Photo d'illustration des bénévoles de l'ONG médicale
Médecins du Monde. - Photo par NORBERT GRISAY / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFPL'arrêt brutal des aides américaines et les économies budgétaires dans de nombreux pays, comme la
France, contraignent les ONG à licencier leur personnel, en particulier sur le terrain.
Action contre la Faim,
Solidarités International,
Première Urgence Internationale... Depuis l'arrêt brutal des subventions américaines, ces ONG doivent mener des plans sociaux en
France et licencier sur le terrain. "Entre 2025 et 2026, ce sont près de 1.300 personnes sur le terrain dont le contrat a pris fin", écrit à l'AFP l'organisation
Action contre la Faim, évoquant aussi la suppression à venir de 51 postes au siège d'ACF
France, "soit une réduction de 11%" des effectifs.Hormis les Etats-Unis, avec le démantèlement de l'agence
USAID en 2025, d'autres pays ont réduit l'aide publique au développement, comme le Royaume-Uni, l'Allemagne ou la
France avec une nouvelle baisse, de 800 millions d'euros, pour 2026. "On a connu une année 2025 très compliquée parce qu'émaillée d'incertitudes", souligne
Kevin Goldberg, directeur général de
Solidarités International, ONG alors financée autour de 60 millions d'euros chaque année par Washington. L'organisation a, par exemple, dû fermer une base au Mozambique et licencier "un peu plus de 100 personnes".L'impact a également été "très lourd sur notre siège", avec des "licenciements économiques" et "un peu plus de 35%" de masse salariale en moins, estime
Kevin Goldberg. Du côté de
Première Urgence Internationale, le financement américain représentait 37% du budget. Plus de 400 employés locaux ont notamment été licenciés en
Afghanistan. Au siège francilien, les effectifs sont passés d'environ 150 à 110 salariés au cours d'un "plan de sauvegarde de l'emploi", entre "départs volontaires", postes non renouvelés et "licenciements", explique
Olivier Routeau, directeur des Opérations.Si d'autres ONG, comme
Médecins du Monde (MDM), moins dépendantes des fonds américains, n'ont pas engagé de plans sociaux, elles ont été contraintes de licencier sur le terrain, un cinquième des effectifs chez
Handicap International par exemple. "Sur des CDD qu'on aurait pu mettre en place, on s'est restreint" au siège, reconnaît
Sandrine Simon, de MDM."Compliqué à gérer"L'immense majorité des emplois supprimés sur le terrain étaient occupés par des ressortissants de pays où interviennent ces ONG. La plateforme Coordination Sud recensait 4.900 suppressions d'emplois dans 62 organisations sondées en 2025, avant tout à l'étranger."On est en train de perdre de l'expertise" et du "suivi" dans les "bassins de crise", regrette Corentin Martiniault, de cette coordination regroupant près de 200 associations françaises de solidarité internationale.Claire (prénom modifié) travaillait pour une ONG française en Afrique quand Donald Trump a suspendu, puis coupé, l'aide au développement. Dans son étude en 2025, Coordination Sud recensait 7,6 millions de personnes impactées dans les pays d'intervention des associations françaises.Alors manager en CDD expatrié, Claire raconte une situation "assez compliquée à gérer": devoir "se séparer" de collègues locaux dans un pays "en crise" où "il n'y a pas d'(allocations, ndlr) chômage". "La situation RH n'a pas du tout été bien gérée", dénonce cette trentenaire, restée dans le flou pendant des semaines avant de perdre également son travail. Elle s'estime "assez chanceuse" d'avoir retrouvé un emploi dans une autre ONG en
France.Asma (prénom modifié) a, elle, été licenciée par son ONG en
France. "Humanitaire blasée", cette trentenaire n'a "pas envie de passer plusieurs années à postuler pour trouver un travail" dans l'humanitaire, mais envisage néanmoins de devenir consultante dans ce milieu. Aujourd'hui, elle fait un bilan de compétences pour, peut-être, "faire autre chose".Des carrières précairesDes milliers d'emplois ont également été supprimés au sein d'organisations internationales, comme au Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). Un chamboulement du secteur qui a un impact sur la prochaine génération. Benedetta, 25 ans, aspire à y travailler, par "intérêt" pour "le droit international" et pour "diminuer" les inégalités. Cette étudiante italienne, en master à Genève, dit se heurter à deux types d'offres: des emplois requérant des années d'expérience et des stages non rémunérés."Ces coupes budgétaires viennent percuter ce rapport vocationnel, parce qu'on a une précarisation des débuts de carrière", confirme Raphaëlle Parizet, maîtresse de conférences en science politique à Paris-Est Créteil.Les candidatures à son Master "Action humanitaire internationale" sont, à ce stade, toujours aussi nombreuses, plus de 1.200 candidats pour 20 places en 2026. Julia Grignon, professeure associée à l'Université Paris-Panthéon-Assas, appelle, elle, à continuer à investir dans la formation de la jeunesse au droit international humanitaire, au regard du contexte géopolitique.