A l'occasion du 70e anniversaire de l’indépendance du Maroc,
France 5 propose un documentaire qui relate le parcours de celui que rien ne prédestinait à diriger. Un destin hors du commun. Sidi Mohammed ben Youssef, futur roi du Maroc sous le nom de
Mohammed V, n'a que 18 ans lorsqu'il est choisi par la
France pour succéder à son père, le sultan
Moulay Youssef, mort en 1927. Troisième d'une fratrie de huit enfants, rien ne prédisposait ce jeune homme à se retrouver au pouvoir.
Paris compte sur son tempérament et son jeune âge pour en faire un dirigeant malléable et asseoir un peu plus son pouvoir colonial en
Afrique du Nord. L'histoire va en décider autrement, comme le raconte le documentaire
Mohammed V, père de l'indépendance marocaine, réalisé par
Jean-Louis Pérez et
Anna Breteau et diffusé dimanche 5 avril à 23h05 sur
France 5, à l'occasion du 70e anniversaire de l'indépendance du Maroc.Lors des premières années de sa gouvernance, Sidi Mohammed ben Youssef se plie aux exigences de l'Etat français, alors que le Maroc se trouve depuis 1912 sous protectorat français. En échange, les autorités françaises s'engagent à respecter les populations locales et leurs traditions et à permettre au jeune sultan de conserver son autorité religieuse et la gestion des affaires intérieures du pays.Mais dans les faits, les choses se déroulent tout autrement, exposent les auteurs du documentaire. L'occupant français se montre omnipotent et ne réduit pas son action à la simple gestion de la diplomatie et des relations extérieures du pays, comme promis. Une discorde d'ampleur émerge dès 1930 : en cause, une loi, édictée par les Français, que Sidi Mohammed ben Youssef est contraint de signer et qui vise à diviser la population.Appelé "le dahir berbère", ce texte ambitionne de soustraire les tribus berbères de l'autorité du sultan et de soumettre les auteurs de crimes commis dans leur région aux seuls tribunaux français. Un moyen de contrôler cette communauté contestataire, qui a développé une farouche hostilité face à la présence européenne sur le sol marocain et l'a combattue au cours de la
guerre du Rif entre 1921 et 1927.De confession musulmane, les Berbères refusent de se retrouver sous le joug de lois non islamiques. Une grande partie du peuple marocain voit alors dans cette décision une tentative de "désislamisation". Après la promulgation de cette loi, le Maroc s'enflamme. Des manifestations antifrançaises sont organisées. Une unité nationale prend alors corps et plante les graines d'un désir d'émancipation, rapporte le documentaire.Lorsque débute la Seconde Guerre mondiale, Sidi Mohammed ben Youssef refuse d'obéir au régime de Vichy. Le sultan commence à s'affranchir de la tutelle française et revêt progressivement l'habit de la résistance face aux autorités coloniales. En 1944, les chefs de file des partis nationalistes demandent ouvertement l'indépendance du Maroc dans un manifeste. Dans un premier temps, e sultan demeure silencieux face aux désirs d'émancipation de son peuple.Mais en 1947, lors d'un déplacement à Tanger, il prononce un discours dans lequel, pour la première fois, il fustige à mots couverts les contraintes de l'occupation coloniale et dévoile son soutien aux mouvements nationalistes. Galvanisés, ceux-ci amplifient leurs actions face à une répression française qui se durcit. Le sultan défie alors les autorités en refusant d'exécuter les ordres dictés par
Paris et de signer des décrets nécessaires au bon fonctionnement de son pays. Ses prises de position contestataires scellent sa rupture avec la
France qui ne tarde pas à le remplacer par un nouveau sultan, qui n'aura jamais les faveurs de la population. Sidi Mohammed ben Youssef, arrêté avec sa famille le 20 août 1953, est envoyé en Corse avant d'être dépêché à Madagascar.Au Maroc, son exil forcé renforce la détermination des indépendantistes. Les violences explosent, des dizaines de colons sont tuées. La
France enlisée dans une guerre qui ne dit pas encore son nom en Algérie voisine est dépassée. Afin d'apaiser la contestation et de garder un pied au Maroc, le gouvernement français, avec Edgar Faure à sa tête, choisit la concertation plutôt que la force. Après d'intenses tractations avec les différentes forces religieuses et politiques marocaines, il est décidé, en 1955, de faire revenir Sidi Mohammed ben Youssef de Madagascar. Le sultan pose comme condition le retour de la souveraineté dans son pays. Le 2 mars 1956, la
France et le Maroc signent la fin officielle du protectorat. Sidi Mohammed ben Youssef devient le roi du Maroc indépendant sous le nom de
Mohammed V.Le documentaire
Mohammed V, père de l'indépendance marocaine, réalisé par
Jean-Louis Pérez et
Anna Breteau, est diffusé dimanche 5 avril à 23h05 sur
France 5 et est visible sur la plateforme
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