La parlementaire franco-palestinienne sera jugée début juillet pour "apologie du terrorisme". Une procédure distincte a été ouverte après la découverte d'une petite quantité de drogue de synthèse dans son sac.
Rima Hassan, eurodéputée
LFI, à sa sortie de garde à vue à
Paris, le 2 avril 2026. (NASSIM GOMRI / AFP)
Rima Hassan est de nouveau dans le viseur de la justice et sous le feu des projecteurs médiatiques. L'eurodéputée
LFI s'est présentée jeudi matin dans les locaux de la police judiciaire pour être placée en garde à vue pour "apologie du terrorisme commise en ligne". La militante franco-palestinienne de 33 ans est ressortie libre dans la soirée, mais elle sera jugée le 7 juillet pour cette affaire, a annoncé le parquet de
Paris, vendredi 3 avril.La justice lui reproche d'avoir publié fin mars un post sur son compte
X en référence à un membre de l'
Armée rouge japonaise impliqué dans un attentat en Israël en 1972. Par ailleurs, une petite quantité de drogue de synthèse a été retrouvée dans le sac de l'eurodéputée lors de sa fouille en garde à vue. Elle a en outre été de nouveau convoquée en audition libre vendredi au siège de la police judiciaire parisienne pour une autre affaire, a appris franceinfo de source policière. Voici ce que l'on sait.Une publication sur
X à l'origine de l'enquête et de la garde à vueLa garde à vue de
Rima Hassan, menée jeudi dans les locaux de la police judiciaire, s'inscrit dans le cadre d'une enquête du pôle national de lutte contre la haine (PNLH) en ligne ouverte le 27 mars. Au cœur de la procédure, un message publié la veille, le 26 mars, sur le réseau social
X, dans lequel l'élue évoquait
Kozo Okamoto, membre de l'
Armée rouge japonaise impliqué dans un attentat en Israël le 30 mai 1972. Il s'agit du seul terroriste survivant parmi les trois auteurs du massacre perpétré au nom du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) à l'aéroport de Tel-Aviv, qui avait fait 26 morts.Accompagné de drapeaux du Japon et de la Palestine, le tweet de
Rima Hassan reprenait des propos attribués à ce membre de l'
Armée rouge japonaise : "
Kozo Okamoto : J'ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu'il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir". Elle republiait aussi un texte en anglais "rappelant qu'il avait pris part à cette attaque et une photo sur laquelle il était porté sur les épaules d'hommes vêtus de treillis et de keffieh", précise le parquet de
Paris.La publication avait également été signalée à la justice le 30 mars par le ministre de l'Intérieur, puis des plaintes avaient été déposées par l'Organisation juive européenne (OJE) et la Licra. Le message de l'eurodéputée insoumise a depuis été supprimé après sa convocation par les enquêteurs. "A l'issue de sa garde à vue,
Rima Hassan s'est vu remettre une convocation devant le tribunal correctionnel le 7 juillet 2026, pour être jugée du chef d'apologie du terrorisme commise en ligne", a annoncé le parquet de
Paris vendredi matin. Pour ce délit, elle encourt sept ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende.
