 - 11:45 6 min Temps de lecture
Saule, 2026 ©
Simon Vanrie RFI Musique : La source évoque un retour aux origines. Que vouliez-vous retrouver avec ce nouvel album ?
Saule : J’ai un parcours un peu particulier car j’ai commencé mon travail par de la chanson française très acoustique, dans les années 2000. Puis j’ai rencontré
Charlie Winston, qui est devenu mon ami, et notre « Dusty Men » m’a totalement propulsé ailleurs que dans la veine d’
Albin de la Simone et
Mathieu Boogaerts ! On a été numéro 1 pendant six mois sur toutes les radios et ça a un peu dévié ma trajectoire (rires). Les maisons de disques, qui aiment bien ce genre de succès, me demandaient d’en refaire dans le même style. Et j’étais face à deux directions possibles, oscillant sans cesse de l’une à l’autre. Aimant autant la pop que les chansons à texte. Sur ce disque, j’ai vraiment voulu revenir à l’écriture pure, être touché par des émotions et les retranscrire en chansons. Donc, même si certaines ont un format plus pop, c’est un retour à l’essentiel et à l’émotion de l’écriture. Et puis La source, en m’appelant
Saule, c’est bien : un
Saule a toujours besoin d’un plan d’eau ! (rires) Curieusement, alors que la société prône le dépassement et la réussite, vous faites l’éloge du trouble (« La Source »), du lâcher-prise (« Fallait que ça sorte »), et vous assumez l’imperfection (« On le refait », « À contre-courant »). Complètement ! Comme l’album s’appelle La source, je trouvais rigolo d’avoir une chanson qui s’appelle « À contre-courant », car on nage dans l’aquatique. Au-delà, à contre-courant, me correspond. Je n’ai jamais fait les choses comme tout le monde. À 18 ans, j’ai tenté le Conservatoire de théâtre à
Bruxelles. Et j’ai été pris parce que j’ai fait la pire audition du monde ! Les profs étaient hilares tellement j’étais à côté de ce qu’il fallait faire. Ma prof m’a expliqué plus tard qu’ils cherchaient surtout des personnalités. Ce jour-là, j’ai compris que mes défauts et mon côté à contre-courant pouvaient faire ma force. Nous sommes tous forcément un peu entraînés par la spirale des réseaux sociaux : tout fonctionne au like, aux followers, etc. Chercher à être le meilleur tout le temps ne me fait pas envie. J’ai voulu faire un disque qui me plaise et me ressemble. Assumer mes défauts est fabuleux, je l’ai toujours fait. La quête de perfection me saoule ! Plusieurs chansons sont très pop, « Slow » flirte avec l’électro, sur « Je prends mon temps », vous y invitez des chœurs gospel. Que traduit cet éclectisme ? C’est un énorme shaker musical. Quand j’avais 18 ans, j’ai travaillé à la médiathèque de
Bruxelles et je m’occupais des CD. C’était incroyable, ces rayons : j’ai fait de l’échangisme musical pendant des mois avec les responsables des différents rayons (rires). Comme on avait le prêt gratuit, je rentrais chez moi avec une quinzaine de disques. J’ai gardé cette gourmandise musicale. Ce soir, on va voir Orelsan avec mes enfants ; la semaine prochaine, ce sera Black Sea Dahu, de la folk pure. La musique que j’aime et ma musique vont dans tous les sens. Et je crois que c’est ma force en live. Le feu vient de l’émotion des textes et de cet éclectisme. Il n’y a pas une seconde pour s’ennuyer. Pour afficher ce contenu , il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité. Vous enregistrez pour la première fois, encouragé par
Charlie Winston qui la produit, un piano-voix, « Une demi-vie ». Comment s’est passée cette expérience ? Cette chanson est dingue. Je l’ai testée en live parce que je n’arrivais pas à la chanter sans pleurer. J’étais très impliqué parce qu’elle parle de ma vie personnelle. J’avais peur que cela soit impudique, mais beaucoup de gens vivent une séparation et je crois que plus on parle d’un sujet qui nous touche personnellement, plus il résonne de façon universelle. Charlie était convaincu que je devais faire un piano-voix, sans fioritures. Il avait raison. « Petite Gueule » réunit deux générations avec
Lovelace, nouvelle voix de la scène alternative. Qu’est-ce qui vous a touché chez elle ? C’est une histoire souriante. Elle est venue à l’un de mes ateliers d’écriture avant de s’appeler
Lovelace. Elle se mettait énormément de pression, ce qui la paralysait. Au point qu’elle a fondu en larmes au moment de lire ce qu’elle avait écrit. On a fait une pause et un deal. Je lui ai dit : « Offre-toi la liberté d’écrire ce que tu veux, sans jugement ». Le soir, dans ces ateliers, on jam et ce soir-là, elle a sorti son ordi et chanté. Je lui ai proposé d’écrire un couplet pour cette chanson. Elle l’a écrit d’une traite ! J’ai trouvé cette évolution géniale. Aujourd’hui, sa carrière débute très bien et je suis très heureux d’avoir vu une chanteuse éclore. Dans « Il suffit d’une chanson », vous chantez les pouvoirs de votre art. C’est une phrase que l’on m’a dite six mois avant que je ponde « Dusty Men », et elle s’est avérée vraie pour moi. Un tourneur m’avait dit : « Parfois, il suffit d’une chanson pour que ta carrière change ». C’est vrai. J’y crois beaucoup. Par exemple, mon père a reconquis ma mère avec un bouquet de fleurs et un 33 tours de Sting ! Je ne l’oublierai jamais. Les chansons accompagnent nos vies, nos rencontres amoureuses, nos ruptures ou même un enterrement. La scène reste-t-elle votre véritable « source » d’énergie ? Oh oui, oui, oui. C’est le trait d’union entre un artiste et le public. Après les concerts, je passe des heures en dédicaces. Parfois, je prends un verre au bar avec les gens. J’adore ces moments : c’est là qu’on peut avoir des retours. Il y a deux semaines, une dame m’a dit : « Dans "Sidonie", tu chantes "Les enfants à problèmes voudraient simplement qu’on les aime". Cette chanson, c’est ma vie avec mon fils. Pendant son adolescence très compliquée, elle a toujours été un bâton sur lequel je me suis appuyée. » Je suis content de gagner ma vie en faisant ce que j’aime, mais ce n’est pas la gloriole qui m’intéresse. Quand quelqu’un me dit : « Cela m’a aidé », c’est le plus beau cadeau. Facebook / Instagram / YouTube
Saule La source (Blue Milk Records) 2026 Pour afficher ce contenu Deezer, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité. Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail