Si des ruptures temporaires de stocks peuvent affecter certaines stations-service françaises, aucune pénurie n'est pour l'heure constatée en
Europe. Mais les difficultés pourraient commencer à poindre en cas de blocage durable du détroit d'Ormuz, où transite 20% du pétrole mondial. Une personne fait le plein de carburant dans une station-service
TotalEnergies, à Strasbourg, le 30 mars 2026. (THOMAS TOUSSAINT / DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE / MAXPPP) Se dirige-t-on vers une pénurie de carburant ? Non, selon la ministre déléguée à l'Energie.
Maud Bregeon a assuré, mercredi sur TF1, qu'il n'y avait pour l'heure "aucun risque de rupture d'approvisionnement" en carburant dans les stations-service françaises, malgré les difficultés auxquelles certaines font face. La ministre a notamment fait valoir que la
France dispose de "stocks stratégiques" de pétrole pour faire face à la crise. Franceinfo démêle le vrai du faux.Premier constat à la pompe : certaines stations-service françaises sont bel et bien à sec. Environ 16% d'entre elles étaient ainsi en rupture totale ou partielle de carburant, jeudi 2 avril dans la matinée, selon les calculs de franceinfo. Un manque d'approvisionnement temporaire ne signifie toutefois pas qu'il s'agit d'une crise durable. "Il n'y a pas eu de pénurie physique constatée en
Europe à ce jour", explique
Olivier Appert, conseiller au centre énergie et climat de l'Institut français des relations internationales (Ifri).Dans le détail, plus de 60% des stations-service concernées par la rupture d'un ou plusieurs carburants en
France sont des stations
TotalEnergies. Un phénomène qui s'explique par le plafonnement des prix appliqués par le groupe pétrolier depuis le 12 mars. Cette mesure, prolongée jusqu'au 7 avril, "crée une pénurie orchestrée", selon
Thierry Bros, expert des énergies et professeur à Sciences Po Paris. "Ces stations, aux prix beaucoup plus bas que le marché, attirent en masse les consommateurs qui font le plein où le carburant est le moins cher", explique-t-il, entraînant des difficultés ponctuelles.Contrairement à l'
Asie, continent le plus touché par la crise du pétrole, l'
Europe ne connaît donc pas de pénurie pour le moment, car elle est moins dépendante du
Moyen-Orient. Seuls "5% du pétrole brut qui transitait par le détroit d'Ormuz avant le début de la guerre étaient destinés à l'
Europe", détaille
Olivier Appert. En réponse aux critiques de
Marine Le Pen sur X,
Maud Bregeon a également affirmé jeudi que les approvisionnements en carburant de la
France "se font avant tout via l'Atlantique (Etats-Unis, Afrique, Brésil...), pas par le détroit d'Ormuz". En effet, seuls 11,9% du pétrole brut en
France provenait du
Moyen-Orient en 2024, selon les données les plus récentes de l'Insee."En ce qui concerne le pétrole brut, nous sommes très peu touchés", confirme Anna Creti, professeure d'économie à l'université Paris Dauphine-PSL. "Mais nous sommes plus exposés sur les produits raffinés", nuance l'économiste. Environ 33% du gazole routier importé en
France provient effectivement des pays du Golfe, selon un rapport du service des données et études statistiques (Sdes).La crise est également moins intense en
Europe qu'en
Asie car "des cargaisons expédiées avant le début des hostilités arrivent encore en
Europe, en Amérique et en Afrique (...) Leurs pénuries actuelles sont moins aiguës, mais elles se feront bientôt sentir", précise un rapport publié le 12 mars par l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Une note de la banque privée JPMorgan prévoit, pour l'
Europe, la fin des livraisons de pétrole en provenance du détroit d'Ormuz le 10 avril.Que se passera-t-il à partir de ce moment-là ? "Tout dépend de la durée du conflit, si le détroit d’Ormuz se libère rapidement ou non", résume l'expert
Thierry Bros. Au vu de l'imprévisibilité du président américain, le futur est difficile à prédire. En soufflant sans cesse le chaud et le froid sur la suite du conflit, Donald Trump ne fait "qu'amplifier l'incertitude", regrette Anna Creti.
Maud Bregeon a toutefois tenu à rappeler mercredi que la
France dispose toujours de ses stocks stratégiques de pétrole pour faire face à la crise. Les pays membres de l'AIE, dont la
France fait partie, ont annoncé le 11 mars la mise sur le marché de 400 millions de barils issus de leurs réserves d'urgence. Le gouvernement français "s'est engagé à en libérer progressivement auprès de l'AIE [à hauteur de] 14,5 millions. (...) Nous avons de la marge et nous répondrons autant que nécessaire aux difficultés d'approvisionnement ponctuelles qui sont aussi dues à des soucis logistiques", a affirmé la ministre déléguée à l'Energie."Ces stocks permettent de compenser, si nécessaire, les risques de rupture d'approvisionnement physique", corrobore
Olivier Appert. "Si le conflit iranien est réglé dans les semaines qui viennent, à ce moment-là, il n'y a pas de problème. Au-delà de quelques mois, il sera nécessaire de libérer d'autres stocks", redoute cependant l'expert de l'Ifri. La libération des stocks stratégiques donne donc un sursis de quelques mois aux pays membres de l'AIE. Mais il s'agit d'une mesure qualifiée de "provisoire" par l'agence elle-même. Risque d'effondrement : des immeubles évacués à Honfleur Pourquoi le diesel va continuer à coûter (très) cher en
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