Depuis 2021, le PIB par habitant de la
France est inférieur à la moyenne de l'Union européenne et tend à être rattrapé par celui de l'Italie. Mais les économistes mettent en garde contre les interprétations hâtives qui pourraient découler de ces comparaisons.Depuis la sortie de la crise Covid, la
France peine à relancer la machine. Pour la quatrième année consécutive, le PIB par habitant dans l’Hexagone était inférieur à la moyenne de l’Union européenne en 2025, selon les premières estimations d’
Eurostat dévoilées cette semaine. Avec une richesse produite de 40.700 euros par habitant en parité de pouvoir d’achat, la
France se situe précisément à la onzième place, à égalité avec Chypre et légèrement devant l’Italie (39.900). La moyenne européenne est pour sa part de 2% supérieure, à 41.600 euros.En haut du classement, le
Luxembourg et l’Irlande arrivent largement en tête (respectivement 99.300 euros et 98.800 euros) devant les Pays-Bas qui complètent le podium (55.600 euros). Parmi les voisins directs de la
France et outre le
Luxembourg, seules l’Allemagne (47.900 euros, 6e) et la Belgique (47.700 euros, 7e) figurent dans le top 10.Le PIB par habitant, un indicateur à la pertinence discutableEn faisant du surplace sous la moyenne européenne depuis 2021, la
France semble avoir basculé en deuxième division. En 2022, l’Italie est même brièvement passée devant l’Hexagone alors que son PIB par habitant était encore 6% inférieur il y a dix ans. Même chose pour Chypre qui a su recoller au point de s'offrir seule la onzième place en 2024, devant la
France.Pour beaucoup, ces performances peu glorieuses illustrent l'appauvrissement continu du pays. Mais les économistes ont plutôt tendance à relativiser. Ce que disent ces comparaisons en premier lieu, "ce n'est pas que la
France s'appauvrit, c'est qu'elle s'enrichit moins vite que la moyenne", rappelle sur BFM Business
Dorothée Rouzet, cheffe économiste de la
Direction générale du Trésor.Ensuite, l'indicateur du PIB par habitant qui n'est autre que l'ensemble de la richesse produite divisée par la population "n'est pas représentatif du niveau de vie des habitants, de leur bien-être", rappelle l'économiste.Le
Luxembourg, avec un PIB par habitant supérieur de 239% à la moyenne européenne, en est le parfait exemple: la richesse du Grand-Duché est en partie créée par les nombreux travailleurs frontaliers (47% des salariés, dont la moitié viennent de
France) qui contribuent certes à faire croître son PIB mais dont l'essentiel des revenus va in fine être dépensé dans leur pays de résidence. Le
Luxembourg affiche d'ailleurs un taux de pauvreté deux points supérieur à celui de la moyenne de l'UE (18,1% contre 16,2% en 2024), ce qui signifie que près d'un habitant sur cinq vit avec un revenu disponible inférieur à 60% du revenu médian.Deuxième du classement, la performance de l'Irlande dont le PIB par habitant équivaut à 137% de la moyenne européenne doit aussi être nuancée compte tenu des nombreuses multinationales, notamment américaines, présentes dans le pays. Cette concentration de grands groupes gonfle le PIB de l'île mais une part importante de leurs profits sont rappatriés vers les maisons-mère à l'étranger et ne bénéficient donc pas pleinement à la population.La remontada en trompe-l'oeil de l'ItalieEn
France, c'est surtout le rattrapage italien qui interpelle. Ces dernières années, le PIB par habitant de la troisième économie d'Europe s'est progressivement rapproché de celui de l'Hexagone alors même que l'Italie faisait encore partie il n'y a pas si longtemps des pays du "Club Med" moqués pour leurs piètres résultats économiques.Mais plus qu'un déclassement français, cette remontée italienne est le résultat de deux phénomènes qui n'ont rien de particulièrement rassurants pour nos voisins transalpins. L'économie italienne a certes été dynamique depuis la crise sanitaire mais l'activité a notamment été "portée par le Superbonus, un dispositif d'incitation à la rénovation énergétique", relevait le Trésor.Au point que près des deux tiers de la hausse du PIB italien entre 2019 et 2024 "est attribuable à l'augmentation de l'investissement en construction résidentielle". Problème: ce Superbonus n'a qu'un effet temporaire et ne contribue donc pas à augmenter la croissance du pays à long terme.Dans ce match face à l'Italie, la
France est surtout victime "d'un effet statistique en sa défaveur: la démographie", note
Dorothée Rouzet. "Puisque quand les pays font beaucoup moins de bébés qu’en
France, comme en Italie, mécaniquement c’est bon pour le PIB par habitant puisqu’on divise la production de richesses par le nombre d’habitants. Mais à long terme ce n’est pas une bonne nouvelle", poursuit l'économiste.Les Experts : PIB/HAB, la
France sous la moyenne de l'UE - 31/0327:22"Il s’agit d’un effet arithmétique, non d’un véritable gain de richesse", confirmait la
Direction générale du Trésor, précisant qu'entre 2019 et 2024, la populatin italienne a reculé de 1,3% tandis que celle de la
France a progressé de 1,7%.Cela ne veut évidemment "pas dire qu'il n'y a pas de problème en
France, tempère
Dorothée Rouzet. On les connait les raisons du décrochage: on travaille un peu moins que les autres, on a une productivité en berne, on a sans doute une préférence collective pour la sécurité... Mais il faut un peu se méfier" des comparaisons de PIB par habitant. Selon elle, ces comparaisons à l'échelle européenne ont surtout un intérêt: celui de voir "la convergence progressive des pays de l'Europe de l'est qui sont partis de plus loin". Or, "c'est aussi le but de l'adhésion à l'Union européenne: qu'il y ait moins de disparités".