LFI et l'entourage de l'eurodéputée dénoncent une violation de son immunité parlementaireLe placement en garde à vue de
Rima Hassan a suscité une levée de boucliers jeudi dans les rangs de La France insoumise. "La police politique a convoqué une fois de plus
Rima Hassan en garde à vue à propos d'un retweet du mois de mars. Il n'y a donc plus d'immunité parlementaire en France. Insupportable", a notamment fustigé sur
X le leader du mouvement, Jean-Luc Mélenchon. L'eurodéputée Manon Aubry a pour sa part déploré un "harcèlement judiciaire", affirmant sur
X que la garde à vue de sa collègue "est une violation de son immunité parlementaire, qui protège justement la liberté d'expression".Dans un communiqué transmis à France Télévisions, l'entourage de
Rima Hassan a dénoncé de "sérieuses irrégularités" et assuré que "la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a elle-même pris contact avec les autorités françaises pour demander des explications sur ce contournement manifeste et irrégulier de l'immunité parlementaire." Interrogé à ce sujet, le Parlement européen a simplement dit être "en contact avec les autorités nationales, la députée et son groupe politique", rappelant qu'il ne commente pas "les procédures en cours".Le parquet de
Paris a, lui, fait savoir vendredi matin que "ce placement en garde à vue est possible, sans qu'il soit nécessaire de faire procéder à la levée de l'immunité parlementaire, dans le cadre de l'enquête de flagrance". Or, une enquête est dite en flagrance lorsqu'elle commence dans les 24 heures suivant la commission d'un fait susceptible de constituer une infraction pénale (dans ce dossier, l'enquête a débuté le 27 mars pour des faits datant de la veille), et qu'elle se poursuit sans interruption, avec un acte d'enquête réalisé chaque jour, précise une source judiciaire à franceinfo. Sa durée initiale est de huit jours et peut être prolongée une seule fois. Ensuite, l'enquête bascule obligatoirement en enquête préliminaire.Une petite quantité de drogue découverte dans ses effets personnelsLors de sa garde à vue, de la drogue de synthèse a été retrouvée dans le sac de
Rima Hassan, a appris franceinfo d'une source proche du dossier, ce que le parquet de
Paris confirme. Pesant 1,8 gramme, cette substance a été testée positive à la cathinone, un dérivé synthétique du khat, aux effets similaires aux amphétamines, toujours selon une source proche du dossier. "La fouille des effets de
Rima Hassan a révélé la présence de matières s'apparentant d'une part à du CBD et d'autre part à de la 3MMC [une drogue de synthèse], sur lesquelles elle a été interrogée", a déclaré le parquet à l'issue de la garde à vue. Il précise que "ces éléments sont disjoints et feront l'objet d'une procédure distincte".
Rima Hassan a expliqué aux enquêteurs avoir acheté du CBD à Bruxelles, en Belgique, et que la drogue de synthèse lui a été donnée à son insu, rapporte par ailleurs à franceinfo une source proche du dossier. Sa garde à vue a été étendue aux faits de "transport", "détention", "usage de stupéfiants" et "refus de se soumettre aux relevés signalétiques", les empreintes digitales.
Rima Hassan dénonce des "accusations totalement fausses" concernant la drogueRima Hassan a par la suite dénoncé sur son compte
X des "accusations totalement fausses" à son encontre. "Pendant toute la journée [de jeudi], sur la base de fuites illégales, j'ai dû subir des accusations m'imputant la possession de plusieurs drogues. (...) Seule la présence de CBD a été constatée parmi mes effets personnels, ce qui est parfaitement légal et que j'utilise à des fins médicales", écrit l'eurodéputée. Avant d'ajouter : "Mon avocat engagera des poursuites pour diffamation contre toute personne ayant propagé ou relayé ces fausses rumeurs".Le coordinateur de
LFI, Manuel Bompard, a lui affirmé, dans une longue publication sur
X jeudi soir, que "pendant toute la journée [de jeudi], sur la base de fuites policières illégales,
Rima Hassan a été salie, insultée et calomniée dans toute la presse. En vérité, elle n'avait aucune drogue sur elle, seulement du CBD, parfaitement légal et utilisé à des fins médicales". Et le député d'ajouter : "Ce n'est pas la première fois que des fuites sont organisées dans la police et la justice pour salir les insoumis".Six autres procédures "toujours en cours"Porte-drapeau de la cause palestinienne,
Rima Hassan ne cache pas ses positions très radicales sur l'Etat d'Israël et multiplie les messages qui font polémique ces dernières années. La parlementaire a déjà été visée à de nombreuses reprises par ce type de procédure judiciaire, plusieurs signalements ayant déjà été effectués par le passé pour des propos similaires à ceux qui l'ont menée en garde à vue jeudi. L'eurodéputée
LFI est encore mise en cause dans six autres procédures, "toujours en cours", a précisé le parquet de
Paris vendredi matin.Le parquet ajoute que treize autres procédures, menées depuis janvier 2024 par le pôle national de lutte contre la haine en ligne et visant
Rima Hassan, ont été classées sans suite. La plupart concernaient des tweets ou d'autres propos, signalés par l'Organisation juive européenne (OJE), d'autres organisations ou des députés. Risque d'effondrement : des immeubles évacués à Honfleur Pourquoi le diesel va continuer à coûter (très) cher en France Champions Cup : quelles chances pour les clubs de rugby français ? Apologie du terrorisme : l'eurodéputée
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