Reportage De
Super Mario Bros jusqu’au tout récent
Clair Obscur : Expédition 33, l'exposition « Video Games & Music » revisite plus de cinquante ans de musique de jeu vidéo. Bien plus qu’une bande son, c’est un parcours interactif qui est proposé jusqu’au 1er novembre 2026 à la
Philharmonie de Paris. Publié le : 06/04/2026 - 14:47 4 min Temps de lecture L'exposition «Video Games & Music» à la
Philharmonie de Paris, 2026. ©
Joachim BERTRAND / Philharmonie Tout commence par une salle qui en appelle à la « mémoire vive » du visiteur. Il y a des mosaïques de l’artiste
Invader, le premier jeu de tennis sur console, un portrait de
Mario Bros en 8-Bit, et puis un mélange de musiques qui composent une bande-annonce. Présentée jusqu’au 1er novembre 2026 à la
Philharmonie de Paris, l’exposition « Video Games & Music » explore le monde des musiques de jeux vidéo. Pour cette aventure à la croisée de l’image, du son, et de la technologie, ce sont plus de cinquante ans qui défilent sur écran. « La particularité de la musique de jeux vidéo, c’est qu’elle est interactive, constate
Jean Zeid, co-commissaire de cette exposition. À partir des années 1990, il y a un rapprochement du jeu vidéo avec la scène électronique, mais on retrouve de tout dans ces musiques. Des compositions pour grand orchestre, pour orchestre de chambre, de l’électro, du rap, mais aussi du rock. » Un parcours « dont vous êtes le héros » Dans les jeux, les musiques accompagnent les sauts, les courses ou les tirs des personnages. Les bip, les crashs, comme des envolées orchestrales traduisent le mouvement. Le visiteur de cette exposition est envoyé dans un « monde ouvert » dont « il est le héros ». En plus de consoles auxquelles il peut jouer, il peut écouter de la musique au casque, danser sur
Just Dance, ou se prendre pour un
Guitar Hero, grâce au jeu du même nom. Pour afficher ce contenu , il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité. Comme on découvre des niveaux, la scénographie laisse la place à des « biomes ». Chaque endroit est un nouvel univers avec de grandes projections dans lesquelles le visiteur / joueur est immergé. « Dès le départ, on s’est dit que ce serait bien d’avoir des paysages très contrastés : une forêt, un volcan, un paysage spatial, une ville, un désert. On voulait des paysages augmentés, qui changent quand on lance une partie ou qu’on fait une suite de boutons sur les manettes », décrit
Achille Racine, du cabinet La Sagna & Racine, qui a scénographié cette exposition. Les sons et les images Autour d’un tunnel largement rempli de bornes arcades et de photos de joueurs, les espaces sont libres. Un hommage à la Game Boy, la console portable de Nintendo, précède une salle qui compile des aventures de Sonic. Une chronologie passe en revue toutes les évolutions musicales et techniques de Pong (1972), le premier jeu à mettre des sons sur les actions, jusqu’à la création d’une catégorie aux Grammy Awards pour « la Video Games Music » (VGM). « En 1985, le compositeur de
Mario Bros, Koji Kondo, a théorisé le mélange des bruitages et de la musique, c’est-à-dire le mariage des actions des joueurs et d’une musique linéaire. La musique de jeux vidéo a sa propre singularité, ce n’est pas de la musique de films », éclaire
Jean Zeid. Pour cette exposition érudite,
Jean Zeid et son acolyte, Fanny Rebillard, ont pu travailler en lien avec le studio français Ubisoft et le Sell, le syndicat des éditeurs de jeux vidéo. L’un des principaux enjeux a été de faire coexister l’image et le son. On ne dévoilera pas tout, mais la musique qui trouvait difficilement sa place sur des puces électroniques a ensuite donné lieu à un genre en soi, la chiptune, avant d’exploser grâce au CD-ROM et même d’être jouée sur scène. Comme une madeleine, on sera aussi heureux de retrouver le punk rock californien de The Offspring et de Bad Religion sur les courses de voitures. L'exposition Video Games & Music, du 2 avril au 1 novembre 2026 à la
Philharmonie de Paris. ©
Joachim BERTRAND / Philharmonie Une influence pour les musiciens Le grand mérite de cet événement familial est justement d’embrasser toute une culture. Il s’agit de toucher le gamer comme celui qui passe juste le temps en jouant à Tetris sur son smartphone. Pour la
Philharmonie de Paris, traiter d’une industrie culturelle qui brasse des milliards et dépasse justement l’industrie musicale n’a rien d’un hasard. « Le jeu vidéo a influencé Thom Yorke (le chanteur du groupe de rock britannique Radiohead, NDLR), Orelsan ou la compositrice Suzanne Ciani. C’est aussi l'occasion pour nous de creuser l'imaginaire d’artistes remarquables », explique Marie-Pauline Martin, la directrice du Musée de la musique de la Philharmonie. L’ancien journaliste
Jean Zeid estime que cette exposition pensée à la manière d’un jeu mérite qu’on aille fouiller jusque dans ses recoins. « Dans les bons jeux vidéo, l’exploration est souvent récompensée. Dans cette exposition, c’est la même chose », conclut-il. Informations à retrouver sur le site de la
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